Recherches sur la généralisation ()
Chapitre VIII.
Différenciations et intégrations en des effets mobiles de superpositions (moirés) 1
a
đ
Lors de dĂ©placements mĂȘme trĂšs lĂ©gers dâune trame sur une autre, on obtient de multiples combinaisons animant tout le systĂšme et qui dans le tissage des soieries donnent les ondulations ou chatoiements qui caractĂ©risent les « moirĂ©s » (connus de tout temps en Orient et imitĂ©s en Europe). En laboratoire le principe de ces amplifications spectaculaires lors du moindre mouvement est appliquĂ© en de nombreux domaines (cristallographie, optique, microscopie biologique, etc.) et dĂšs le siĂšcle dernier Lord Rayleigh sâen est servi pour vĂ©rifier la prĂ©cision des grilles de diffraction 2.
Dans ce qui suit (voir la figure), on utilisera seulement des trames formĂ©es de deux ensembles de droites parallĂšles, lâun immobile et lâautre (sur transparent) coulissant sur le premier selon des positions angulaires variĂ©es. On peut obtenir ainsi des effets nuis ou statiques (production de carrĂ©s ou losanges) ou encore cinĂ©tiques (mouvements globaux Ă formes dâ« ondes » dirigĂ©s Ă la fois vers le haut ou le bas et dâun cĂŽtĂ© ou de lâautre). Pour faciliter les prĂ©visions ou la comprĂ©hension et pour mieux analyser les processus de gĂ©nĂ©ralisation on a habituellement prĂ©sentĂ© en divers ordres possibles, des ensembles de deux, quatre ou un nombre plus Ă©levĂ© de parallĂšles.
Les problĂšmes soulevĂ©s Ă cet Ă©gard par la prĂ©sente recherche sont Ă nouveau avant tout ceux de diffĂ©renciation et dâintĂ©gration. Du premier de ces deux points de vue on assistera au passage des variations « extrinsĂšques » simplement constatĂ©es, aux variations « intrinsĂšques » ou transformation dĂ©ductible construisant et expliquant les relations entre un Ă©tat et le suivant (avec toutes les difficultĂ©s quâil y a pour le sujet Ă rĂ©duire un changement continu Ă une succession dâĂ©tats). Quant Ă lâintĂ©gration, Ă©galement inhĂ©rente Ă la gĂ©nĂ©ralisation constructive, elle pourra se prĂ©senter sous trois formes : produit cartĂ©sien (mĂȘme sâil reste implicite) de toutes les variations intrinsĂšques ; ensembles quotients ou classes dâĂ©quivalence avec leurs relations ; et structure abstraite dĂ©gageant lâalgĂšbre des opĂ©rations en jeu, autrement dit la « raison » (« croiser » ou « glisser sur » dira par exemple un sujet) des transformations en jeu. Il sâagira donc pour le sujet de trouver Ă la fois des lois distinctes selon les situations et des les intĂ©grer en systĂšme coordonnant les diffĂ©renciations.
MatĂ©riel et technique. â Afin de simplifier les types de compositions obtenues dans les moirĂ©s classiques, nous nous sommes bornĂ©s Ă Ă©tudier dâabord les effets de trames trĂšs simples : la situation de base est faite dâun dessin carrĂ©, composĂ© de lignes verticales noires, Ă©quidistantes, reproduit de maniĂšre identique : a) sur un transparent carrĂ© (T) et b) sur un bristol carrĂ© (B) de maniĂšre Ă ce que les deux dessins soient superposables.
En plus de cette situation de base, nous avons souvent introduit deux situations encore plus simples qui sont une dĂ©composition de la premiĂšre. Elles permettent de voir comment lâenfant entrevoit le mouvement apparent du croisement quand (T) dĂ©place une seule ligne par rapport Ă une autre ou deux lignes parallĂšles par rapport Ă deux autres (ce dessin est reproduit sur le (T) et sur le (B). Lâintersection de ces deux couples de lignes forme un losange.
Ensuite on passe Ă des situations plus complexes, mais par un dispositif particulier nous avons limitĂ© le type de mouvements possibles. En effet, dans les moirĂ©s classiques, on promĂšne le (T) comme on veut sur le (B), ce qui entraĂźne des effets trĂšs compliquĂ©s (changements dâangles, etc.). Dans notre cas, nous avons fixĂ© une seule direction du mouvement, Ă lâaide de deux rails sur lesquels on fait coulisser le (T). Auparavant on a placĂ© sous ces rails le (B) dans lâorientation dĂ©sirĂ©e.
En faisant ainsi varier : 1) lâorientation du bristol (mouvement rotatif) et 2) le sens dans lequel le transparent coulisse (direction â > ou ) ainsi que son orientation (deux possibilitĂ©s : parallĂšle ou perpendiculaire au sens du mouvement), nous obtenons une sĂ©rie de situations diffĂ©rentes qui seront dĂ©signĂ©es comme suit :

1. Dans les situations I nâinterviennent que des ensembles de lignes horizontales H ou verticales V, tant sur la grille immobile B que sur le transparent mobile T. Si nous dĂ©signons par Pa le cas oĂč le mouvement de T est dans le prolongement de lâorientation des barres de cette grille mobile et par Per le cas oĂč le mouvement est perpendiculaire Ă lâorientation, nous aurons les 3 (ou 6) combinaisons :
I Pa H (sens â > ou <-) : comme il ne sâagit que dâhorizontales ajustĂ©es identiquement sur les deux grilles, leur recouvrement ne modifie rien.
I Pa V (sens â > ou <â ) : le passage des verticales V en T sur les P en B donnera une alternance noir, blanc, noir, blanc.
I Per (sens â > ou <â ) : lâeffet produit sera un ensemble de carrĂ©s immobiles.

Nous appellerons dâautre part situations II celles oĂč interviennent des obliques sur la grille immobile B. Dans les cas oĂč lâon a des K sur le T on obtient alors des effets de mouvements apparents ou sortes dâondes entraĂźnant les losanges vers le haut ou le bas avec dĂ©viations Ă gauche ou Ă droite.
