13 novembre 2025 - Alexandra Charvet

 

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Accompagnement sur ordonnance

Afin de soutenir les patient-es au moment d’entamer un traitement médicamenteux de longue durée, le projet myCare Start mise sur un accompagnement personnalisé en pharmacie. Une étude vient d’être lancée en vue de mesurer l’efficacité de cette prestation et son impact sur les coûts de la santé.

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Pour accompagner les patient-es au début d’un nouveau traitement, deux entretiens sont prévus avec le/la parharmacien-ne. Image: joyfotoliakid


Commencer un traitement de longue durée n’est jamais simple. Doutes quant à l’efficacité du médicament, nouvelles routines à intégrer au quotidien, effets secondaires indésirables: autant de freins qui font que près d’un-e patient-e sur deux peine à suivre correctement sa prescription. Cette mauvaise adhésion aux traitements chroniques coûterait chaque année quelque 125 milliards d’euros, en Europe, entre hospitalisations, urgences et consultations évitables.

Un exemple venu du Nord

Pour répondre à ce problème, l’UNIGE, en collaboration avec pharmaSuisse et ses partenaires universitaires, lance le programme myCare Start. Un projet inspiré du New Medicine Service mis en place avec succès en Angleterre, en Norvège et au Danemark. Le dispositif s’adresse à toute personne qui entreprend un nouveau traitement pour certaines affections: maladies cardiovasculaires, hyperlipidémie (taux de cholestérol élevé), diabète, maladies respiratoires (asthme ou la bronchite chronique appelée «BPCO»), mais aussi dépression. Développé en collaboration interprofessionnelle pour être déployé dans les pharmacies, il propose deux entretiens destinés à accompagner les patient-es dans les six premières semaines qui suivent le début du traitement. «Pour un-e patient-e, prendre un nouveau médicament soulève un certain nombre de questions qui arrivent bien après le jour de la prescription, constate Marie P. Schneider, cheffe du projet myCare Start et professeure à la Section des sciences pharmaceutiques. Il est donc essentiel qu’un suivi continu soit garanti et que le/la médecin, le/la pharmacien-ne et, si nécessaire, l’infirmier/ère délivrent des informations cohérentes au moment opportun.»

Au cours du premier entretien, le/la pharmacien-ne aide le/la patient-e à comprendre son nouveau traitement (à quoi s’attendre et quand), propose des moyens simples et personnalisés pour intégrer la prise du médicament au quotidien, aborde les éventuels effets secondaires et répond aux questions et doutes du/de la patient-e. Le second entretien est, quant à lui, l’occasion de revenir sur l’expérience vécue, de discuter d’éventuels changements ou de nouvelles préoccupations, d’adapter les stratégies et de renforcer la confiance du/de la patient-e.

L’union des forces

Pour assurer le succès de cette nouvelle prestation, une approche collaborative entre médecins et pharmacien-nes a été primordiale. Il a d’abord fallu définir les rôles de chacun-e et identifier quelles informations les pharmacien-nes devaient recevoir des médecins et inversement. «La Suisse ne disposant pas encore d’une infrastructure informatique facilitant ces échanges, nous avons conçu un système de bons de transmission recensant les éléments principaux que le/la pharmacien-ne doit connaître sur le/la patient-e, explique Sarah Serhal, maître-assistante à la Section des sciences pharmaceutiques. À l’issue de la prestation, le/la pharmacien-ne complète le document avec les informations clés permettant au/à la médecin d’adapter le traitement ou d’aborder certains points avec le/la patient-e. Ainsi, le lien entre patient-e, pharmacien-ne et médecin est pleinement assuré.»

Près de deux ans de recherche et de co-création avec des pharmacien-nes, des médecins et des patient-es ont été nécessaires afin d’adapter le modèle au contexte suisse. «En Angleterre, le/la pharmacien-ne propose directement aux patient-es de participer au New Medicine Service, précise Marie P. Schneider. En Suisse, les gens ne sont pas encore habitués à ce que leur pharmacien-ne offre un service supplémentaire à la dispensation des médicaments. Il s’agit d’un véritable changement de rôle, qui demande à être soutenu afin d’instaurer la confiance chez eux.»

Enfin, pour diminuer les résistances sur le terrain, le processus de consentement a été optimisé en collaboration avec des groupes de patient-es. «En Suisse, les formulaires de consentement fournis par les commissions d’éthique comptent généralement près de dix pages, explique Sarah Serhal. Il est difficile pour une personne de se sentir suffisamment en confiance pour le signer en pharmacie et participer à l’étude. Nous avons donc développé une fiche d’information d’une seule page qui donne les renseignements essentiels, accompagnée d’un lien vers le document complet. Nous avons également créé une courte vidéo qui explique certains des aspects liés à la sécurité, au traitement et au stockage des données.»

Des agentes du changement

Concrètement, 36 centres ont été sélectionnés en Suisse, chacun articulé autour de pharmacies porteuses d’un esprit d’innovation. Autour d’elles, deux à quatre médecins ou cabinets médicaux situés à proximité seront intégrés au projet, afin de constituer un premier réseau local de collaboration. «Pour faciliter le déploiement de myCare, nous avons développé plusieurs stratégies d’implémentation, explique Sarah Serhal. Deux «facilitatrices» se rendront auprès des acteurs/trices du projet pour adapter l’accompagnement aux réalités locales. Les obstacles à la collaboration interprofessionnelle étant, par exemple, plus marqués en Suisse alémanique, un effort particulier y sera mené afin de consolider les connexions entre pharmacies et cabinets médicaux.» Plus que de se limiter à une étude scientifique, l’ambition est d’ancrer durablement ces nouvelles pratiques pour que ce service puisse devenir à terme une offre courante des pharmacies.

L’étude menée permettra, d’une part, d’évaluer dans quelle mesure l’adhésion thérapeutique des patient-es peut être améliorée et, d’autre part, de quantifier l’impact économique pour le système de santé en Suisse. Les premiers résultats sont attendus pour l’automne 2026 et les résultats définitifs pour le milieu de l’année 2027.

 

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