L’arrêt prolongé de la centrale nucléaire de Gösgen : quels enjeux pour l’approvisionnement électrique suisse ?

La centrale nucléaire de Gösgen, arrêtée depuis le 23 mai pour des travaux sur son système de refroidissement, ne redémarrera pas avant février 2026, a annoncé son exploitant, Kernkraftwerk Gösgen-Däniken (KKG). Une prolongation qui suscite des interrogations, notamment sur la transparence des opérations et sur la fiabilité du parc nucléaire suisse, alors que le débat sur l’avenir de l’atome en Suisse s’intensifie.

Un impact limité sur l’approvisionnement cet hiver ?

Avec une production représentant plus de 13 % de l’électricité suisse, l’arrêt prolongé de Gösgen pourrait-il menacer la sécurité d’approvisionnement cet hiver ? Elliot Romano, expert en gestion des systèmes électriques à l’Université de Genève (UNIGE), tempère les craintes.

"En 2017, la Suisse avait déjà gérer l’arrêt simultané de Beznau et Leibstadt sans pénurie, grâce aux importations, notamment depuis la France", rappelle-t-il. Aujourd’hui, le parc nucléaire français, bien que soumis à des aléas, affiche une disponibilité rassurante : 46 GW disponibles actuellement, avec une prévision de plus de 60 GW en novembre (Gösgen a une capacité d’1 GW). "Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, car ils peuvent vite varier, mais les voyants sont au vert", nuance Elliot Romano.

Par ailleurs, la Suisse peut compter sur :

  • Ses réserves hydrauliques (lacs de barrage bien remplis).
  • Trois centrales à gaz de secours (Birr, Monthey, Cornaux).
  • Des groupes électrogènes d’appoint.
  • Un réseau d’interconnexion robuste, géré par Swissgrid.

L’Elcom (Autorité fédérale de régulation de l’électricité) confirme que "la mise hors service de Gösgen pourra être compensée par des importations supplémentaires", sans restriction majeure prévue.

Quelles leçons tirer ?

Cet épisode met en lumière plusieurs enjeux :

  • La transparence des exploitants nucléaires, mise en cause par les ONG.
  • La résilience du système électrique suisse, testée par des arrêts imprévus.
  • Le rôle clé des importations et des énergies renouvelables pour assurer la stabilité du réseau.

Alors que le Conseil fédéral a récemment exprimé son ouverture à la construction de nouveaux réacteurs, cette situation rappelle que la fiabilité du nucléaire reste un sujet de débat – entre partisans d’une relance et défenseurs d’une sortie progressive.

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25 août 2025

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