Les obliques seront dĂ©signĂ©es par D quand leur sommet est orientĂ© Ă droite et par G quand il lâest Ă gauche. DâoĂč les 4 situations : II V-+D (montĂ©e), II Vâ > G (descente), II D 4-V (descente) et II G-eâ V (montĂ©e).

Si par contre les traits du transparent I sont horizontaux les losanges produits demeurent immobiles, dâoĂč les 4 situations : II H â D, II H â G, II D â H, II G â H

Les obliques seront dĂ©signĂ©es par D quand leur sommet est orientĂ© Ă droite et par G quand il lâest Ă gauche. DâoĂč les 4 situations : II V-+D (montĂ©e), II Vâ > G (descente), II D 4-V (descente) et II G-eâ V (montĂ©e).
Ces situations servent en particulier de contrĂŽle pour voir si, dans les prĂ©cĂ©dentes (II V) le sujet ne tient compte que du mouvement de T ou Ă©galement de lâorientation des barres. Il est aussi utile, Ă titre de contrĂŽle ou complĂ©ment, de prĂ©senter en disposition verticale telle ou telle de ces situations IL
Dans chaque situation, lâexpĂ©rimentateur demande Ă lâenfant : 1) dâanticiper ce qui va se produire quand le transparent (T) va passer par-dessus le bristol (B) : « Tu vois ces lignes (T) et ces lignes (B), que va-t-on voir quand ces lignes (T) vont passer par-dessus les autres ? Quâest-ce que ça fera comme dessin au milieu pendant que T passe ? Quâest-ce quâon verra au milieu ? » 2) Dâexpliquer son anticipation : « Comment ça se fait que ça se passe comme tu as dit ? » 3) AprĂšs une lecture, de rĂ©expliquer ce qui sâest passé : pourquoi ? Quelquefois on demande Ă lâenfant dâexĂ©cuter lui-mĂȘme un certain effet exigĂ© par lâexpĂ©rimentateur. On lui prĂ©sente les deux plaques (B) et (T) et on lui demande de les placer de maniĂšre Ă obtenir par exemple des vagues qui montent. On demande ordinairement Ă lâenfant de dessiner ce quâil anticipe. Cette reprĂ©sentation est intĂ©ressante, car elle donne des indications sur la maniĂšre dont lâenfant compose entre eux les deux cartons.
Quant aux situations simplifiĂ©es portant sur 2 ou 4 lignes seulement, elles donnent des indications plus prĂ©cises sur le type dâexplications que peuvent donner les sujets sur le mouvement apparent dans les situations complexes. La dĂ©composition du problĂšme oblige lâenfant Ă se centrer, dans le cas de 2 lignes, sur ce qui se produit quand lâune dâentre elles passe sur une autre. Ceci permet de vĂ©rifier : a) sâil perçoit le dĂ©placement du point dâintersection et b) sâil considĂšre ce mouvement (dans le cas oĂč il le voit) comme une partie de lâonde du matĂ©riel de base (câest-Ă -dire sâil peut gĂ©nĂ©raliser ce mouvement Ă la somme des lignes. La situation de 4 lignes (1 couple passant sur un autre) est un intermĂ©diaire entre les situations de 2 et de n lignes, dans lequel les intersections entre les lignes dĂ©limitent une surface (losange) trĂšs prĂ©gnante perceptivement. Il est intĂ©ressant de voir ici si lâenfant est capable de considĂ©rer ce losange comme dĂ©limitĂ© par les intersections ou sâil prĂ©sente pour lâenfant une identitĂ© propre.
Dans les deux cas on demande Ă lâenfant : 1) dâanticiper ce qui va se produire quand le (T) passe sur le (B) : quand le (T) commence Ă toucher le (B), quand il sera au milieu, quand il sera Ă la fin :
â par un dessin bande dessinĂ©e : | | /| | /| |
â par une description verbale.
En effet, souvent le mouvement apparent de lâintersection est reprĂ©sentĂ© sur le dessin mais pas mentionnĂ© dans la description verbale. 2) Dâexpliquer cette anticipation. 3) AprĂšs une lecture, de rĂ©expliquer le phĂ©nomĂšne.
§ 1. Le niveau IAđ
Comme Ă lâordinaire, il est utile de chercher Ă comprendre la raison des difficultĂ©s ou Ă©checs primitifs :
Mag (5 ;2). I Pa V : « Si je pousse, quâest-ce quâon va voir ? â La mĂȘme chose, des traits, un peu dâune autre couleur. â Comment ? â Gris. â Et quand un trait ici va ĂȘtre sur un autre lĂ , ça va faire quoi ? â Sais pas. â (Exp.) â Ăa fait une autre couleur, tout noir. â Et si je fais dans lâautre sens ? â Ăa fait la mĂȘme chose : noir au milieu. â Raconte ce que tu as vu. â Sais pas, des traits qui bougent en bas et puis en haut (en rĂ©alitĂ© latĂ©ralement). â (Exp.) Câest comment ? â Blanc noir, un peu noir. â Et comme ça (I Per) ? â Les traits sont de lâautre cĂŽtĂ©, il y aura de nouveau trois couleurs (elle nâa donc pas compris I Pa V). â (Exp.) â Non, câest de lâautre cĂŽtĂ© quâil faut faire. â (On inverse le sens.) â Non, ça va pas non plus, il faut faire comme avant (elle se trompe et met I Pa H. Exp.) Ăa fait les deux la mĂȘme chose ! â Et comme ça (sens inverse) ? â Peut-ĂȘtre que ça va faire la mĂȘme chose, mais je ne sais pas. â Et pour que ça fasse comme avant ? â (Elle remet I Pa F.) » On passe Ă IID <â F) : « Quâest-ce que ça va faire ? â Sais pas. â (Exp.) â Un petit blanc en haut et noir. Ăa fait comme un bolet : ça bouge pas. â (Nov. exp.) Il nây a rien qui bouge ? â Non, ça bouge pas. â (Nov. exp.) Rien qui monte et puis qui descend ? â Oui, fa monte et ça redescend. Câest de bizingue (= de travers), ça va en haut puis en bas. â Plus en haut ou en bas ? â Les deux (or il y a descente apparente). â Et (T) de lâautre cĂŽtĂ© (->) ? â On peut pas savoir. â (Exp.) â Ăa descend et puis ça monte, câest pareil. »
