26 février 2026 - Alexandra Charvet

 

Vie de l'UNIGE

Quand l'histoire de l'UNIGE a commencé à s’écrire au féminin

Un ouvrage retrace la conquête de l’espace académique par les femmes à Genève de leur admission au sein de l’alma mater, en 1872, à nos jours. Retour sur ces pionnières du savoir qui ont transformé le visage de l’Université.


 

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À gauche: Marguerite Frick-Cramer (Genève 1887-1963), licenciée en droit en 1910, historienne, déléguée du CICR, 1re femme à devenir en 1918 membre de son organe dirigeant.
À droite: Nelly Schreiber-Favre (Genève 1879-1972), 1re femme de Suisse romande à accéder au métier d’avocate en 1903. Images: R. Pfund


À l’occasion de la Semaine de l’égalité du 3 au 10 mars prochain, l’UNIGE met en lumière une histoire longtemps oubliée avec l’ouvrage collectif Les Femmes à l’université, enfin! verni le jeudi 5 mars à Uni Mail. Faisant suite à la célébration du 150e anniversaire de l’accès des femmes à l’UNIGE en 2022, il rassemble les contributions de plusieurs chercheuses de l’institution.

«Il est désormais loin le temps où la narratrice d’Une Chambre à soi de Virginia Woolf se voyait refuser l’entrée à la bibliothèque de l’Université d’Oxbridge en raison de son sexe. Cependant, les enjeux liés à la place des femmes au sein des universités demeurent d’importance cruciale», constate Audrey Leuba, première rectrice de l’UNIGE, dans l’introduction de l’ouvrage.

Une mémoire à reconstruire

Codirigé par Brigitte Mantilleri, ancienne directrice du Service égalité & diversité, l’ouvrage met en perspective, en mêlant histoire, portraits et analyses, les parcours de ces pionnières, souvent venues de l’Empire russe, et les combats pour l’égalité dans les universités suisses. «L’histoire des femmes manque cruellement dans les archives, souligne Brigitte Mantilleri. Et celle de leur entrée à l’Université est passionnante. Les femmes ont sans cesse été invisibilisées: même les plus connues finissent par disparaître à un moment donné de l’histoire. On ne savait même plus qui étaient les premières étudiantes de l’Université de Genève. Le présent ouvrage se veut une trace durable de cette histoire.»

 

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Source: UNIGE, Bureau des données institutionnelles et décisionnelles

Dans la première partie du texte, l’historienne Erica Deuber-Ziegler dresse le portrait politique du XIXe siècle pour expliquer pourquoi les universités de Zurich – première à octroyer un doctorat à une femme en 1867 –, et de Genève – qui autorise les femmes à étudier en 1872 – ont fait œuvre de pionnières. La professeure Sarah Scholl (Faculté de théologie) restitue la ténacité et l’intelligence d’un groupe de femmes déterminées à permettre à leurs filles d’étudier. «C'est l'histoire de la pétition de Marie Goegg-Pouchoulin signée par trente mères de famille genevoises pour demander l’inscription dans la loi de l’ouverture de l’Université aux femmes, précise Brigitte Mantilleri. À l’appui de leur requête, des hommes politiques acquis à la cause et un recteur – le professeur Carl Vogt, bien que controversé aujourd’hui – ouvert à cette nouveauté.»

De l’Empire russe à Genève

Les professeures Korine Amacher (Faculté des lettres et Global Studies Institute) et Nada Boškovska (Université de Zurich) plongent dans l’histoire de l’Empire russe, d’où provenaient la majorité des premières étudiantes. De son côté, Irène Herrmann, professeure à la Faculté des lettres, retrace le parcours des locales, rappelant que l’Université n’a ouvert ses portes aux Genevoises et aux Suissesses qu’en 1922. « Il a fallu attendre 50 ans pour que les Genevoises puissent suivre un parcours scolaire leur permettant d’obtenir directement une maturité et donc de s’ouvrir enfin les portes de l’Université», explique Brigitte Mantilleri.

En 1977, les Nations unies officialisaient le 8 mars en tant que Journée internationale pour les droits des femmes, invitant tous les pays et la société civile à se mobiliser contre toutes formes de discriminations de genre.

À cette occasion, le Service égalité & diversité propose une série d’événements visant à aborder les enjeux liés au genre, à l’égalité et à la diversité, tout en mettant en lumière l’héritage laissé par les femmes pionnières dans le monde universitaire.

  • Mardi 3 mars
    Enregistrement public du podcast «Les couilles sur la table
  • Jeudi 5 mars
    Journée des stands
    Vernissage de l’ouvrage «Les femmes à l’Université, enfin
    Conférence «Égalité et mémoires: notes pour un futur plus juste»
    Speed mentoring «Women in leading roles: inspiring and impactful careers beyond academia»
  • Vendredi 6 mars
    Table ronde «Regards croisés sur les mutilations génitales féminines en RDC»
  • Lundi 9 mars
    Midi égalité «Question de genre dans les travaux de traduction»
  • Mardi 10 mars
    Café de l’égalité «Santé, genre et travail: l’égalité au quotidien?»

Une série de portraits vient compléter l’ouvrage. Plus émancipées que leurs contemporaines suisses, nombre de ces pionnières étaient fortement engagées sur le plan social. «Nina Daïnow-Dicker incarne parfaitement les femmes de cette époque, raconte Brigitte Mantilleri. Très engagée, elle est restée à Genève après ses études de médecine et a consacré, toute sa vie durant, une journée par semaine à soigner gratuitement les enfants et les femmes les plus démunies.»

Enfin, pour permettre à l’ouvrage d’ouvrir des pistes d’avenir, la série est complétée par les portraits de deux pionnières contemporaines, Elisabeth Gangloff Parmentier, première doyenne de la Faculté de théologie, et Costanza Bonadonna, première doyenne de la Faculté des sciences.


Dirigé par Erica Deuber Ziegler et Brigitte Mantilleri
«Les femmes à l’Université… enfin!»
Éditions Suzanne Hurter 2026
234 p.

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Visionner l'entretien avec Sarah Scholl


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Visionner l'entretien avec Brigitte Mantilleri


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Visionner l'entretien avec Audrey Leuba

 

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