23 avril 2026 - Melina Tiphticoglou
Comprendre le TDAH au-delà du mythe
Le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est victime de nombreuses idées reçues qui participent à la stigmatisation des personnes concernées. Le 28 avril, le psychiatre Nader Perroud apportera un éclairage nuancé sur cette pathologie à l’occasion de sa leçon inaugurale.

Photo: DR
Accusé d’être un «diagnostic à la mode», «d’éteindre les enfants» ou de résulter d’un «manque de volonté», le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est victime d’idées reçues persistantes. Décrite dans la littérature médicale depuis la fin du XVIIIe siècle et touchant aussi bien les enfants que les adultes, cette pathologie reste entourée de stéréotypes qui stigmatisent les personnes concernées, brouillent la compréhension du trouble et retardent une prise en charge adaptée. À l’occasion de sa leçon inaugurale, donnée le mardi 28 avril à 12h30 au Centre médical universitaire (CMU), Nader Perroud, professeur au Département de psychiatrie de l’UNIGE et médecin-chef du Service des mesures institutionnelles aux HUG, proposera un éclairage détaillé et nuancé sur cette affection. Intitulée «Le TDAH chez les adultes: entre mythes et réalités», sa conférence s’adresse aussi bien aux professionnel-les de la santé qu’au grand public. Entretien.
Le Journal: De quoi parle-t-on quand on évoque le TDAH?
Nader Perroud: Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neurodéveloppemental: il débute dans l’enfance et, dans la grande majorité des cas, perdure tout au long de la vie. Il se manifeste par des problèmes d’attention et de concentration, d’organisation et de planification ainsi qu’une forte distractibilité. Lorsque s’ajoute l’hyperactivité, on observe également une tendance à beaucoup parler, à ne pas tenir en place et à interrompre les autres. Le TDAH affecte le fonctionnement scolaire, professionnel, familial et social de la personne.
On entend souvent que ces troubles sont liés à un manque de volonté. Qu’en est-il?
C’est un mythe. Ce trouble est une vraie pathologie. La personne a réellement de la difficulté à contenir son hyperactivité ou à se concentrer sur des tâches compliquées. Biologiquement, elle est incapable d’inhiber certaines activités spontanées de son cerveau: son esprit part ailleurs et elle n’arrive pas à l’arrêter; elle a besoin de dire tout haut ce qu’elle pense, sans pouvoir s’en empêcher. Les enfants qui ne remarquent pas que l’épreuve comportait une page verso et la rendent vide ne le font pas exprès.
Quelles sont les autres croyances associées au TDAH?
Il y a en a plein! Parmi les plus répandues, citons le fait que cela ne toucherait que les garçons; que ce serait un trouble infantile; que c’est un diagnostic «à la mode»; ou encore que cette affection est la conséquence d’une mauvaise éducation parentale. Toutes ces idées reçues sont fausses. Elles contribuent à la stigmatisation des personnes concernées et à une prise en charge retardée ou inadéquate.
D’où viennent ces idées reçues?
Il y a d’abord une grande méconnaissance du TDAH parmi les professionnel-les de la santé. Jusqu’à récemment, la formation en psychiatrie était extrêmement biaisée: seule la psychiatrie hospitalière était enseignée, soit essentiellement les troubles de l’humeur (trouble bipolaire, dépression sévère) et la schizophrénie. Les autres pathologies – comme le syndrome de stress post-traumatique, les troubles anxieux, les troubles de la personnalité, le trouble du spectre autistique, les déficiences intellectuelles légères ou le TDAH – étaient peu ou non abordées, alors qu’elles sont bien plus fréquentes dans la population. C’est comme si, en médecine interne, on vous avait tout enseigné, sauf l’hypertension artérielle.
Le nombre de cas de TDAH ne cesse d’augmenter. Comment expliquer ce phénomène?
Depuis le début des années 2000, les diagnostics de TDAH se sont fortement multipliés, mais les études épidémiologiques ne montrent qu’une très légère hausse de la prévalence réelle. Il y avait probablement autant de personnes atteintes auparavant, mais les symptômes étaient moins handicapants. Notre environnement a changé: la vie quotidienne est devenue plus complexe et plus exigeante. La charge administrative, notamment, s’est alourdie de façon colossale. Il n’y a plus de marge pour des personnes qui procrastinent, oublient facilement ou peinent avec les tâches administratives. Dans les années 1980, ces personnes s’en sortaient, leur trouble n’était pas identifié, mais aujourd’hui, il se déclare.
Pourquoi dépister un TDAH à l’âge adulte, si le diagnostic n’a pas été posé durant l’enfance?
Chaque personne avec un TDAH adopte des stratégies pour y faire face, comme pratiquer beaucoup de sport pour canaliser son hyperactivité, mais cela fonctionne jusqu’à ce que l’environnement change. Se mettre en couple, devenir parent, obtenir une promotion: les changements peuvent être mineurs, mais ils rompent l’équilibre et la personne peut alors faire face à de grandes difficultés qui peuvent aller jusqu’à un effondrement, souvent sous la forme d’un burn-out. Cependant, le burn-out n’est que la conséquence du TDAH qui mériterait d’être identifié.
Quels traitements sont préconisés pour faire face au TDAH?
On ne guérit pas le TDAH, mais on peut notablement réduire ses symptômes et améliorer la qualité de vie. Le traitement peut consister en l’acquisition de compétences utiles pour mieux vivre au quotidien ou en la prise d’un psychostimulant, le plus connu étant la Ritaline®. Malgré la méfiance que suscitent ces médicaments, ils sont très efficaces. Ce sont les traitements les plus anciens qui existent en psychiatrie et ils font partie des mieux tolérés tout en offrant les meilleures réponses.
LE TDAH CHEZ LES ADULTES: ENTRE MYTHES ET RÉALITÉS
Conférence de Nader Perroud, professeur au Département de psychiatrie de l’UNIGE et médecin-chef du Service des mesures institutionnelles aux HUG
Mardi 28 avril | 12h30 | Auditoire Müller
Centre médical universitaire (CMU), 7 av. de Champel, 1206 Genève