Fra (5 ;6) est un peu supĂ©rieur Ă Mag. Pour I Pa F : il prĂ©voit : « Les barres qui se mettent en haut des autres barres. On va voir toute la forme : des barres, plus des barres. Tu vas voir celles-lĂ sur les autres barres. â (Exp.) On voit quoi ? â Celles-lĂ sont sur les autres, quand elles ne sont pas juste dessus on voit des petits trous blancs entre les barres (câest le contraire). â (/ Per.) â Ăa va faire des traits penchĂ©s et des autres debout, des traits tout droits et les autres trĂšs penchĂ©s (dessin juste). â (Exp.) â Câest comme jâavais dit. â (Autre sens.) â Ce sera la mĂȘme chose. â (/ Pa H.) â On verra lâun sur lâautre. â (II Gâ > H.) â Des traits couchĂ©s et des traits penchĂ©s (il donne dâabord deux dessins sĂ©parĂ©s pour H et G puis les rĂ©unit en un tout et Ă lâintĂ©rieur dâun quadrilatĂšre lui-mĂȘme inversĂ©, puis regardant son dessin). Ăa fait des Ă©toiles (losanges). â (II G V). â (MĂȘmes dessins penchĂ©s mais avec orientations inverses des cadres.) â (Exp.) Tu vois quoi ? â Des choses blanches qui montent, qui montent toujours : le noir il fait monter le blanc. â (II V->D.) â Ăa fera la mĂȘme chose (Exp.) Ah non, ils descendent. â (Sens contraire.) â Alors il est penchĂ© dans ce sens (Ă nouveau sens inverse de la rĂ©alitĂ©). »
Duc (6 ;0) commence par les compositions Ă une seule ligne : pour 2 parallĂšles « cette ligne ira sur celle-là  » mais pour 2 perpendiculaires « je ne peux pas dessiner lâun sur lâautre » : la verticale Ă©tant tracĂ©e lâhorizontale sâen rapproche peu Ă peu et finit par donner « une croix, elle avance toujours ». Avec une oblique : juste mais cadre inversĂ©. I Pa V : « Il y aura 2 barriĂšres. â (Exp.) â Ăa bouche les petits trous. â Pourquoi ? â Il y a 2 barriĂšres. Ăa fait comme un store : ti-ti-ti. » I Pa H : « Ăa fera plus ti-ti-ti, ça fera noir, le noir prend la place du blanc (fausse gĂ©nĂ©ralisation de I Pa V). â (I Per.) Ăa fera ti-ti-ti parce que celui-lĂ (H) est comme ça (direction de V mais ne remarque pas la perpendicularitĂ©). â (Exp.) â Non ça fait des carrĂ©s. â (II D â <â V.) â Comme ça (dessin correct mais sans cadre). â (Exp.) â Des petits carrĂ©s qui sâen vont. â OĂč ? â Vers le haut. â Et comme ça (inverse) ? â Ăa montera (Exp.). Non ça descend. »
Ose (5 ;6) est intĂ©ressant par le contraste entre ses difficultĂ©s par la composition de 2 ou 4 traits et les compositions dâensemble : pour 2 verticales et 2 obliques il dessine les deux T avec cadres et dit : « Je peux pas faire lâautre dessus » (finalement il les juxtapose dans le mĂȘme cadre). Pour 1 verticale et 1 oblique mĂȘme difficultĂ©, mais pour n et n (IID <â V) le dessin est possible : « Ce sont des barriĂšres et il y a les autres dessous. »
Trois caractĂšres de ce niveau sont spĂ©cialement notables : la difficultĂ© Ă se reprĂ©senter un Ă©tat (superposition de T et B) comme le rĂ©sultat du mouvement (faute dâimages cinĂ©tiques suffisantes comme nous lâavons montrĂ© ailleurs 3), lâindiffĂ©renciation, lors du mouvement de T, entre la direction de ce mouvement et lâorientation des barres et surtout le manque de comprĂ©hension du mĂ©canisme, reconnaissable aux tĂątonnements bien plus durables lors des compositions de 2 ou 4 traits, tandis quâil semble plus aisĂ© de se reprĂ©senter la superposition des deux figures dâensemble T et B.
Sur le premier point, nous voyons Mag confondre I Pa V et 1 Pa H, Fra croire que le blanc entre les barres est dĂ» Ă leur mauvaise superposition, Duc croire que le blanc et le noir se retrouvent en I Pa H comme en I Pa V, etc. Quant aux confusions dâorientation et de direction Mag pense que I Per agira comme I Pa V parce que « les traits vont de lâautre cĂŽté », Duc de mĂȘme, etc. Mais le plus curieux est la rĂ©action de Duc et de Ose qui ne peuvent pas « dessiner lâun sur lâautre » deux ou quatre traits, tandis que pour lâensemble des droites câest possible puisque « ce sont des barriĂšres et il y a les autres dessous ». Autrement dit la superposition de deux figures collectives est rĂ©alisable parce que chacune a ses structures propres quâon peut dessiner Ă part tout en les superposant (comme si on dessinait un carrĂ© dans un rond, etc.) tandis que la liaison de deux traits diffĂ©remment orientĂ©s pose un problĂšme de relation, dans la mesure oĂč il faut dĂ©cider de la position de lâune par rapport Ă celle de lâautre et non pas simplement dessiner lâun aprĂšs lâautre deux ensembles tels quâon les voit (en tant que bonnes formes) en les mettant simplement dans le mĂȘme cadre. Câest par contre sur la position de ce cadre commun lui-mĂȘme que se retrouve la difficultĂ© et Fra en inverse lâinclinaison.
