Conversations libres avec Jean Piaget ()
QuatorziĂšme entretien.
Les nouveaux possibles
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Comment peut-on atteindre du nouveau ? Câest peut-ĂȘtre cela mon problĂšme central.
J. Piaget
Juin 1976
Jean Piaget. â  Ce que nous Ă©tudions en ce moment câest lâouverture sur des « nouveaux possibles ». Comment une idĂ©e qui a surgi dans la tĂȘte dâun sujet engendre de nouvelles possibilitĂ©s et crĂ©e des voies nouvelles.
Jean-Claude Bringuier. â Et change les donnĂ©es ?
J. P. â  Les donnĂ©es et tout⊠La position des problĂšmesâŠ
J.-Cl. B. â Mais le sujet lĂ aussi peut ĂȘtre aussi bien un enfant quâun savant ?
J. P. â Ah, câest un problĂšme commun Ă lâhistoire des sciences et Ă lâintelligence en formation. Dans lâhistoire des sciences, câest lâheuristique, chez lâenfant, câest la mĂȘme chose Ă une petite Ă©chelle⊠Alors, nous avons beaucoup travaillĂ©, et trouvĂ© beaucoup plus quâon ne le croyait au dĂ©part⊠On craignait que ce ne soit un sujet assez limitĂ©. En fait, il y a dâĂ©normes diffĂ©rences suivant les niveaux du sujet.
J.-Cl. B. â De lâenfant ?
J. P. â  Oui. Et dâabord deux mots des techniques : Il sâagit par exemple de combiner des objets, placer des cubes sur un carton de toutes les maniĂšres possibles, ou bien indiquer tous les chemins possibles entre un point A et un point B ; dâune maison Ă un arbre. Ou bien, Ă©tant donnĂ© un objet Ă moitiĂ© cachĂ© dans de la ouate, dont on voit le dessus, quâest-ce quâil y a dessous, quelles sont les possibilitĂ©s, etc. Eh bien, ce qui est incroyable chez les petits de 4-5 ans, câest le peu de mobilitĂ© et la pauvretĂ© des « nouveaux possibles ». Par exemple, il sâagit de construire un triangle avec trois bĂątons, ils feront un toit, et puis ils veulent boucher, mais la base est trop courte ; alors il suffirait dâincliner trĂšs lĂ©gĂšrement, un dĂ©placement de quelques millimĂštres, pour avoir un triangle bien fermĂ©, ils veulent quâil soit bien fermĂ© mais ils nâont pas cette idĂ©e. VoilĂ un exemple. Dans la suite, Ă partir de 7 ans Ă peu prĂšs, lâenfant partira de la base et montrera quâon peut faire tous les triangles Ă©quilatĂ©raux, isocĂšles ou scalĂšnes Ă partir de la mĂȘme base.
J.-Cl. B. â LĂ donc, il y a enrichissement ?
J. P. â  ConsidĂ©rable. Et puis dans lâobjet Ă moitiĂ© cachĂ©, quâest-ce quâil y a dessous, les petits vous donnent cela comme un symĂ©trique de ce quâils voient ; si câest un triangle quâon aperçoit, ce sera un autre triangle dessous, si câest un demi-cercle, ce sera lâautre moitiĂ© du cercle, etc. Tandis que vers 7 ans, ils vous donnent des variations possibles. Et ce qui est trĂšs beau, câest quâĂ peu prĂšs dans toutes les recherches, et nous en avons une bonne douzaine, vers 11-12 ans, tout cela change immĂ©diatement ; par exemple pour les chemins possibles entre A et B, les petits vous donnent une droite, et puis câest tout, puis ensuite, ils essaient de compliquer, etc. Vers 7 ans, ils vous donnent dĂ©jĂ un petit programme, ça peut ĂȘtre droit ou courbe ou en zigzag, tandis que vers 11 ans⊠je pense Ă un enfant en particulier, dont le premier propos, quand on lui a demandĂ© les chemins entre A et B, a rĂ©pondu : « Mais câest infini, quâest-ce que vous voulez que je vous dise, câest infini. » Et lâinfini, câest quelconque au point de vue comprĂ©hension, câest-Ă -dire qualitĂ©, prĂ©dicat, et dâautre part, câest lâillimitĂ© au point de vue du nombre dâextensions. Alors lĂ , vous avez une Ă©volution Ă©tonnante, dans chacune des recherches, selon le niveau dâĂąge.
