Post campagne 2026

On n'y arriverait pas sans eux!

Cette année, nous souhaitons mettre à l’honneur les ouvriers qui rendent possible le travail à Hou. Comme il en est l’habitude et la règle en Égypte, la mission emploie des ouvriers égyptiens pour travailler aux côtés des divers spécialistes.

À Hou, nous employons plusieurs catégories d’ouvriers : la plus grande partie d’entre eux sont des habitants des lieux. Cette année, en fonction des semaines, ils étaient une vingtaine. Quelques-uns d’entre eux avaient déjà travaillé avec nous en 2024 et 2025 (et même en 2009 !), mais il a fallu en recruter de nouveaux puisque la mission s’est agrandie et que la fouille est devenue plus conséquente. Pour les trouver, nous nous sommes tournés vers notre raïs, Mohammed Antar. Le "raïs", c’est le chef des ouvriers, qui est aussi en charge d’une grande partie de la logistique et de l’organisation du travail. Avec Mohammed, nous sommes particulièrement gâtés : il pense à tout et a toujours un coup d’avance. C’est une perle rare et il est définitivement l’un des membres les plus indispensables de l’équipe. Contrairement aux ouvriers de Hou, il ne vient pas de la région, enfin si, originellement, d’une certaine manière... Dans les faits, il vit à Saqqara, où sa famille est établie depuis plusieurs générations afin de travailler avec les missions archéologiques très nombreuses dans la région. Mais à la base, sa famille vient de Quft, à une heure de route au sud-est de Hou, et il se considère et est considéré comme un "Saïdi", c’est-à-dire un habitant du sud de l’Égypte. Bref, grâce à lui, cette année, nous avons trouvé des renforts et avons été, comme on le dit en Suisse romande, "déçus en bien"! Débordants d’enthousiasme, travailleurs, gentils et drôles, nos ouvriers locaux se sont pris au jeu de l’archéologie et cela a été un réel plaisir de travailler à leurs côtés. 

En plus de cette fine équipe, nous avons également bénéficié de la présence de trois ouvriers spécialisés, venant de Quft. Eh oui, comme le raïs ! Et ceci n’est pas un hasard : l’archéologue britannique Petrie (encore lui !) a commencé à former des hommes venant de cette ville dans les années 1890 afin de les employer sur ses divers chantiers. La tradition se perpétue de père en fils et l’on retrouve des "Quftis" sur des chantiers à travers tout le pays et certains d’entre eux ont même été employés dans des fouilles dans divers pays du Proche-Orient. Ces ouvriers sont d’excellents fouilleurs et ceux qui ont travaillé à nos côtés cette année, Mohammed Awat, Soliman Mohammed et Saleh Amid, n’ont pas dérogé à la règle. Et ce qui est particulièrement appréciable c’est qu’ils ont pris le temps d’expliquer certaines subtilités de l’archéologie aux ouvriers locaux, formant à la fouille fine nos meilleurs éléments. Les Quftis accompagnaient dans chaque secteur de la fouille les archéologues, travaillant à nos côtés, discutant avec nous des différentes hypothèses, débattant de l’existence d’un mur de brique crue, dirigeant les ouvriers du secteur et effaçant inlassablement toutes les empreintes de pieds avant les photos (fastidieuse tâche qui nous occupe très fréquemment: il faut que ce soit nickel (et ce n’est pas qu’un truc de Suisse))... Le tout s’accompagne régulièrement d’une tasse de thé très sucrée (ou de sucre au thé, c’est selon), préparée sur le terrain par certains de nos ouvriers - il y en a toujours un qui s’éclipse quelques instants du secteur, à plusieurs reprises dans la journée, pour s’occuper du pot de fer chauffant sur le feu (cette année, Arafa et Mansour ont été désignés "rois du thé"!) - et capable de redonner un coup de fouet à tout moment (l’équivalent de la potion magique de l’irréductible village de Gaulois). C’est un classique de la fouille en Égypte et une tasse vous est toujours tendue quand vous êtes en plein travail, ce qui requiert une certaine habileté puisqu’une main est occupée à manier la truelle alors que l’autre tient le verre brûlant.

Enfin, pour compléter l’équipe, cette année nous avons fait venir, enfin, soyons précis : le raïs a fait venir 6 ouvriers spécialisés de Saqqara, membres de la bien nommée "Team fantastic" (surnom donné par nos collègues de Saqqara), dont la tâche était de déplacer les blocs de remploi sur le souq. Pour eux, habitués à bouger des monolithes de plusieurs tonnes, c’était un jeu d’enfant. Et pour nous, c’était assez fascinant de les voir à l’œuvre, avec juste quelques rails de bois, des barres de fer et des cordes. Leurs connaissances et leur parfaite coordination nous ont démontré que ce n’est pas si compliqué de construire une pyramide ! 

Si les rapports et publications scientifiques ne rendent pas forcément compte de l’apport essentiel de toutes ces personnes, il faut pourtant insister sur le fait que, sans eux, on n’y arriverait pas ! Ils font partie de l’équipe et rendent notre travail possible et, pour ça, on ne les remerciera jamais assez. ألف شكر

© Chloé Cohen et Audrey Eller