§ 2. Le niveau IBđ
Chez les sujets de 5 1/2 Ă 7 ans, il y a progrĂšs quant au premier des trois points indiquĂ©s Ă lâinstant, mais peu sur les deux autres :
Arn (5 ;5), I Pa V : « Ăa va faire ligne sur ligne, on verra noir et noir. â (Exp.) â On voit noir et blanc, quand on bouge la ligne qui est Ă cĂŽtĂ© de Vautre, ça bouche le blanc. (Autre sens.) â Ăa fait la mĂȘme chose, mais dans Vautre sens. â (I Per.) â Ăa va faire des petits carreaux. » II G-e- V : dessin correct (Exp.) « Oh ! ça bouge, on dirait que ça monte. â Pourquoi ? â Parce que Vautre reste droit et celui-lĂ passe, passe et puis ça monte. â (Sens ->.) â Ăa monterait⊠non plutĂŽt ça descendrait. â Pourquoi ? â Parce que tout Ă lâheure ça montait. Je ne sais pas pourquoi alors maintenant ça va descendre. » PrĂ©visions suivantes arbitraires ; constatant quâen (II H-+D) cela reste immobile alors quâil prĂ©voit un mouvement dans le sens â > il explique : « parce que T est tournĂ© Ă lâenvers (= H) et Vautre est penchĂ© alors ça ne bouge pas » donc description pure. Avec deux traits, vertical et oblique, il prĂ©voit dâabord un dĂ©part de ce dernier vers le haut, puis un croisement, mais sans dĂ©placement du point de croisement : « Parce que celle-ci (oblique) va pas bouger (= ne change pas de forme) alors cet endroit ne bougera pas ! »
Pit (6 ;6) pour cette derniĂšre question Ă©choue comme Arn. LâexpĂ©rimentateur pousse alors trĂšs lentement la verticale sur lâoblique : la montĂ©e du croisement est en ce cas trĂšs visible. « Est-ce que ça tâaide Ă comprendre ça (II H-s-D)? â Non, parce que câest pas la mĂȘme chose : lĂ (II H D) ça bouge et lĂ (2 traits) ça bouge pas. » Elle ne voit donc aucune analogie.
Ziv (6 ;6) pour ce mĂȘme problĂšme des deux traits, vertical et oblique, Ziv prĂ©voit que leur position ne sera pas progressive (comme la croix pour un vertical et un horizontal, mais elle voit cela comme lâagrandissement progressif de lâun dâeux). AprĂšs lâexpĂ©rience elle dessine correctement le point de croisement initial, au bas de la verticale, puis lâĂ©lĂšve, mais jusquâau centre puis demeure alors fixe comme chez Arn. Pour 4 traits elle prĂ©voit par contre le losange et pour II G <â V elle en conclut : « Beaucoup de petits carrĂ©s penchĂ©s » mais qui sont censĂ©s partir sur la gauche (-<â ), etc.
Lul (6 ;7) prĂ©voit correctement I Pa V ; et « des petits carreaux » pour I Per, ainsi que « des losanges » pour II D <â V, mais devant partir sur la gauche. « Les traits du losange sont faits de quoi ? â Ceux qui sont droits sont faits avec la vitre (T) et ceux qui sont penchĂ©s viennent du carton (B). â Tu peux dessiner ? â (Il fait un losange agrandi puis dit que) les 2 coins ici (en haut et Ă gauche) viennent du carton et les 2 autres de la vitre. â Et les cĂŽtĂ©s ? â Ceux-lĂ (les 2 de droite) viennent du carton et les autres (les 2 de droite) de la vitre. » On reprend alors les carrĂ©s de I Per, et Lul pense que leur moitiĂ© gauche vient de T et la moitiĂ© droite de B ! Ce nâest quâen faisant passer T sur B au ralenti quâil reconnaĂźt le rĂŽle des traits verticaux et horizontaux. Dans les quatre questions de mouvements apparents II V G et D, la prĂ©vision est dictĂ©e par le mouvement de T indĂ©pendamment des orientations.
Ces exemples suffisent pour nous montrer le paradoxe propre aux rĂ©actions de ce niveau. Dâune part, le sujet fait des progrĂšs notables quant Ă lâanticipation de ce que donnera la superposition des deux ensembles T et B, autrement dit la reproduction de deux images statiques simplement posĂ©es lâune sur lâautre. Par contre, quant Ă lâimage cinĂ©tique, câest-Ă - dire au mouvement donc Ă la transformation comme telle quâil sâagira dâĂ©voquer pour expliquer le rĂ©sultat de cette superposition, ces sujets sont Ă peine en progrĂšs sur ceux du niveau IA. Lul comprend bien que les carrĂ©s et mĂȘme les losanges prĂ©vus sont le rĂ©sultat de la combinaison des traits verticaux avec les horizontaux ou obliques, mais il comprend si peu cette composition comme telle que, pour lui, lâune des moitiĂ©s, gauche ou droite, du losange et mĂȘme du carrĂ©, est due Ă la « vitre », donc Ă la grille mobile T et lâautre moitiĂ© Ă la grille immobile B. Arn et Ziv tĂ©moignent dâincomprĂ©hensions analogues pour le croisement de deux traits isolĂ©s (pas de mouvement ou de mouvement continu). Enfin on retrouve Ă propos des mouvements apparents lâindiffĂ©renciation entre le sens du mouvement et lâorientation des traits. Lors des constatations le sujet parvient bien comme Arn Ă prĂ©voir lâeffet des inversions de sens mais Ă titre de supposition empirique en prĂ©cisant : « je ne sais pas pourquoi ».
En revanche, il est frappant de voir que la « lecture » des observables est en gĂ©nĂ©ral trĂšs correcte indĂ©pendamment de ce manque de comprĂ©hension, sans que cela conduise dâailleurs Ă une reproduction des situations ni surtout Ă une amĂ©lioration des anticipations. Il en rĂ©sulte quâil subsiste une dissociation remarquable entre les mouvements ou intersections perçus et les interprĂ©tations : tous les premiers sont attribuĂ©s aux seules grilles mobiles T et si lâon demande au sujet de suivre avec la pointe dâun crayon lâintersection de deux lignes il nây parvient pas parce quâil suit avec son crayon la direction de T.
