22 mai 2025 - Manon Voland

 

Vie de l'UNIGE

Photographier la matière

À la croisée de la science et de l’art, Hélène Lambert transforme des réactions chimiques en photographies artistiques. Avec son projet «Helnium», elle cherche à créer des ponts entre ces disciplines et à rendre les concepts scientifiques plus accessibles et plus visibles.


 

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Métamorphose Minérale, par Hélène Lambert

 

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Hélène Lambert a toujours été passionnée à la fois par l’art – notamment le piano, qu’elle pratique depuis plus de dix ans – et les sciences, qu’elle a choisies comme voie d’études (elle est actuellement en deuxième année de Bachelor en chimie à l’Université de Genève). Deux domaines qui sont souvent perçus comme antinomiques, mais que la jeune artiste-scientifique fait dialoguer dans son projet photographique «Helnium». «On a tendance à séparer le côté rigide de la science et le côté sensible de l’art, confie-t-elle. Je pense au contraire qu’il faudrait créer de nouvelles voies pour les unifier davantage.»

 

Cristalliser l’invisible
Portée par l’envie de tracer sa propre voie à l’intersection de la chimie, de la physique et de l’art, Hélène Lambert crée des œuvres à partir de réactions chimiques. À l’aide d’un microscope polarisant, elle photographie des cristaux dont les formes, couleurs et textures éveillent souvenirs et émotions, tout en évoquant des paysages familiers – comme la découpe caractéristique du Cervin dans l’œuvre du même nom. «J’essaie de faire le lien entre le monde microscopique – ce qu’on observe par exemple dans un simple sel chimique – et le monde macroscopique – ce qu’on retrouve dans la nature, explique la scientifique. Les deux ne sont pas si éloignés. Même à l’échelle moléculaire la plus simple, on parvient à retrouver des formes naturelles. On peut voir dans la matière une forme de vie.»


Pour créer ses photographies, Hélène Lambert s’appuie sur la cristallisation – le processus de formation des cristaux – qu’elle provoque à l’aide de différentes réactions chimiques. Elle utilise notamment des solutions saturées en sel qu’elle laisse s’évaporer ou mélange deux liquides pour observer l’apparition de cristaux. Elle travaille aussi avec des combinaisons de métaux et de molécules organiques qui produisent des couleurs très vives. «Ce genre de réaction existe aussi dans la nature: par exemple, l’herbe est verte parce que le magnésium présent dans la chlorophylle est complexé avec un ligand organique», explique-t-elle.


Donner à voir la science autrement
À travers son travail, Hélène Lambert fait en sorte que la science soit plus accessible en la rendant visuelle, presque palpable. Dans son œuvre Entropie, elle illustre ainsi le concept scientifique éponyme, qui caractérise le degré de désordre d’un système. Sous l’objectif du microscope, le phénomène prend la forme d’un astre, avec des teintes bleues et rouges pour symboliser l’ordre et le désordre – le rouge dominant, pour représenter la tendance naturelle de l’Univers vers le chaos. «Je ne fais pas uniquement de la microphotographie de cristaux parce que je trouve ça esthétique, précise-t-elle. Tout part d’une intention et d’une émotion. J’essaie de donner une voix et une conscience à la matière.»

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Entropie par Hélène Lambert

 

Avec «Helnium», Hélène Lambert explore des notions à la croisée de la science, de l’imaginaire et du symbolique. Le nom de son projet reflète cette démarche: il évoque à la fois la fonction logarithmique ln, une courbe qui ralentit à mesure qu’elle avance, à contre-courant de la croissance exponentielle de notre époque, et le LN, un élément chimique fictif absent du tableau périodique car dépourvu de proton. Ce «zéro» originel évoque pour l’artiste une vibration première, une fréquence à l’origine de tout, capable de réunir ce que l’on a trop souvent séparé: les disciplines, les mondes, les sensibilités. LN devient ainsi une invitation à ralentir, à se reconnecter à l’essentiel. «Il y a de la beauté partout – dans la nature, la science, l’art, conclut l’artiste-scientifique. En séparant ces mondes, on déconnecte aussi l’humain de lui-même, en le privant de sa propre nature. J’aimerais contribuer à retisser ces liens, à reconnecter l’humain à son essence afin qu’on se rappelle à quel point tout est profondément lié.»

Les photographies d’Hélène Lambert sont à découvrir au Village du soir lors de l’Art & Urban Fest – une galerie éphémère à ciel ouvert proposant des œuvres d’artistes locaux – jusqu’au 28 juin 2025.

https://www.helnium.com/

 

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