Diversité des étudiant-es

 

La diversité du corps étudiant est souvent vantée et présentée comme un phénomène récent. Elle montre que les institutions d’enseignement supérieur poursuivent l’idéal des Lumières d’universalité de l’émancipation par l’éducation. Elle apporte également une richesse de perspectives, d’expériences et de modes de pensées qui favorise la créativité et l’apprentissage de la complexité du monde social. Est-elle pour autant si nouvelle que cela ?

Dès leur création, les universités ont été fréquentées par des étudiants d’horizons divers. L’Université de Bologne, généralement considérée comme la plus vieille sur le continent européen, accueillait à son origine des étudiants de l’Europe entière regroupés en 14 « nations » selon leur origine géographique. Au 17ème siècle, l’Académie de Genève était fréquentée par des genevois à hauteur de 14,5%, des suisses d’autres cantons à hauteur de 23 % et donc des étrangers à hauteur de 62,5%. Ce groupe restait toutefois très homogène dans son origine sociale et, évidemment, dans son genre.

A l’exception de quelques pionnières (Bettisia Gozzadini étudia, avec des habits d’homme, dans les années 1230 avant de devenir professeure de droit à Bologne), il a fallu attendre la deuxième moitié du 19ème siècle pour que les universités s’ouvrent aux femmes ; puis l’après-guerre pour qu’elles s’ouvrent aux classes populaires, notamment aux Etats-Unis avec le financement étatique des études des soldats démobilisés (« G.I. bill ») et dans les années 1960 en Europe. L’ouverture aux étudiants d’autres confessions (juive par exemple) ou d’autres origines ethniques a également été un long processus, connaissant des avancées et des reculs selon les pays. Depuis quelques décennies, cette diversité s’étend en âge, avec un nombre croissant de personnes sortant de la traditionnelle tranche « 18-24 ans ». Plus âgées, elles ont plus de chance d’être des soutiens de famille en ayant des enfants ou en devant s’occuper de parents en perte d’autonomie. Elles ont plus de chance également de cumuler études et emploi et d’avoir eu des expériences professionnelles préalables. Les universités portent aujourd’hui une attention croissante aux personnes ayant des besoins particuliers, qu’il s’agisse de répondre à des handicaps (moteurs ou sensoriels) ou à un spectre de neurodivergences telles que l’autisme, la dyslexie ou les troubles de l’attention.

Malgré les bénéfices cités, cette hétérogénéité présente, pour nos institutions, des défis. Les étudiantes et étudiants qui arrivent dans le supérieur ont des compétences variées, notamment en ce qui concerne la maîtrise des outils numériques et d’intelligence artificielle, du langage académique et des habitus universitaires, de la langue, de la lecture analytique et de l’argumentation. Leur disponibilité aux études et au travail académique est également très dépendante de leur situation personnelle. Leurs besoins et leurs attentes, légitimes, sont multiples. Aussi les adaptations et modalités de soutien à mettre en place se doivent d’être de plus en plus nombreuses ce qui, évidemment, mobilise des moyens humains et financiers supplémentaires.

Cette hétérogénéité s’inscrit par ailleurs dans une hyper-individualisation de nos sociétés dans lesquelles les trajectoires individuelles prennent le pas sur les appartenances collectives traditionnelles (classe, territoire, genre,...). Les outils numériques et les réseaux sociaux favorisent, on le sait, la décentralisation des relations et des expériences sociales et la création de nouveaux « entre-soi » hermétiques les uns aux autres. Dès lors le véritable défi n’est pas tant celui de l’adaptation des enseignements ou des examens mais celui de la création d’espaces et d’expériences du commun, d’un vivre-ensemble, d’un sentiment d’une communauté de destins. En ce sens, les universités doivent réussir le pari de la diversité non seulement pour le bien individuel de toutes et tous mais aussi et surtout pour faire société.

article rédigé par Pablo Achard