§ 3. Le niveau IIAđ
Ce dĂ©but des opĂ©rations concrĂštes (7-8 ans) correspond ici Ă une recherche dâexplication pour rendre compte (dĂšs lâanticipation) des mouvements apparents : il sâagit dâune composition entre le mouvement de la grille mobile T et lâorientation des traits sur la grille immobile B, le tout en utilisant dĂ©sormais la continuitĂ© de signification entre les relations de deux ou quatre traits et celles des deux ensembles de n traits :
Cor (7 ;1) donnait 7 mois plus tĂŽt (Ă 6 ;4) des rĂ©actions typiques du niveau IB. A 7 ;1 il se rappelle : « On passait des lignes, des fois câĂ©tait tout bouchĂ©, ça bouchait tous les trous, des fois câĂ©tait tout de travers. â Ăa bougeait ? â Non. » On lui prĂ©sente 2 traits verticaux avançant vers 2 obliques : il montre correctement que le point de croisement dĂ©bute en bas et sâĂ©lĂšve jusquâen haut « parce quâils (les traits verticaux) avancent tout le temps ». Quant au croisement « ce serait un rectangle (il dessine un losange). â Quâest-ce quâil fait quand on pousse ? â Il disparaĂźt tout le temps. â Dans quel sens ? â Comme ça (â >). â Suis avec ton crayon ? â Ăa monte ». On inverse et il prĂ©voit juste. On passe Ă II F<â D : « Ăa bougera dans quel sens ? â Comme ça (*â ). â (Exp.) â Ăa fait ça(/). Je peux dessiner (dessin correct avec losanges inclinĂ©s). »
Ste (8 ;6). Epreuves I toutes rĂ©ussies. II G-eâ H : « Ăa fera quoi ? â Des triangles. â (Exp.) â Des losanges. â Et ça (II G<â F) ça donne quoi ? â Avant ils Ă©taient comme ça, maintenant comme ça (redressement des losanges). On dirait quâils montent. â Pourquoi ? â Parce que la carte dessous (= B) elle est pas droite. â Et ça (II D â *â V) (Exp.). Comment on pourrait savoir quand ça monte ou ça descend ? â Ils doivent ĂȘtre comme ça (G) et on pousse comme ça pour que ça monte (ici ça descend) parce que vous avez changĂ© (D). » On place le dispositif en vertical : il est dâabord perdu puis aprĂšs constatations reconstitue correctement les losanges.
Ver (8 ;9) dessine correctement les croisements dâune verticale et dâune oblique. « Le point de croisement bouge ou pas pendant quâon pousse ? â Il va plus haut (juste). » On inverse : « La mĂȘme chose mais de la fin au dĂ©but comme un V Ă lâenvers. Le croisement il descendra. » II G<â V : « Ăa fera des losanges (dessin correct). â Ils vont rester au mĂȘme endroit ? â Non, bouger comme ça (<â ). » Elle montre avec justesse les cĂŽtĂ©s opposĂ©s du losange qui proviennent de T et ceux qui appartiennent Ă B. Pour II D H) : « Ils vont monter. (Exp.) Ăa fait rien : ils ne bougent pas. â Et ça (II D <â V)? â Des croix elles vont monter. â Si tu rĂ©flĂ©chis Ă ce qui se passait avec les 2 traits, ça tâaide ? â (Oui), ça faisait une croix et ça montait ou ça se croisait (en horizontal). â Et lĂ (une droite contre une oblique) ? â Ăa descend. â Et ça (II D -e-V)1 â Ăa fera la mĂȘme chose : lĂ oĂč ça se croise, ça va aussi descendre. â (On inverse.) â Elles monteront. â Comment tu sais ? â ⊠â (On inverse Ă nouveau.) â Ăa monte, non ça descendra parce que câest dans lâautre sens. »
Cri (8 ;7) prĂ©voit pour II H f D que « ça ira en bas » et pour j. « en haut » puis elle cherche Ă expliquer le mouvement apparent de montĂ©e des losanges en II G V en regardant un lent dĂ©placement : « Câest parce que ce carrĂ© dĂ©passe celui-lĂ et celui-lĂ dĂ©passe celui-lĂ . â OĂč il dĂ©passe ? â Au dĂ©but du croisement. »
Peh(9 ;5) explique la montĂ©e en II Vâ >D parce que le T « va vers la droite pendant que (les traits en B) ils vont vers le haut (de G Ă D !). Il en conclut que le dispositif II Hâ + D donnera Ă©galement une montĂ©e. Par contre pour | et f prĂ©voit dâabord lâinverse, comme Cri, et cela paradoxalement parce que toutes deux se centrent sur lâorientation des traits en B et non pas sur le mouvement de T. A noter encore que, pour Per, la surface des losanges, quâelle appelle « le blanc » et leurs cĂŽtĂ©s, quâelle appelle « les traits qui se croisent » ou « les croix » sont bien remarquĂ©s comme donnant lieu Ă une impression perceptive distincte, mais faute de comprĂ©hension du rĂŽle des intersections, elle en arrive Ă dire : « Câest le blanc qui descend et le noir qui monte : les blancs câest les losanges et le noir les croix, câest deux trucs diffĂ©rents. »
Le progrĂšs notable accompli par ces sujets est la composition des relations entre 2 ou 4 traits dâorientations diffĂ©rentes dont lâun passe sur lâautre avec dĂ©placement progressif du point de croisement (voir Cor et Ver) et surtout la comprĂ©hension du fait que ces relations Ă©lĂ©mentaires se retrouvent identiquement dans les rapports entre les ensembles de n traits : « Ăa fera la mĂȘme chose, dit Ver, ça se croise », etc.). Il est en particulier remarquable que dans ces relations complexes entre n Ă©lĂ©ments le sujet parvienne Ă dissocier dans les losanges apparents les cĂŽtĂ©s opposĂ©s qui appartiennent Ă la grille mobile T et les autres qui relĂšvent de B (voir Ver). En outre, lorsque dans les Ă©preuves II il sâagit de prĂ©voir les mouvements apparents, ils ne se contentent plus comme au niveau IB dâinvoquer simplement la direction de T, mais cherchent Ă tenir compte de lâorientation des traits. Seulement, en ce cas, ils en restent Ă celle des droites prĂ©sentĂ©es en B (grille immobile), sans tenir compte des orientations en T : il en rĂ©sulte, en particulier, que dans les dispositifs II H oĂč les traits en T sont horizontaux, les prĂ©visions sont les mĂȘmes que sâils Ă©taient verticaux (II V). Les compositions ainsi construites demeurent donc dâun type additif ou plus prĂ©cisĂ©ment multiplicatif incomplet (mouvement T X orientation S) puisquâil manque les orientations T. Or ce dĂ©faut de composition entre les orientations T et S au cours du mouvement de T a pour effet que le sujet ne comprend pas encore que le losange en tant que surface est le produit des intersections dĂ©terminant ses cĂŽtĂ©s : dâoĂč cette consĂ©quence que si, en prĂ©sence dâun losange pour ainsi dire extrait de sa trame, le sujet comprend bien Ă quelle grille T ou S appartiennent ses cĂŽtĂ©s opposĂ©s, il continue dâattribuer Ă sa surface lâidentitĂ© dâun objet mobile, dâoĂč la curieuse affirmation de Per selon laquelle cette surface objectivĂ©e descend (« le blanc ») pendant que ses cĂŽtĂ©s (« le noir » ou « la croix ») montent.