J.-Cl. B. â Quand il disait illimitĂ©, il voulait direâŠ
J. P. â Câest moi qui dis illimitĂ©, ils disent carrĂ©ment infini. « Il y en a une infinité », ou « câest infini », ou bien « je peux vous montrer tout ce que vous voulez ». Et pour les dĂ©s placĂ©s sur un carton, trois dĂ©s, trois cubes, le gosse vers 7 ans dit de la mĂȘme façon « câest infini, on peut les placer de toutes les maniĂšres ». Alors, on lui pose la question : « Et si la surface Ă©tait plus petite, si au lieu de ce grand carrĂ©, on avait un petit carré ? » Et il vous rĂ©pond : « Câest exactement la mĂȘme chose ; mais au lieu de les mesurer en centimĂštres, on les mesure en millimĂštres », et celui dont je viens de parler a ajoutĂ©, parce quâil apprend le violon, « câest comme au violon, vous avez les notes Ă©cartĂ©es dâune certaine distance Ă une extrĂ©mitĂ©, et ça se resserre de plus en plus Ă lâautre, mais quelle que soit la surface du carton, cela sera toujoursâŠÂ ».
J.-Cl. B. â On peut toujours diviser.
J. P. â  Oui, ça sera toujours une infinitĂ©.
J.-Cl. B. â Et est-ce que ceci, qui est proprement la genĂšse des idĂ©es, peut ĂȘtre mis en parallĂšle avec lâhistoire des sciences ? Puisque câest un de vos soucis.
J. P. â  Oui complĂštement. Dans les deux cas, lâidĂ©e nouvelle provient dâune combinaison entre les donnĂ©es et le contexte du problĂšme dâun cĂŽtĂ©, et puis les procĂ©dures inventĂ©es par le sujet pour le rĂ©soudre. Câest la combinaison des donnĂ©es et des procĂ©dures du problĂšme. VoilĂ le mĂ©canisme gĂ©nĂ©ral. Le gros problĂšme qui se pose, et qui peut se poser spĂ©cialement en histoire des sciences, câest : est-ce que le possible Ă©tait prĂ©dĂ©terminĂ© dans ce qui prĂ©cĂšde, ou est-ce que câest rĂ©ellement une crĂ©ation de nouveauté ? â AlorsâŠ
J.-Cl. B. â Je sens venir la rĂ©ponseâŠ
J. P. â  Oui, la rĂ©ponse sâimpose. Supposez que ce soit prĂ©dĂ©terminĂ©, cela veut dire quâil « existe », existe entre guillemets, un ensemble de possibles qui sont dĂ©jĂ lĂ dans lâobjet. Mais quâest-ce que câest que cet ensemble de possibles ? Dâabord ce nâest pas un ensemble, câest extrĂȘmement mouvant, chacun des possibles en entraĂźne dâautres, alors vous ne savez pas oĂč mĂšne lâensemble. Si vous parlez de lâensemble de tous les possibles, câest antinomique, aussi bien que lâensemble de tous les ensembles, parce que tous les possibles, ça nâest encore quâun possible ; et quâest-ce que câest que ce tout sâil sâĂ©tend indĂ©finiment ? Et puis troisiĂšmement, dans les possibles, qui reposent donc sur des procĂ©dures, vous avez des procĂ©dures qui rĂ©ussissent, mais vous avez des erreurs, et lâerreur rentre bien sĂ»r dans le possible, le possible, câest lâensemble des hypothĂšses, et il y en a de fausses, il y en a de vraies. Alors ces erreurs, si on veut parler en langage de prĂ©dĂ©terminationâŠ
J.-Cl. B. â Quâest-ce quâon en fait ?
