23 septembre 2026 - Alexandra Charvet

 

Événements

Le sable, toujours plus convoité

Une exposition invite le public à suivre le destin d’un grain de sable. Façonné pendant des milliers d’années, ce sédiment est devenu, en quelques décennies, une ressource essentielle à nos sociétés. Mais derrière son apparence banale se cachent des enjeux largement méconnus.

 

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À l’échelle planétaire, les quantités de sable prélevées dépassent largement les capacités naturelles de renouvellement. Dans l'exposition, ce décalage est matérialisé par des sabliers faisant ressortir la différence entre ces deux temporalités. Image: J. Benovsky


Deuxième ressource naturelle la plus consommée, juste après l’eau, le sable est au cœur de nos sociétés. Chaque année, près de 50 milliards de tonnes de ce matériau sont extraites, principalement pour produire du béton et construire nos villes. Longtemps considéré comme inépuisable, il se raréfie pourtant sous l’effet d’une exploitation intensive, non sans conséquence pour les écosystèmes et les populations. L’exposition Entrez en matière! Du grain de sable à la ville durable, à voir jusqu’au 18 décembre au 66, bd Carl-Vogt, explore les multiples facettes de cette ressource omniprésente. De sa formation à son extraction, en passant par son utilisation pour construire routes, bâtiments et infrastructures, elle retrace le parcours d’un grain de sable et interroge nos modes de construction, tout en invitant à découvrir des matériaux plus durables. Visite guidée.

Du glacier du Rhône au béton des villes

L’exposition s’ouvre sur un «laboratoire de géologie» qui permet d’explorer les origines du sable et de comprendre que ce matériau est le résultat de forces terrestres à l’œuvre depuis des millions d’années. «Le sable naturel, comme celui présent dans le Léman, résulte de processus géologiques lents», explique Dolorès Bertrais, chercheuse à l’Institut de gouvernance de l’environnement et développement territorial (Sciences de la société) et co-commissaire de l’exposition avec Armelle Choplin, professeure au Département de géographie et environnement et au Global Studies Institute. «Il est issu de l’altération et de l’érosion des roches, sous l’action du climat, de l’eau, de la glace et du vivant, puis est transporté par les glaciers et les rivières pour se déposer enfin dans les deltas et les fonds lacustres.» Au cœur de ce laboratoire, on peut observer, à l’aide d’un microscope, des grains de sable du monde entier et constater leur étonnante diversité de couleurs, de formes et de textures. Un diorama permet, quant à lui, de visualiser le voyage d’un grain de sable dans l’Arc lémanique, tandis qu’une vidéo, agrémentée d’une projection jusqu’en 2100, retrace 35’000 ans d’évolution des glaciers en Suisse.

Au cœur des tensions géopolitiques

La seconde partie de l’exposition s’intéresse plus particulièrement à l’extraction et à la circulation de cette ressource. Pour rendre visible l’ampleur des déplacements de matière, des images aériennes montrent des paysages avant et après leur transformation par des activités d’extraction et de remblaiement, souvent spectaculaires vues du ciel. Selon les commissaires de l’exposition, le sable est devenu, depuis les années 2000, une ressource stratégique, limitée et convoitée. Avec l’urbanisation accélérée, sa consommation mondiale a triplé en vingt ans. À l’échelle planétaire, les quantités prélevées dépassent largement les capacités naturelles de renouvellement, les sociétés humaines consommant en quelques décennies seulement ce que les glaciers, les rivières et les lacs ont mis quinze mille ans à déposer.

Dans l’exposition, ce décalage, qui illustre les tensions croissantes autour des ressources naturelles, est matérialisé par des sabliers faisant ressortir la différence entre ces deux temporalités. Un court-métrage donne à voir les impacts humains de l’exploitation massive du sable dans le Mékong, mettant en lumière les nombreuses communautés qui dépendent du fleuve. «Le sable extrait alimente un commerce mondial, générant des filières plus ou moins légales et spéculatives, ajoute Dolorès Bertrais. Contrairement au prélèvement d’autres ressources, celle du sable échappe en effet encore à une régulation mondiale.»

Expérimenter et construire autrement

Enfin, la dernière partie de l’exposition s’intéresse aux enjeux de construction et de durabilité. En effet, près de 40% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’industrie de la construction et, à elle seule, la production de ciment représente environ 8% des émissions mondiales. «L’heure est venue de construire autrement, d’utiliser d’autres matériaux, de renouer avec des filières plus durables, prévient Armelle Choplin. La terre, le bois, la paille, présents en abondance, offrent des alternatives possibles.» Pour illustrer ce propos, l’exposition suggère plusieurs expériences à réaliser soi-même, notamment pour comprendre les propriétés de la terre et les principes de la construction en terre crue. Afin de montrer concrètement que d’autres matériaux peuvent remplacer le béton traditionnel, l’exposition présente notamment une sculpture en «béton de coquillages», réalisée à partir de rebuts de restaurants. Un atlas des matériaux régénératifs cartographie, quant à lui, les matériaux, projets, techniques et ressources de la construction régénérative. Enfin, un espace permet au public de laisser un message afin de partager ses idées et de contribuer ainsi à imaginer de nouvelles manières de bâtir la ville de demain.

ENTREZ EN MATIÈRE!

Exposition

Jusqu’au 18 décembre | Salle d’exposition de l’UNIGE, 66 bd Carl-Vogt


À lire:
«Matériaux, un catalogue critique», La Découverte, 2026
«Concrete City: Material Flows and Urbanization in West Africa», Wiley, 2023


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