Objectifs : de SMART à BASIC
Tout le monde connaît les fameux objectifs SMART : Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes et Temporels. C’est devenu un classique des formations en gestion de projet. L’idée est simple : un objectif doit être clair, chiffrable, atteignable, ancré dans le réel et borné dans le temps. Sur le papier, rien à redire. Mais dans la pratique, on s'est vite rendu compte que quelque chose cloche.
Pourquoi SMART ne nous suffit pas.
D’abord, atteignable et réaliste… franchement, on est d'accord que les deux mots impliquent la même chose ? À chaque fois lors des séances de formalisation des projets, on peine à les distinguer. La vraie nuance, c'est qu'un objectif est atteignable s'il est faisable avec les ressources à disposition et qu'il est réaliste compte tenu du contexte externe. Limpide, n'est-ce pas? Bref. Ensuite, le fameux mesurable se traduit trop souvent par la chasse au KPI à tout prix. L'idée de "performance" nous plaît peu. Déjà, parce que dans le service public, c'est pas le but (il y a le mot service dedans), mais aussi parce qu'un indicateur attire l'attention sur une partie du résultat, au risque d'en faire l'objectif implicite. Résultat : on colle des indicateurs artificiels, juste pour pouvoir dire à posteriori qu’on a « atteint » l'objectif, même si la valeur créée est discutable. C'est bon pour une chaîne de production, moins pour l'éducation supérieure. Enfin, le T de temporel… soyons honnêtes : avoir une échéance, c’est la base de n’importe quel projet. S'il n'y a pas de début ou de fin clairement définie, on ne parle plus d'un projet. Du coup, pas besoin d’en faire une qualité d’objectif.
Bref, SMART a ses limites : utile pour développer un logiciel, produire des tomates ou former des consultats, moins pertinent pour cadrer de vrais projets de transformation.
Notre réflexion
Au BT, on a retravaillé la recette. Sur la base de notre expérience pratique, on s'est rendu compte qu'il fallait d'abord se tourner vers le projet. Pour qu'un projet fonctionne, c’est-à-dire qu'il crée ce pourquoi on a décidé de le réaliser, il doit avoir des caractéristique que l'objectif vient expliciter :
- Répondre à un besoin. Ça peut être toute sorte de choses: une demande de la communauté, une nouvelle loi, une nouvelle stratégie de la direction, un changement économique ou sociale, etc. L'idée c'est qu'on doit savoir à quel besoin on répond de manière claire, sinon, il n'y a aucune raison de faire une projet.
- Être atteignable (et réaliste, on va pas faire doublon). Ici, c'est pas l'objectif qui est atteignable, c'est le projet. En clair : un projet adapté aux capacités financières, technologiques et organisationnelles de l’institution. Il faut que toutes les parties impliquées dans la réalisation soient d'accord pour dire que c'est possible.
- Rester spécifique. Un projet n’est pas une stratégie globale ni un programme tentaculaire. Un projet, comme on disait, répond à un besoin, donc grosso modo 2-3 objectifs maximum. Si ça déborde, c’est que c’est probablement plusieurs projets.
- Prendre en compte l’impact humain. Les projets ne sont pas là pour faire plaisir aux tableurs Excel, mais pour faciliter la vie des gens. Si les objectifs sont atteints au prix de l’épuisement ou d’une complexité supplémentaire, c’est raté. On ne veut pas entendre que les délais et le budget a été respecté, mais tant pis pour les utilisateurs et utilisatrices
- Amener un changement réel. Répondre à un besoin en reproduisant la même chose sous un vernis technologique, ce n’est pas une transformation. Donc le projet doit être porteur de changement. Et ce changement, doit probablement être géré (ou accompagné).
En gros, avec SMART c'est "l'objectif qui doit être ceci" alors que pour nous, c'est le projet qui doit être...
... BASIC, tout simplement.
De là est né notre acronyme maison : BASIC. Parce qu’un objectif n’a pas besoin d’être compliqué pour être solide.
• B comme Besoin
• A comme Atteignable
• S comme Spécifique
• I comme Impact humain
• C comme Changement
En résumé : un objectif doit répondre à la question « pourquoi ? » et inviter à s’interroger sur « comment le réaliser ? ».
Pas besoin de tableaux compliqués : garder les objectifs BASIC, c’est déjà s’assurer que les projets avancent dans la bonne direction.
Article rédigé par Raphaël Thézé, avec l'aide de chatGPT