J. P. â  Alors il y a un auteur qui avait une stricte logique admirable Ă cet Ă©gard, câest Bertrand Russell. Russell, qui Ă©tait platonicien au dĂ©but de sa carriĂšre, estimait que toutes les idĂ©es logico-mathĂ©matiques prĂ©existent de toute Ă©ternitĂ©, sous une forme quelconque et que le sujet les atteint en dehors de lui, par conception, de la mĂȘme maniĂšre quâil atteint par perception les donnĂ©es du rĂ©el sensible. Alors quoi faire des idĂ©es fausses ? â Eh bien Russell qui Ă©tait un grand logicien a rĂ©pondu : « Les idĂ©es fausses existent de toute Ă©ternitĂ©, comme les idĂ©es vraies dans ce panier Ă fouillis des possibles, de mĂȘme, ajouta-t-il, quâil y a des roses blanches et des roses rouges. » Alors, lui-mĂȘme est revenu sur cette absurditĂ©, mais câest vous montrer lâimpossibilitĂ© de cette prĂ©dĂ©termination des possibles. Câest rĂ©ellement une ouverture sur quelque chose de neuf, et ouverture laborieuse comme vous le voyez en dĂ©butant Ă 4-5 ans.
J.-Cl. B. â Et cette Ă©tude est terminĂ©e ?
J. P. â  Oui, câest terminĂ©, ce nâest pas rĂ©digĂ©. Les recherches sont exposĂ©es ces jours-ci dans notre symposium avec des invitĂ©s qui viennent pour faire la critique.
J.-Cl. B. â Et cela va faire lâobjet dâun livre ?
J. P. â  Ah, oui, bien sĂ»r. Et qui est commencĂ©. Je vais continuer dimanche, quand mon symposium sera fini.
J.-Cl. B. â Mais ce possible, tel que vous le dĂ©crivez, il est donc plutĂŽt dans le savoir du sujet sâil nâest pas « prĂ©dĂ©terminĂ© dans lâobjet » comme vous le dites ?
J. P. â  Dans ma perspective, le possible physique, câest-Ă -dire relatif aux objets inanimĂ©s, nâexiste que dans la tĂȘte du physicien ; câest un ensemble dĂ©ductif, un modĂšle dans lequel le sujet physicien plonge le rĂ©el, et le rĂ©el nâest explicable que plongĂ©, insĂ©rĂ© dans cet ensemble de variations possibles reliĂ©es entre elles par des rapports nĂ©cessairesâŠ
J.-Cl. B. â Du physicien ou de lâenfant ?
J. P. â  Du physicien, mais a fortiori câest la mĂȘme chose pour lâenfant, sauf le nĂ©cessaire, qui nâapparaĂźt que tard. Mais je pense que, par exemple dans le fameux principe des travaux virtuels de DâAlembert, un systĂšme est en Ă©quilibre quand les travaux virtuels se compensent exactement ; câest-Ă -dire quand les transformations possibles du systĂšme calculĂ©es par le physicien ne se font pas. Si le systĂšme est en Ă©quilibre, câest que toutes les transformations se compensent, câest que leur somme algĂ©brique est nulle. Alors dans ce cas, les travaux virtuels câest la dĂ©duction du physicien, tandis que lâobjet, lui, est en Ă©quilibre, il est statique, il ne bouge pas⊠Je dirais que pour lâobjet physique, donc, le possible est toujours relatif au sujet qui interprĂšte. En revanche, alors, le possible biologique pose un autre problĂšme. Ătant donnĂ© un gĂ©notype ou un pool gĂ©nĂ©tique, il comporte une sĂ©rie de variations possibles qui sont des phĂ©notypes qui vont naĂźtre des interactions entre ce gĂ©notype, ce gĂ©nome et le milieu ; et lâensemble de ces variations possibles constitue ce que lâon appelle la norme de rĂ©action du gĂ©nome ou du pool gĂ©nĂ©tique, câest-Ă -dire que certaines variations sont compatibles avec le systĂšme gĂ©nĂ©tique, tandis que dâautres sont incompatibles et ne peuvent pas se produire, ou ne sont pas viables. Alors cette notion de norme de rĂ©action, câest le possible, relatif cette fois Ă lâorganisme lui-mĂȘme. Et pourquoi mettre le possible dans lâorganisme, dans lâobjet organique si nous sommes en biologie, et le confĂ©rer au sujet dans lâobjet physique si nous sommes en physique : je rĂ©pondrais que lâorganisme est dĂ©jĂ un sujet, câest le point de dĂ©part du sujet mentalâŠ
J.-Cl. B. â Ce nâest pas un objet comme les autresâŠ
J. P. â  Non, un organisme tend vers des buts, il a une tĂ©lĂ©onomie que nâa pas le systĂšme physique, et puis il utilise des procĂ©dures pour atteindre ses buts. Et il est aussi, Ă©ventuellement, le point de dĂ©part de la connaissance. Ă tous ces points de vue, mĂȘme quand il y a simplement variation morphologique, lâorganisme est un sujet actif, utilisant ses procĂ©dures pour rĂ©aliser ses buts, sa tĂ©lĂ©onomie interne, qui est sa conservation, sa multiplication, etc.
J.-Cl. B. â Et on retrouve lĂ une de vos pensĂ©es fondamentales qui est quâil nây a pas de solution de continuitĂ© entre le biologique et la connaissanceâŠÂ ?
J. P. â  Bien sĂ»r ; le possible, sa source est dans lâorganisme, mais son aboutissement, ce sont les disciplines logico-mathĂ©matiques.
J.-Cl. B. â Alors, est-ce quâau bout de cette recherche, puisque vous ĂȘtes au bout, il y a un travail prochain qui paraĂźt se dĂ©gager ?
J. P. â  Mais, bien entendu⊠il sâagit maintenant dâĂ©tudier les Ă©tapes du nĂ©cessaire. Le nĂ©cessaire est toujours liĂ© au possible. Quand vous avez affaire Ă un systĂšme dont les variations possibles sont des variations dĂ©ductibles et coordonnĂ©es les unes aux autres, câest le rapport de nĂ©cessitĂ© entre possibles. Il sâagit dâĂ©tudier le nĂ©cessaire, ce que nous ferons la saison prochaine, mais dĂšs les recherches sur les possibles, nous avons assistĂ© Ă un phĂ©nomĂšne que nous aurions pu prĂ©voir, qui nous a beaucoup surpris nĂ©anmoins par sa gĂ©nĂ©ralitĂ©, câest la notion initiale de pseudo-nĂ©cessitĂ©. Les enfants croient, par exemple, que tous les carrĂ©s doivent reposer sur leur base, et si on pose un carrĂ© sur la pointe, ce nâest plus un carrĂ©, ce sont deux triangles, et toutes sortes de pseudo-nĂ©cessitĂ©s. Ou bien un gosse Ă qui je demandais dans le temps : « Pourquoi est-ce que la lune nâĂ©claire que la nuit et pas le jour ? » rĂ©pond : « Câest pas elle qui commande. » Donc, confusion du factuel et du normatif, ou de la loi gĂ©nĂ©rale et de la loi nĂ©cessaire, ce qui nâest pas la mĂȘme chose, du rapport nĂ©cessaire. Alors cette pseudo-nĂ©cessitĂ© est extrĂȘmement intĂ©ressante au point de vue du possible, parce que bien entendu elle est source de limitations. Lâouverture sur un nouveau possible, câest sâaffranchir du pseudo-nĂ©cessaire pour atteindre les variations rĂ©elles.
J.-Cl. B. â Et câest donc cela le nouveau terrain ?
J. P. â  Le nouveau terrain, ce sera lâĂ©volution du nĂ©cessaire.
J.-Cl. B. â Et aprĂšs on ne sait pas ?
J. P. â Jâai dĂ©jĂ mon hypothĂšse, câest que le rĂ©el pseudo-nĂ©cessaire du dĂ©but, câest une phase dâindiffĂ©renciation entre rĂ©el possible et nĂ©cessaire, ensuite vous avez la diffĂ©renciation des trois domaines, et puis finalement le rĂ©el est mangĂ© par les deux bouts, tout phĂ©nomĂšne rĂ©el est une actualisation parmi les possibles, et dâautre part tout phĂ©nomĂšne rĂ©el devient nĂ©cessaire dans la mesure oĂč il est insĂ©rĂ© dans ce systĂšme des variations possibles, mais avec le rapport nĂ©cessaire en tant que constituant un modĂšle dĂ©ductible, et par consĂ©quent, le rĂ©el devient Ă la fois⊠devient pour ainsi dire le lieu dâintersection ou dâinterfĂ©rence entre le possible et le nĂ©cessaire. Câest cela lâhypothĂšse.
