27 novembre 2025 - Yann Bernardinelli
Un pont entre expertises académiques et entreprises
Le Laboratoire de technologie avancée (LTA) de l’Université de Genève et de la HES-SO Genève fête dix ans de rapprochement entre institutions et entreprises à travers la technologie.

Équipe du Laboratoire de technologie avancée. Image: P. Bouillot/UNIGE
Les institutions universitaires regorgent d’équipements à la pointe de la technologie ainsi que du savoir-faire requis pour les piloter. L’accès à ces ressources, aussi précieuses que rares, est une aubaine pour les représentant-es de l’industrie lorsqu’il s’agit de faire face à des problématiques allant au-delà de leur propre expertise. Mais ces ressources sont longtemps restées difficiles d’accès pour les structures externes. «Avant le lancement du Laboratoire de technologie avancée (LTA), pour beaucoup d’industriels, l’université ressemblait à une grosse machine opaque dépourvue de porte d’entrée», résume Christoph Renner, directeur du LTA et professeur de physique expérimentale à la Faculté des sciences. Inauguré en 2015, le LTA a précisément été pensé comme un accès direct vers ces compétences académiques, avec l’ambition de rendre un service concret au tissu économique local. Les plus de 800 projets en provenance d’une centaine d’entreprises traités cette dernière décennie témoignent de sa réussite, même si cette dernière va bien au-delà. Tour d’horizon.
Accès aux ressources simplifié
Le LTA est né dans le sillage de MaNEP, un ancien Pôle de recherche national (PRN) consacré aux matériaux dotés de propriétés électroniques nouvelles. Il est né du constat que les équipements de recherche n’étaient pas toujours utilisés à plein temps et qu’ils étaient pourvus d’un potentiel dans le soutien à l’innovation pour les entreprises. «Nous y avons vu l’occasion d’offrir un vrai service technologique aux entreprises tout en générant les moyens nécessaires pour entretenir et renouveler nos équipements, explique Christoph Renner. C’est cette idée qui a donné naissance au LTA.»
Concrètement, le LTA reçoit les demandes des entreprises, en discute avec elles, puis les oriente vers le laboratoire ou la plateforme la plus adaptée à leurs besoins, à l’Université de Genève comme à la HES-SO Genève. Le laboratoire universitaire et l’entreprise travaillent ensuite ensemble, tandis que le LTA gère toute la partie administrative et contractuelle. Ce modèle allège fortement les démarches et s’adapte aux entreprises de toutes les tailles, petites, moyennes ou grandes. Cela permet notamment de prendre en compte de très petits mandats, par exemple une mesure urgente facturée un millier de francs, qui serait difficilement gérable et justifiable par les voies académiques traditionnelles. À l’autre extrémité du spectre, la même structure accompagne des projets soutenus par Innosuisse, l’agence fédérale d’encouragement à l’innovation, pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers de francs.
En dix ans, le LTA a traité un volume croissant de mandats avec une progression régulière de son chiffre d’affaires. Les demandes viennent de domaines variés, de l’horlogerie à l’électrotechnique, en passant par le biomédical ou la microtechnique. Certaines relèvent de la faisabilité d’un nouveau concept, d’autres de l’analyse d’un problème concret sur une ligne de production. «Nous avons par exemple pu réaliser des mesures dans la journée et fournir un résultat le lendemain pour aider des entreprises à résoudre un blocage sur un procédé industriel, illustre Christoph Renner. Cela montre que l’université peut être très réactive quand la structure est adaptée.»
Tout le monde y gagne
Le LTA n’est pas seulement un guichet pour des ressources existantes. Il a permis de créer une plateforme d’analyse en chimie de surface équipée de deux instruments acquis spécifiquement pour cette activité et gérés par une équipe dédiée. Ces appareils servent aux chercheurs et chercheuses universitaires ainsi qu’aux entreprises. Ils illustrent le potentiel de mutualisation des équipements porté par le LTA.
Au-delà des collaborations techniques, le LTA permet aussi aux étudiantes et étudiants qui participent à certains projets de découvrir le monde industriel. Une aubaine pour leur future carrière.
«Tout le monde y gagne, résume Christoph Renner. Les laboratoires disposent de moyens supplémentaires, les entreprises accèdent à des technologies et des expertises qu’elles ne pourraient pas financer seules et la collectivité profite d’innovations locales soutenues par des fonds publics et privés.» Le LTA a d’ailleurs reçu la Médaille de l’innovation de l’Université de Genève, une distinction interne qui salue son rôle de passerelle entre la recherche académique et l’économie régionale.
Un rôle appelé à croître dans l’écosystème genevois
Pour la décennie à venir, l’enjeu principal consistera à gagner encore en visibilité auprès du tissu industriel afin d’atteindre un «régime de croisière qui permettra non seulement de maintenir les revenus, mais aussi d’entretenir et de remplacer régulièrement les équipements les plus coûteux», précise Christoph Renner. Dans un contexte économique en constante évolution, l’un des objectifs sera aussi de poursuivre le soutien aux entreprises locales en collaboration avec l’Office de promotion des industries et des technologies (OPI) pour qu’elles restent innovantes et compétitives, renforçant ainsi le rayonnement de la région en matière d’innovation.