Le futur des universités
Les universités font partie des rares institutions qui ont traversé les siècles. Elles ont survécu aux guerres et aux révolutions, se sont développées sous des régimes démocratiques et autocratiques, sous des républiques et des monarchies, des régimes laïcs ou religieux. Elles existent aujourd’hui dans tous les pays. Pour autant, l’Université de Genève aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec l’Académie que fonda Jean Calvin. Pour rester pertinentes à travers les âges, les universités ont dû se transformer, évoluer progressivement, parfois avec un temps de retard mais bien souvent en étant en avance sur leur temps. Après tout, ne sommes-nous pas un des lieux où se pense le futur ?
La revue Nature du 25 septembre 2025 se penche sur le futur des universités. Et cela vaut la peine de s’y plonger… Deux articles font un état des lieux des universités dans le monde d’aujourd’hui.
Brassage Nord-Sud
Dans The great university shake-up, Dan Garisto revient sur l’incroyable succès des universités qui forment aujourd’hui plus de 260 millions d’étudiantes et d’étudiants, un nombre qui a doublé depuis 2000. Si cette augmentation existe dans tous les pays, elle est évidemment portée principalement par ceux dont les taux de scolarisation étaient les plus faibles il y a 25 ans. L’internationalisation des études, quant à elle, a triplé durant cette période. Mais ce mouvement pourrait atteindre ses limites, tout d’abord parce que les élèves du Sud global peuvent aujourd’hui trouver des institutions de qualité à proximité et ensuite parce que les pays du Nord se ferment de plus en plus. Ce qui est enseigné évolue également avec une croissance plus importante dans les matières scientifiques et technologiques. Enfin, les universités privées, toujours minoritaires, occupent une part grandissante du paysage, parfois au dépend de la qualité de l’enseignement.
L'éducation, c'est de l'argent
Philip Albach, lui, se plonge dans les défis qu’affrontent les universités. Rappelant la longue histoire des universités, il revient également sur leur expansion et internationalisation. Il constate pourtant que seule une minorité d’entre elles (environ 1'000 sur 23'000) font de la recherche de manière intensive, pourtant clé pour le développement économique. De nombreuses universités subissent des coupes budgétaires et voient leur équilibre financier mis en péril par la fermeture des frontières ou le vieillissement de la population. Ces contraintes se traduisent souvent par une précarisation du corps intermédiaire. S’ajoute également une pression pour que les études soient « rentables » pour celles et ceux qui déboursent de frais de scolarité important, au risque d’en oublier les vertus de l’esprit critique et de la liberté académique. Toutes ces contraintes obligent les universités à se réinventer en prenant en compte les nouveaux formats imposés par la généralisation de l’IA et de l’enseignement à distance.
Le futur de l'enseignament?
A travers l’exemple du New Model Institute for Technology and Engineering en Angleterre, Anna McKie vante les mérites d’une nouvelle institution, proche de nos HES, qui a pour vocation de répondre aux besoins de l’économie locale en se focalisant sur l’enseignement technologique. Les curriculums y sont co-construits avec les industriels. Le recrutement y est très inclusif. L’institution met un fort accent sur l’apprentissage expérientiel organisés en blocs plutôt qu’en cours se déroulant en parallèle tout au long du semestre. “9 to 5, 5 days a week, 46 weeks a year — like a job. No lectures. No exams. No A-level maths requirement. You learn by working through problems.”
D’autres initiatives sont mises en avant. Dans un article collectif, six contributions présentent des projets innovants. À Tsinghua, l’IA est utilisée pour former les futurs médecins, avec l’ambition de raccourcir la durée des études. À NYU Abu Dhabi, une plateforme accompagne les académiques désireux de se lancer dans la création de start-ups. Au Brésil, une agence fédérale s’attaque à l’employabilité des doctorants. A l’Université de Leeds, les étudiantes et étudiants en physique développent leur créativité à travers des projets de vulgarisation. À Kattankulathur, en Inde, la santé mentale des étudiantes et étudiants est améliorée par des activités extra-académiques données par des pairs plutôt que par des personnes externes. À Johannesbourg, les philosophies traditionnelles africaines sont utilisées pour changer les perspectives sur le handicap et baisser les barrières à l’entrée dans les études. Si aucune de ces initiatives ne change radicalement nos institutions, toutes montrent que les universités se réinventent sans cesse pour rester pertinentes.
L'Uni, c'est pas fini
Plusieurs contributions, enfin, viennent rappeler l’importance des universités pour l’innovation, pour équiper nos sociétés avec les compétences dont elles ont besoin, pour être, comme le dit l’éditorial, « des forces au service du bien ».
L’ensemble des articles est disponible ici. Et leur lecture est une source de réflexion et d’inspiration…
Références
- Nature 645, 849-851 (2025), doi: https://doi.org/10.1038/d41586-025-03030-7
- Nature 645, 836-839 (2025), doi: https://doi.org/10.1038/d41586-025-03028-1
- Nature 645, 1091-1093 (2025), doi: https://doi.org/10.1038/d41586-025-03034-3
- Nature 645, 852-855 (2025, doi: https://doi.org/10.1038/d41586-025-03031-6
article rédigé par Pablo Achard