23 avril 2026 - Alexandra Charvet

 

Événements

Le nouveau visage du grand âge

L’exposition «Welcome to your future» invite à découvrir la réalité du grand âge, loin des clichés et des idées reçues. Autour des portraits et récits personnels d’une vingtaine de centenaires, elle donne à voir les résultats du projet de recherche Swiss100.

 

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Emma Schneider, née en 1919 dans la ferme de la famille Rinderknecht, à Zurich Oberstrass. 
Image: Swiss100


Début avril, l’Office fédéral de la statistique annonçait une première en Suisse: les personnes de 65 ans et plus sont désormais plus nombreuses que les moins de 20 ans. Une évolution emblématique d’une tendance mondiale. Dans la plupart des pays industrialisés, les seniors constituent en effet aujourd’hui le groupe démographique à la croissance la plus rapide. Ce phénomène, amorcé dans les années 1980, devrait encore s’accentuer. En 2020, le monde comptait environ un demi-million de centenaires. Selon les projections des Nations unies, ils/elles pourraient être 4,3 millions en 2055 et jusqu’à 16,4 millions en 2090. Dans les pays industrialisés, un-e enfant sur deux né-e après l’an 2000 pourrait ainsi devenir centenaire.

 

Avoir 100 ans en Suisse

En 1950, la Suisse ne recensait qu’une douzaine de centenaires. Ils sont aujourd’hui près de 2200, dont 80% de femmes. Mais à quoi ressemble la vie quand on a 100 ans dans un pays comme le nôtre? Le projet Swiss100, première étude nationale consacrée aux centenaires, apporte des éléments de réponse. Menée auprès de 440 personnes dans les quatre régions linguistiques du pays, cette recherche, conduite notamment à l’UNIGE, explore les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux de la longévité, tout en identifiant les besoins spécifiques de cette population. Ses résultats sont présentés jusqu’au 30 mai à la salle d’exposition de l’UNIGE.

Welcome to your future s’organise autour de sept thématiques, de la démographie à la santé, en passant par la vie quotidienne, les relations sociales, les capacités cognitives ou les activités des centenaires. Elle met en lumière une réalité nuancée: non seulement les centenaires vivent plus longtemps, mais ils passent aussi une plus grande partie de leur existence en bonne forme. En moyenne, les problèmes de santé apparaissent chez eux/elles près de dix ans plus tard que dans la moyenne de la population, un décalage qui pourrait s’expliquer par une protection génétique spécifique face aux maladies liées au vieillissement. Contrairement aux idées reçues, chez plus de la moitié d’entre eux/elles (57%), les troubles de la mémoire et de la réflexion sont inexistants ou rares. En Suisse, près de la moitié des centenaires (49%) vivent en institution, une proportion plus élevée que dans d’autres pays. Les autres résident à domicile, souvent seuls.

Afin de percer les secrets de la longévité, l’étude Swiss100, premier projet de recherche suisse de grande ampleur consacré aux centenaires, combine quatre axes de recherche – sociologie, psychologie, médecine et biologie. Le volet biologique, dirigé par Karl-Heinz Krause, professeur honoraire de la Faculté de médecine, s’est penché particulièrement sur les caractéristiques moléculaires des centenaires suisses. Son équipe a comparé le profil sanguin de centenaires avec celui d’octogénaires, puis avec celui de personnes ayant entre 30 et 60 ans. «Les octogénaires permettent une analyse plus fine de l’évolution de certains marqueurs sanguins au cours de la vie et aident à distinguer le vieillissement normal du vieillissement exceptionnel des centenaires», indique le professeur. Les résultats ont été publiés dans la revue Aging Cell le 8 février dernier.

Les scientifiques ont mesuré 724 protéines dans le sérum sanguin, dont 358 marqueurs d’inflammation et 366 marqueurs cardiovasculaires, deux domaines déterminants pour la longévité. «Sur ces 724 protéines, 37 ont présenté un résultat tout à fait étonnant, souligne Flavien Delhaes, chercheur au Département de réadaptation et gériatrie (Faculté de médecine). Chez nos centenaires, les profils de ces 37 protéines sont plus proches de ceux de personnes jeunes que de ceux d’octogénaires. Cela représente environ 5% des protéines mesurées, ce qui suggère que les centenaires n’échappent pas complètement au vieillissement, mais que certains mécanismes clés sont fortement ralentis.» Les résultats les plus nets concernent cinq protéines liées au stress oxydatif, soupçonné d’accélérer le vieillissement.

Pour en savoir plus

Des projets, même à 100 ans

Le grand âge n’épargne pas des épreuves, qu’il s’agisse du déclin de la santé ou de la perte de proches. Pourtant, plus de 90% des centenaires interrogé-es se disent satisfait-es de leur situation. Beaucoup ont par ailleurs des loisirs comme écouter la radio et regarder la télévision (76%), lire (67%), marcher ou pratiquer une activité physique (48%). Un quart d’entre eux/elles utilisent même les médias numériques.

Surtout, les centenaires ont encore des projets qui, souvent liés à la détente, à la famille ou à la santé, témoignent d’un rapport toujours actif à l’existence. