Conversations libres avec Jean Piaget ()

[Avertissement, avant-propos, remerciements] a

Avertissement

Il fallait se garder de corriger exagérément ces entretiens ; hors une relative mise en ordre destinée à en faciliter la lecture, nous n’y avons guère touché. C’est dans leur spontanéité que résident tout le sens et l’intérêt de l’entreprise. L’homme qui a conçu et bâti cette œuvre, déployée sur plus d’un demi-siècle, en témoigne aujourd’hui : la vision qu’il en donne s’effectue depuis ce moment-ci de sa vie où sur cette œuvre on l’interroge. Piaget tout entier et pourtant au présent, voilà ce que cet ouvrage prétend être, avec les transformations de perspectives, les oublis, les obsessions de celui qui vit son œuvre ; principe dont nous pensons qu’il est fidèle à l’esprit même de Jean Piaget, dont une caractéristique a toujours été de ramener, de rameuter dans le travail en cours tout l’acquis des recherches passées — et ceci avec d’autant plus d’opiniâtreté que ces recherches avaient à être hissées de plus profond et de plus loin, depuis la botanique, la zoologie, les premiers travaux sur les comportements de l’animal humain, jusqu’à ce récit du développement de l’esprit, à la fois Histoire et Problématique, auquel l’auteur prête sa voix.

On nous pardonnera donc la maladresse ou la naïveté avec lesquelles certaines questions et peut-être la plupart, sont formulées. Nous n’avons pas voulu les masquer ou les redresser après coup, dans l’idée que cette naïveté ou cette maladresse même peuvent inciter des lecteurs non avertis ou guère plus avertis que nous ne l’étions nous-même au début, à nous suivre dans ces conversations libres, parfois triviales à l’excès, parfois un peu trop sophistiquées — dans la mesure où nous n’aurions pas su amener Jean Piaget à simplifier davantage sa pensée.

Avant-propos

Jean Piaget est à la fois célèbre et mal connu. On sait plus ou moins, dans le grand public, qu’existe du côté de Genève, un savant ainsi nommé, qui bâtit une œuvre importante à partir d’expériences faites auprès des enfants. On connaît dans la capitale helvétique sa haute silhouette un peu voûtée, son immuable béret, ses cheveux blancs ; aussi, la vénérable bicyclette qui hier encore lui permettait de se rendre à la Faculté des Sciences, depuis la maison de banlieue où il habite et qui, chaque samedi, quel que soit le temps, l’emmène dans la montagne proche pour de longues promenades.

Ses collaborateurs vénèrent en lui, non pas le psychologue de l’enfance, mais le philosophe des sciences qui a choisi l’enfant comme instrument de connaissance ; le biologiste qui a eu dès 1920 les intuitions fondamentales de la cybernétique, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans tous les centres de recherche ; l’épistémologue dont les séminaires attirent chaque année les scientifiques de toutes disciplines et de tous horizons.

Au visiteur qui pénètre chez lui pour la première fois, est offerte une image à la fois pittoresque et trompeuse : celle-là même du chercheur solitaire, style Fabre ou Pasteur, telle que le xixe siècle nous l’a léguée. Imaginons une pièce carrée éclairée par deux fenêtres donnant sur le jardin. Tout autour du haut fauteuil de cuir, adossées aux murs, croulant en pente douce sur la table, ou bien enfouies sous elle, des piles de livres, de dossiers, de notes, des collines et des montagnes de papier. Au hasard du regard, dans ce tumulte immobile, surgissent une théière, un bol, un pot à tabac, quelques vieux chapeaux décolorés par l’air de la montagne. Presque incongru, un téléphone…

Remerciements

Nous remercions :

— L’Institut national de l’audiovisuel et la Société suisse de radiodiffusion et télévision de nous avoir facilité l’accès aux émissions consacrées à Jean Piaget, émissions qui ont fourni la matière de ces entretiens.

— Madame Claude May pour son aide efficace.

— Et tous les collaborateurs de Jean Piaget qui nous ont permis d’enrichir ce portrait du « patron ».

Photographies : Jacques Pamart, Françoise Selvofer.