§ 4. Le niveau IIB et le stade IIIđ
Les sujets de 9-10 ans sâessayent Ă la composition complĂšte des orientations en T et S et du mouvement de T, mais ne comprenant pas encore le rĂŽle exclusif et vicariant des intersections, leur progrĂšs sâaccompagne de difficultĂ©s sur certains points :
Rol (9 ;6) aprĂšs rĂ©ussites avec 2 et 4 traits dit Ă propos de II D <- V : « Ăa va mieux avec les petits (4 traits). LĂ il y en a trĂšs beaucoup on ne peut pas voir, â Quâest-ce quâil y a de pareil ? â LĂ les 2 droites et les uns (= les 2 autres) sont penchĂ©s. â Alors ? â Le droit (traits verticaux du T) arrive sur les autres et ça fait monter. â Et lĂ (II G *â H) ? â Il y aura des losanges qui iront lĂ (eâ ) parce que ça fait en arriĂšre (il montre la position des losanges). â Tu peux expliquer pourquoi avec ça ( V) ils montent et pas avec ça (H) ? â  Non. â Et avec ça (4 barres) ? â Oui, comme ça (F) ils montent et comme ça (H) les losanges ils bougent pas. »
Tin (10 ;9) montre bien les croisements se dĂ©plaçant Ă la montĂ©e ou Ă la descente avec 2 ou 4 traits, dâoĂč sans doute sa bonne anticipation pour II V â > G : « Toutes les lignes se croiseront au milieu. â Et le croisement aura lâair dâaller ? â Il descendra. » Elle indique correctement les cĂŽtĂ©s T et B des losanges. « Et ça (II G-eâ H)? â Ăa fera des carrĂ©s penchĂ©s. â Qui bougeront ou pas ? â Il semble quâils ne vont pas bouger⊠ou comme ça (-« â ). â Et ça (II G<â V)? â Ăa va descendre (oublie dâinverser). â Et ça (II H ) D) 1 â Ăa va comme ça (« â ), non dans le sens de la ligne. â Et les points (croisements) ? â Comme ça (jZ), pas dans le mĂȘme sens (que les losanges). â Pourquoi ? â Les points câest deux lignes qui se croisent, les carrĂ©s (losanges) câest ce quâil y a au milieu. »
Lab (11 ;8). « Les lignes du T en passant sur le carrĂ© (B) forment des petits losanges⊠et puis les losanges⊠â Ils font quoi ? â Ils resteront toujours les mĂȘmes, mais⊠â Mais quoi ? â Le transparent (T) croise les lignes (lâune aprĂšs lâautre). » Le dessin reprĂ©sente le dĂ©but du croisement : « Dâabord la partie dâen basâŠÂ » et dans le sens inverse « dâabord ici (le haut) et donc ça ira vers le cĂŽtĂ© opposĂ© de cet angle ».