J.-Cl. B. â Et ensuite ? Est-ce quâon peut, Ă travers cela, pressentir la suite ?
J. P. â  Eh bien, il faudrait Ă©tudier, jâimagine, soit le mĂ©canisme des rĂ©gulations cognitives Ă©ventuellement, soit par exemple lâidĂ©e de rĂ©ciprocitĂ©âŠ
J.-Cl. B. â LĂ , il y a un choix Ă faire ?
J. P. â  Bien, il y a plusieurs projets possibles. Mais cela me suffit dâavoir un programme pour lâannĂ©e prochaineâŠ
J.-Cl. B. â Naturellement. Je me demandais seulement sâil vous arrivait dâĂȘtre embarrassĂ©, de vous trouver Ă la fin dâune recherche, devant un carrefour de travauxâŠ
J. P. â  Ah, oui, bien sĂ»r.
J.-Cl. B. â Alors, quâest-ce qui fait quâon choisit telle solution ?
J. P. â On peut prendre le travail le plus facile, le plus simple pour commencer⊠Ou bien alors celui qui pose rĂ©ellement le plus de problĂšmes du point de vue de nos thĂ©ories gĂ©nĂ©rales. Celui oĂč il y a trop de lacunes.
J.-Cl. B. â Je me trompe peut-ĂȘtre, mais ces dĂ©marches, de terrains successivement conquis en quelque sorte, me paraissent procĂ©der par emboĂźtage, câest-Ă -dire que le tout dâune recherche dans son rĂ©sultat devient partie de la nouvelle recherche ?
J. P. â  Ah oui, cela câest le rĂȘve. (Silence.) On mâaccuse deâŠ
J.-Cl. B. â On vous accuse de quoi ?
J. P. â  ⊠Les empiristes, dâavoir un systĂšme⊠On parle tout le temps du systĂšme de Piaget. Je nâai jamais construit un systĂšme. Je raccorde aprĂšs coup des choses successives. Jâai toujours Ă©tĂ© en face de lâinconnu avec un problĂšme nouveau, et attachant des rĂ©sultats Ă ce que lâon avait auparavant. Alors bien sĂ»r, cela fait un systĂšme, mais il nâest pas préétabli par rapport Ă une nouvelle recherche. Loin de lĂ .
J.-Cl. B. â Câest un ordre sĂ©quentiel, comme les Ă©tapes. Vous ĂȘtes trĂšs piagĂ©tien au fond. (Rire.)
J. P. â Je lâĂ©tais moins autrefois. Mais ça commence, oui.
Il a Ă©crit Ă propos de son Ćuvre 1 : « Jâai la conviction, illusoire ou fondĂ©e et dont lâavenir seul montrera la part de vĂ©ritĂ© ou de simple tĂ©nacitĂ© orgueilleuse, dâavoir dĂ©gagĂ© une ossature gĂ©nĂ©rale Ă peu prĂšs Ă©vidente, mais encore pleine de lacunes, de telle sorte quâen les comblant, on sera conduit Ă en diffĂ©rencier de multiples maniĂšres les articulations, sans contredire pour autant les grandes lignes du systĂšme.
Lâhistoire des sciences expĂ©rimentales abonde en exemples instructifs Ă cet Ă©gard. Lorsquâune thĂ©orie succĂšde Ă une autre, lâimpression initiale est quâelle la contredit et lâĂ©limine, tandis que la suite des recherches conduit Ă en retenir davantage que prĂ©vu. Mon ambition secrĂšte est que les thĂšses que lâon pourrait opposer aux miennes apparaissent finalement comme ne leur Ă©tant pas contradictoires, mais comme rĂ©sultant dâun processus normal de diffĂ©renciationâŠÂ »