24 avril 2025 - UNIGE

 

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Le passé verdoyant du plus grand désert du monde

Le désert de la péninsule Arabique abritait autrefois un vaste lac et des rivières qui ont façonné sa géographie.

 

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Vue d’un ancien système fluvial en Arabie saoudite. Les traces brunes représentent les lits d’anciens cours d’eau, organisés en réseaux de drainage dendritiques aujourd’hui abandonnés.
Image: Antoine Delaunay/Guillaume Baby/Abdallah Zaki

 

Le Quart Vide (Rub al-Khali en arabe), immense désert de la péninsule Arabique, n’a pas toujours été une étendue aride. Une étude parue le 3 avril dans Communications Earth & Environment révèle qu’il abritait autrefois un vaste lac et des rivières. Selon Abdallah Zaki, ancien chercheur à la Section des sciences de la Terre et de l’environnement (Faculté des sciences) et premier auteur de l’article, ces conditions favorables ont permis l’épanouissement de prairies et de savanes, facilitant la migration humaine jusqu’au retour de la sécheresse, qui a contraint les populations à se déplacer.

 

Dans cette étendue ininterrompue de sable, très aride, des points d’eau sont en effet apparus durant l’«Arabie verte», une période de fortes précipitations qui s’est étendue de moins 11 000 à moins 5500 ans, à la fin de l’ère quaternaire. Les travaux de l’équipe internationale pilotée par l’UNIGE mettent en évidence la présence d’un ancien lac, qui a atteint son apogée il y a environ 8000 ans, de rivières et d’une grande vallée formée par l’eau. «On estime que le lac était massif, mesurant 1100 km2 – soit près de 2 fois la surface du Léman – pour une profondeur de 42 m», détaille Sébastien Castelltort, professeur en processus de surface à la Section des sciences de la Terre et de l’environnement de la Faculté des sciences, qui a dirigé ces travaux avec Abdallah Zaki. «En raison de l’augmentation des précipitations, il a fini par céder, provoquant une grande inondation et creusant une vallée de 150 km de long dans le sol du désert.»
Sur la base de sédiments et de reliefs tracés sur une distance de 1000 km, les scientifiques estiment que les fortes pluies, qui ont alimenté ces anciens points d’eau, proviennent de l’expansion vers le nord des moussons africaines et indiennes. Ces phases humides, liées aux cycles orbitaux, ont varié en durée selon les régions: plusieurs millénaires au sud contre quelques siècles au nord. Elles ont favorisé la formation de prairies et de savanes, facilitant ainsi l’expansion humaine dans la péninsule Arabique.
La formation de paysages lacustres et fluviaux ainsi que de prairies et de savanes aurait conduit à l’expansion des groupes de chasseurs-cueilleurs et des populations pastorales dans ce qui est aujourd’hui un désert sec et stérile. La présence d’abondantes preuves archéologiques dans le Quart Vide et le long de ses anciens réseaux de lacs et de rivières le confirme.
Il y a 6000 ans, cette région a connu une forte baisse des précipitations, ce qui aurait créé des conditions sèches et arides, forçant ces populations nomades à se déplacer vers des environnements plus hospitaliers. Rub al-Khali est aujourd’hui l’un des plus vastes déserts du monde. Il occupe près de 650’000 km2, principalement sur le territoire de l’Arabie saoudite, et abrite des dunes pouvant s’élever jusqu’à 250 m.

 

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