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Au cours de leur histoire, les sociétés ont produit des normes situées qui définissent et encadrent les sexualités. Condamnation morale, criminalisation, pathologisation, cishétéronormativité, injonctions sexuelles et de genre sont autant de manières de tenter de contrôler les corps, de délégitimer les dissidences et de limiter les marges d’action des individus. Les cultures de stigmatisation instaurées dans le langage, les représentations et les dispositifs normatifs traversent et façonnent les expériences intimes et collectives. Les institutions médicales, légales et religieuses ont ainsi joué un rôle central dans la régulation des existences et des pratiques jugées déviantes, même si ces institutions peuvent également, dans certaines circonstances, constituer des lieux de contestations internes et de reconfigurations des normes. Des mouvements sociaux et des travaux critiques ont documenté et contesté les logiques de pouvoir et de violence, en produisant des récits collectifs et des modes d’existence alternatifs et émancipateurs, tout en étant eux-mêmes traversés par des tensions internes et des contradictions.

Les perspectives historiques montrent que ces dynamiques ne sont pas linéaires ou uniformes : elles varient dans le temps et suivant les contextes sociaux et espaces géographiques, reflétant une histoire complexe. Les sexualités et le genre sont profondément politiques : leur déploiement s’opère dans des projets de société, des narrations politiques, des dispositifs religieux ou de médicalisation, des logiques de marché, des assemblages sociotechniques, des pratiques artistiques et numériques, des imaginaires nationaux, des entreprises coloniales et des luttes de libération.

Tout en expérimentant des avancées socio-politiques considérables dans certains pays, tels que le mariage homosexuel ou le droit à l’avortement, les communautés LGBTIQ+, les femmes*, et d’autres groupes considérés comme déviants, négligeables ou minoritaires restent aujourd’hui la cible de violences et de politiques répressives. Les savoirs critiques sur les sexualités et le genre sont eux-mêmes visés par des attaques qui les délégitiment en tant que champs de réflexion scientifique et d’engagement académique.

Dans le contexte contemporain, marqué par l’expression ouverte d’extrémismes politiques, le CMCSS entend promouvoir les travaux sociohistoriques qui explorent, dans une perspective diachronique, les formes de contrôle, d’instrumentalisation, de subversion et de réinvention des sexualités et du genre à l’œuvre en fonction des conjonctures historiques et géopolitiques. Une attention aux intrications des rapports sociaux - sexualité, genre, race, classe, validisme, âgisme – est encouragée afin d’analyser le continuum des logiques d’oppression et les tensions internes aux dynamiques collectives d’émancipation.