Et voici pour comparaison des exemples du stade IIIÂ :
Axa (10 ;3). II D <â H : « Ăa fera des carrĂ©s de travers. â Ils vont bouger ? â Ils vont aller en montant, non ça ne bougera pas. â (Sens inverse.) â La mĂȘme chose, mais dans lâautre sens. » II G V : « Ăa bougera parce que comme ça (<â ) ça croise et comme ça (j) ça glisse. â (Exp.) Ăa fait quoi ? â Des lignes comme ça qui montent (elle fait monter un de ses index le long de lâautre). â Comment ça ? â Parce que la suivante arrive oĂč Ă©tait lâautre. â II V^rD ? â Câest difficile. Ăa descend parce que câest le contraire de tout Ă lâheure. â Tu peux trouver un truc sans te rappeler ? â Oui, câest comment les lignes se croisent. » En vertical, juste : « Ăa ira ici, ça pousse (celui-lĂ index droit sur index gauche) alors lâangle disparaĂźt de plus en plus (= se dĂ©place), alors ça monte. »
Fai (10 ;6). II G<- V : « On a lâimpression que ça bouge et si on penche de lâautre cĂŽtĂ© ça ira en bas. » Il explique par une succession de croisements. En particulier : « Ils viennent dâoĂč tous les blancs (surfaces des losanges) ? â Ils viennent du croisement. »
Geb (11 ;5). II V^-D : « Les traits du T vont monter, câest comme si ce nâĂ©tait quâune barre (il a passĂ© par lâĂ©preuve des 2 barres), ils monteront tous en mĂȘme temps sur les traits (de B). On aura lâimpression quâil y a un croisement qui monte, ça va tout monter en mĂȘme temps. (Exp.) Ăa fait des espĂšces de losanges qui montent. â Câest toujours des nouveaux ou les mĂȘmes ? â Des nouveaux parce que câest pas toujours les mĂȘmes lignes qui passent. â Que prĂ©fĂšres-tu comme explication, les losanges (quâil nâavait pas prĂ©vus) ou les croisements ? â Les deux vont bien⊠peut-ĂȘtre un qui est meilleur » (II H D)? â Ăa fera de nouveau des losanges. Ils vont se dĂ©placer comme ça (Z)⊠Non ils vont suivre le T(^). » II G-eâ P ou II V â > H : « Ăa change. Il ne faut pas tourner les traits si on veut que ce soit pareil. »
On voit que les sujets du niveau IIB sont prĂšs de la solution. Ils tiennent compte des deux orientations en T et en B et non plus seulement de la premiĂšre, dâoĂč leurs rĂ©ussites aux situations II H <- G, oĂč comme dit lâun « les losanges ne descendent pas parce que le T il coupe ». Mais ils ne voient pas encore que le mouvement apparent nâest quâune « impression », comme diront Tin et Ger au stade III rĂ©sultant du dĂ©placement de lâensemble des intersections et ne sâidentifie pas Ă un mouvement matĂ©riel des points de T. La distinction peut paraĂźtre subtile, puisque cette apparence est la consĂ©quence du mouvement rĂ©el de T, mais les hĂ©sitations de Lar et les commentaires de Tin semblent bien montrer que pour eux il sâagit toujours du dĂ©placement objectif de points ou de surfaces, tandis quâau stade III le mouvement perçu nâest plus une entitĂ© matĂ©rielle mais lâ« impression » produite Ă chaque instant par les nouvelles intersections.
§ 5. Conclusionsđ
Les rĂ©sultats qui prĂ©cĂšdent constituent un bel exemple de construction logico-gĂ©omĂ©trique de structures de plus en plus complexes par gĂ©nĂ©ralisations successives dâune seule et mĂȘme action ou opĂ©ration : le passage de 1 ou n droites en mouvement sur 1 ou n autres immobiles avec les trois possibilitĂ©s solidaires de superpositions, juxtapositions, croisements (intersections).
1) La superposition (I Pa H) ne modifie rien, mais, si Ă©vidente que paraisse cette assertion, elle nâest dâabord que le produit de constatations sans mĂȘme de gĂ©nĂ©ralisation Ă la situation inverse H -> H entraĂźnant H H (voir Mag en IA : « Peut-ĂȘtre que ça va faire la mĂȘme chose, mais je ne sais pas »). Quant Ă lâalternance de superpositions et juxtapositions (I Pa V), la mĂȘme Mag ne prĂ©voit que la superposition, de mĂȘme que Fra qui, constatant la diffĂ©rence entre elle et la juxtaposition, en donne une fausse explication. Quant Ă la forme la plus simple dâintersection, avec perpendicularitĂ© (I Per) donnant des figures de carrĂ©s, Mag ne la prĂ©voit pas, tout en disant que « les traits vont de lâautre cĂŽté », mais Fra (encore IA) parvient Ă la prĂ©vision en sâappuyant sur le rĂ©sultat empiriquement constatĂ© des actions successives (dessin des traits « penchĂ©s » puis des autres « debout »). Par contre, Duc sâappuyant sur le sens du mouvement de T (indĂ©pendamment de lâorientation des traits) prĂ©voit pour I Per le mĂȘme rĂ©sultat que pour I Pa V.
La mĂ©thode des dessins successifs avec lecture du rĂ©sultat de ces actions permet ensuite Ă Fra une nouvelle gĂ©nĂ©ralisation importante, mais demeurant Ă©galement inductive (fondĂ©e sur les seuls observables) : la combinaison des horizontales et des obliques (« des traits couchĂ©s et des traits penchĂ©s ») donnant des losanges (en II G *- H), ce que Duc atteint aussi pour II D <- V. Mais, pour ce qui est de la nature de ces gĂ©nĂ©ralisations, une rĂ©action propre au stade I (en IB comme en IA) est trĂšs Ă©clairante : comme on lâa vu, lâenfant parvient plus facilement Ă des prĂ©visions justes pour les ensembles de n et n traits que pour 2 ou 4 parce que, dans le premier cas, il ne sâagit que de superposer deux images statiques ne consistant quâen copies des figures sur T et B, tandis quâavec 2 ou 4 Ă©lĂ©ments il faut trouver leurs relations et prĂ©ciser la composition comme telle. La gĂ©nĂ©ralisation constructive ne dĂ©butant quâavec celle-ci, nous ne sommes donc encore en prĂ©sence que dâinductions empiriques et extensionnelles (voir en particulier les incomprĂ©hensions de Lui quant aux deux « moitiĂ©s » des losanges).
Le progrĂšs suivant, rĂ©alisĂ© au niveau IIA, consiste alors en une gĂ©nĂ©ralisation complĂ©tive ne portant plus seulement sur les caractĂšres statiques des figures prĂ©sentĂ©es, mais sur lâaction mĂȘme de passer lâune sur lâautre, autrement dit sur le mouvement comme tel, ce qui permet notamment la composition de 2 ou 4 Ă©lĂ©ments et sa gĂ©nĂ©ralisation Ă n et n. Mais comme le mouvement de T agit sur les traits de B, câest dâabord le couple mobile-immobile qui devient prĂ©gnant, câest-Ă -dire la mise en relation entre la direction de T et lâorientation des droites en B, sans considĂ©ration de lâorientation en T (dâoĂč les erreurs du niveau IIA sur II H -> confondu avec II V ->). Il nâen rĂ©sulte pas moins une sĂ©rieuse amĂ©lioration dans la comprĂ©hension des croisements.
