Journal n°105

Innover en respectant l’existant

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Avec ses façades jouant avec l’ombre et la lumière, Uni Carl Vogt s’intègre parfaitement à son environnement direct.

Un jeu permanent entre l’ombre et la lumière. C’est ce sentiment qui anime le visiteur une fois entré dans le bâtiment Uni Carl Vogt. De l’extérieur, la structure complexe composant la façade de cette réalisation de l’atelier d’architecture genevois 3BM3 laissait à peine entrevoir ce qu’elle pouvait bien renfermer. A l’intérieur, la surprise est totale.

Les deux entrées, disposées en retrait du portique, se resserrent pour canaliser le visiteur et marquer une variation de hauteur entre le sas et le hall, lequel laisse place à un patio. Cet espace attire le regard sur le volume intérieur, la vue vers l’extérieur étant en partie bloquée par un filtre thermique délimitant l’espace interne du boulevard attenant. Les habitués d’Uni Mail ne sont pas trop dépaysés, mais la configuration des lieux est suffisamment particulière pour éviter tout sentiment de déjà-vu.

Se fondre dans le paysage

«Nous n’avions aucune envie de créer un monolithe de plusieurs étages donnant sur le boulevard, explique Carmelo Stendardo, associé de l’atelier 3BM3. L’ensemble de la construction a été conçu pour laisser entrer la lumière et permettre un dialogue permanent entre les sources lumineuses, naturelles ou artificielles, et les ombres intérieures.» C’est ainsi que le patio constituant le cœur du bâtiment devient, la nuit venue, le théâtre d’un ballet lumineux changeant grâce à l’installation de lampes suspendues rappelant les bandes d’éclairage à LED visibles en façade, et soulignant la présence des pleins et des vides sur le boulevard Carl-Vogt.

Sur cette artère centrale de la zone sud de Plainpalais, le bâtiment détonne et se remarque tout en se fondant parfaitement dans le paysage composé majoritairement de bâtiments du XIXe siècle logés dans des rues corridors aux alignements rigoureux et aux gabarits homogènes. Un signe que les architectes ont tenu à innover tout en respectant l’environnement immédiat existant.

«Nous devions tenir compte de nombreuses contraintes, poursuit Carmelo Stendardo. Les limites dimensionnelles, tout d’abord, nous obligeaient à concevoir un ouvrage au gabarit réduit. Nous tenions également à ce que le bâtiment s’aligne parfaitement avec les constructions voisines en n’affichant aucun décrochage par rapport aux autres structures du boulevard.» La seule exception à cette règle est représentée par le tout proche Musée d’ethnographie, autrefois école, avec son préau exposé au soleil et fortement arboré.

Côté rue, l’enveloppe du bâtiment présente une façade de verre qui unifie, comme un écran, le jeu de pleins et de vides qui définissent la typologie des lieux et protègent les espaces de travail des nuisances de la route. Les parties pleines comportent une isolation périphérique revêtue d’une fine couche métallique. Des fentes verticales permettent une relation visuelle entre les bureaux, les salles de cours et le boulevard.

Jeu d’ombre et de lumière

Difficile de croire, lorsqu’on visite les lieux, que l’espace dans lequel s’est logée l’UNIGE n’était pas, à l’origine, destiné à une occupation académique. C’est en effet sous l’impulsion de la Radio télévision suisse (RTS), maître d’œuvre de l’ouvrage, que cette construction a été entreprise en vue d’accueillir des activités essentiellement administratives.

Les plans ayant été terminés avant que les lieux soient proposés à l’UNIGE, il n’était pas possible d’y loger des laboratoires ou des salles blanches.«Dès le début, nous avions cependant prévu une certaine modularité dans l’agencement intérieur du bâtiment. Nous n’avons ainsi pas eu de difficultés majeures à nous adapter aux demandes de l’UNIGE», souligne Carmelo Stendardo.

Avec d’autres réalisations avoisinantes, Uni Carl Vogt représente aujourd’hui, de l’avis de ses créateurs, une nouvelle manière de «bâtir la ville» tout en respectant des règles essentielles de l’histoire urbaine du quartier. Dans cette zone comprise entre la Jonction et le début des Acacias, des constructions basses continuent à définir un front bâti, alors que les immeubles hauts s’orientent en dégageant des vides inhabituels pour des rues corridors traditionnelles.

Pour les architectes, l’exception majeure à cette règle est la tour de la RTS toute proche, récemment transformée. Bâti à partir des années 1940, cet édifice domine aujourd’hui son quartier et la ville, s’affranchissant des alignements et gabarits alentour et créant un contraste évident avec l’homogénéité des bâtiments environnants. Toutefois, la nouvelle enveloppe de la tour RTS crée une proximité visuelle certaine avec Uni Carl Vogt.

Les matériaux de façade employés pour Uni Carl Vogt sont d’ailleurs les mêmes que ceux déjà utilisés dans le cadre de la rénovation de la tour RTS, à savoir le verre et des parties miroitantes. Pour Uni Carl Vogt, ces matériaux de façade permettent à la structure de réagir de manière différente tout au long de la journée, et selon les saisons.

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