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La pleine conscience: de la recherche à l’enseignement

Le 11 décembre, Jon Kabat-Zinn, principal promoteur de la pleine conscience en occident et fondateur du programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), donne une conférence publique à l’UNIGE intitulée «La pleine conscience dans un monde en mutation». Un événement qui résonne particulièrement à la Faculté de médecine où la recherche sur la pleine conscience s'est développée depuis 20 ans, puis a pris sa place dans l’enseignement et les programmes de soutien aux étudiantes et étudiants.

Numéro 55 - décembre 2025

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© Adobe stock

«La pleine conscience, ou mindfulness, est le fait de porter son attention sur le moment présent, mais avec une qualité particulière, sans juger ce qu'on observe», explique Françoise Jermann, psychologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et privat-docent au Département de psychiatrie, dont la pratique clinique et les recherches se concentrent sur la mindfulness. «Deux aspects essentiels se combinent alors. L’intention, d’abord, lorsque l’on décide d'être présent ou présente. Puis la manière, avec ouverture et sans jugement.» Si la pleine conscience s’inspire, à l’origine, de la méditation bouddhiste, elle s’est détachée de contexte religieux pour proposer une approche pragmatique applicable dans de nombreux champs de la médecine, de la gestion de la douleur à la prévention des récidives dépressives, mais aussi comme ressource face au stress quotidien.   

Un intérêt pour la démarche scientifique 

Dans les années 1980, Jon Kabat-Zinn, biologiste moléculaire de formation et pratiquant de méditation, pose les fondations d'une approche novatrice. Travaillant avec des personnes souffrant de douleurs chroniques à l'Université du Massachusetts, il propose une pratique originale, accessible à toutes et tous, structurée en un programme de huit séances: le MBSR. « À l'époque, on ne s'intéressait pas beaucoup au lien corps-esprit», rappelle Françoise Jermann. «De plus, avec ce programme, les patientes et les patients pouvaient aussi reprendre une place active et centrale dans leur propre santé. Ce principe de médecine participative, central aujourd’hui pour de nombreux professionnel-les de santé, n'existait alors pratiquement pas.» 

Contrairement à d’autres approches, la mindfulness s'accompagne dès l'origine d'une démarche scientifique. Dès les années 1990, trois psychologues s’appuyent sur les travaux de Jon Kabat-Zinn pour développer un programme spécifique pour la prévention de la rechute dépressive – le MBCT (Mindfulness-Based Cognitive Therapy) – et lancent un vaste programme de recherche. «À partir de ce moment-là, la recherche a vraiment explosé», ajoute Françoise Jermann.

Genève au centre de la mindfulness en Europe

Au début des années 2000, Guido Bondolfi, psychiatre aux HUG et professeur à la Faculté de médecine, se forme au MBSR auprès de Jon Kabat-Zinn et introduit la mindfulness à Genève. Dès 2005, le FNS finance une première étude genevoise dans le contexte du risque de rechute dépressive – signe de l'intérêt précoce des institutions suisses pour ce domaine émergent. Les études montrent rapidement que le programme MBCT est aussi efficace que le maintien d'un traitement antidépresseur pour prévenir les rechutes. «Cela offre un choix aux patients et aux patientes: celles et ceux qui souhaitent arrêter la médication par anti-presseurs trouvent dans le MBCT une alternative aussi efficace.»

Les deux décennies suivantes voient fleurir de nombreuses recherches à Genève, déclinant la mindfulness pour diverses problématiques cliniques, par exemple dans l’accompagnement des femmes souffrant d’un cancer du sein pour améliorer le stress et l’anxiété engendrée par la maladie, ou encore pour le soutien des compétences émotionnelles et cognitives d’adolescent-es né-es prématurément. «Nous avons observé des améliorations significatives sur les compétences sociales et émotionnelles, ainsi que sur les fonctions exécutives – attention, inhibition, mémoire de travail», indique Russia Ha-Vinh Leuchter, pédiatre spécialiste du développement, qui a dirigé cette étude. «Et surtout, les enfants les plus en difficulté étaient ceux qui ont le plus bénéficié de l'intervention.» Plus remarquable encore: ces changements comportementaux s'accompagnaient de modifications cérébrales mesurables par IRM, notamment un renforcement des réseaux de substance blanche et des réseaux liés aux fonctions exécutives.

Allier clinique, neuroimagerie et biomédical dans une analyse complète

L’étude e-SMILE, qui entre dans sa phase finale d’analyse, évalue l'impact de la pleine conscience sur la gestion du stress et de l’empathie sur un groupe de 160 étudiant-es du domaine de la santé suivi-es pendant 9 mois – la moitié participant au programme, l’autre moitié étant le groupe contrôle. Le protocole comporte des IRM, des prélèvements sanguins et capillaires et des questionnaires cliniques. «Nos premiers résultats sont très encourageants», confie Françoise Jermann. «Les étudiant-es du domaine de la santé, très perfectionnistes, manquent parfois de compassion envers eux/elles-mêmes. Or, pour prendre soin des autres, il est essentiel de savoir prendre soin de soi, et nous notons de réels progrès sur ce point, à commencer par une meilleure connaissance de ses propres mécanismes, qui leur permet de ne pas tomber dans la réactivité automatique.» 

La pleine conscience n’est cependant pas une recette qui fonctionne automatiquement. «Une recherche menée notamment par Camille Nemitz-Piguet, l’une des co-investigatrices de e-SMILE, n’a montré aucun effet significatif sur des adolescent-es qui ne cherchaient pas d’aide particulière pour une problématique psycho-médicale», indique Russia Ha-Vinh Leuchter. «Cela confirme que l’engagement personnel est la clé du succès de la mindfulness, qui ne doit pas être imposée.»

Une large offre de formation à l’UNIGE

Au-delà de la recherche, Genève développe également la formation. Un Certificate of Advanced Studies (CAS) conjoint entre la Faculté de médecine et la Haute École de Santé qui a déjà formé 250 professionnel-es de tous domaines. Un cours à option est aussi disponible en médecine, sciences pharmaceutiques et sciences biomédicales, de même que des ateliers à l’attention des étudiant-es et du personnel de l’UNIGE. «La beauté de la mindfulness réside dans sa capacité d’adaptation à tant de contextes différents», observent Françoise Jermann et Russia Ha-Vinh Leuchter.  «Aux HUG également, la pratique est accessible à de nombreuses patientes et patients, de même que pour le personnel.» 

Pr Jon KABAT-ZINN
Fondateur du Center for Mindfulness in Medicine, Health Care and Society,
University of Massachussetts

Dre Françoise JERMANN
Privat-docent,
Département de psychiatrie,
Faculté de médecine UNIGE

Psychologue,
HUG

Dre Russia HA-VINH LEUCHTER
Service développement et croissance,
Département de la femme, de l'enfant et de l'adolescent,
HUG

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