LâĂ©tape ultĂ©rieure consiste alors Ă distinguer dans les mouvements de la grille mobile T ceux qui prolongent lâorientation des traits en ce T et ceux qui sont perpendiculaires Ă cette orientation. Câest lĂ lâacquis du niveau IIB et le sujet est alors en possession des diffĂ©renciations nĂ©cessaires pour rendre compte au stade III des diverses formes dâintersection et y rĂ©duire les diffĂ©rents mouvements apparents.
2) On retrouve en cette Ă©volution lâun des caractĂšres essentiels de la gĂ©nĂ©ralisation constructive (laquelle ne fournit au dĂ©but que des cadres conceptuels Ă lâinductive, puis prend son essor autonome dĂšs les compositions du niveau IIA) : la diffĂ©renciation et lâintĂ©gration des actions. La premiĂšre consiste en une suppression de proche en proche des limitations prĂ©cĂ©dentes ou, si lâon prĂ©fĂšre, en une nĂ©gation de lâunicitĂ© (exclusivitĂ©) de la possibilitĂ© antĂ©rieure au profit de la plus voisine : pas seulement superposition mais aussi juxtaposition ; pas seulement ces deux liaisons, mais aussi croisements entre perpendiculaires ; pas seulement entre celles-ci, mais intersections avec des obliques ; pas seulement lâorientation des traits en B mais la direction de T, puis lâorientation en T et enfin la diffĂ©renciation des mouvements apparents et rĂ©els, par composition gĂ©nĂ©rale des intersections. Or ces nĂ©gations ou suppressions des limitations prĂ©cĂ©dentes 4 ne sont dâabord quâimposĂ©es du dehors, les nouveaux dispositifs infirmant ou modifiant les prĂ©visions tirĂ©es des prĂ©cĂ©dents mais elles sont ensuite construites par le sujet, par simple dĂ©duction ou lorsquâil sâagit de comprendre des rĂ©sultats imprĂ©vus.
Quant aux intĂ©grations rĂ©pondant Ă ces diffĂ©renciations, on retrouve en petit les variĂ©tĂ©s logico-mathĂ©matiques usuelles de la construction des structures : sous une forme implicite le produit cartĂ©sien de toutes les « variations intrinsĂšques » du systĂšme, donc de celles que le sujet a peu Ă peu diffĂ©renciĂ©es ; sous une forme un peu moins implicite les ensembles quotients ou classes dâĂ©quivalence, en fonction des analogies ou morphismes peu Ă peu dĂ©couverts ; et sous une forme un peu plus explicite lâ« algĂšbre des opĂ©rations », câest-Ă -dire lâensemble des raisons qui, aux yeux des sujets des stades II et III, rendent nĂ©cessaires les liaisons demeurant jusque-lĂ de simples observables.
Pour ce qui est du produit cartĂ©sien dont le tableau est donnĂ© ci-dessous, on pourrait objecter, comme en plusieurs de nos structures, quâil ne constitue pas un objet rĂ©flexif de la pensĂ©e de lâenfant (encore quâil serait possible de le faire construire par les sujets du stade III). Mais ce qui nous importe est quâil correspond Ă ce que sait faire le sujet lorsquâil sâagit de prĂ©voir ou dâexpliquer les relations possibles entre les variables de T et celles de B : il sâagit donc bien dâune structure inhĂ©rente au sujet, mais, comme dâhabitude, dâune structure non rĂ©flĂ©chie parce que câest celle de ses opĂ©rations et que si leur utilisation lui suffit il nâest pas besoin de les thĂ©matiser. Quant aux classes dâĂ©quivalence 1, 2 et 3, câest la distinction des classes 2 et 3 qui caractĂ©rise les rĂ©actions du niveau IIB alors quâelles restent indiffĂ©renciĂ©es en IIA.
Grille [ mo- ( T bile |
Mouvement prolongeant lâorientation des barres
VĂ V^H
Mouvements perpendiculaires Ă lâorientation des barres
K K Ht Hl
F
Grille i tt . i
immo- J
C c
C C
Cl. 1
BN BN C C
C C BN BN
Cl. 1
bile B ) OD
OG
LD LD LD LD
LG LG LG LG
Cl. 2
TX XT 1 Ćž XX
Cl. 3
Légende :
C = carré ; L1 apparents ; V OG = obliques
â effet nul (superpositions) ; BN = alternance de blanc et noir ; ) = losange droit ; LG = losange gauche ; f, etc. = mouvements = vertical ; H = horizontal ; OD = obliques sommets Ă droite ; sommets Ă gauche.
Â
Au total, cette recherche nous montre comment un ensemble de variations dâabord simplement extrinsĂšques, câest-Ă -dire constatĂ©es sans ĂȘtre comprises, sont transformĂ©es en variations intrinsĂšques, autrement dit en compositions rĂ©glĂ©es par des liens de nĂ©cessitĂ© Ă lâintĂ©rieur dâun systĂšme de constructions dĂ©ductives. Or câest lĂ lâĆuvre de gĂ©nĂ©ralisations constructives remplaçant les inductions empiriques initiales en fonction dâun double processus. Il y a dâabord celui de la diffĂ©renciation, qui ne consiste pas seulement en un jeu de dissociations ou dâabstractions, mais aussi comme on vient de le souligner, en une suppression de limitations, donc en une ouverture sur de nouvelles possibilitĂ©s par nĂ©gation de lâunicitĂ© ou exclusivitĂ© des prĂ©cĂ©dentes. DâoĂč le processus complĂ©mentaire de lâintĂ©gration qui relie ces possibilitĂ©s entre elles par un lien de nĂ©cessitĂ© en dĂ©terminant chaque variation intrinsĂšque (intersections, etc.) comme une rĂ©sultante dĂ©ductive impliquĂ©e par lâensemble des autres. On constate ainsi que la gĂ©nĂ©ralisation constructive est telle, câest-Ă -dire engendre formes et contenus nouveaux, en tant quâorgane de diffĂ©renciations aussi bien que dâintĂ©grations, la notion de « variation intrinsĂšque » unissant en un mĂȘme tout les deux aspects complĂ©mentaires.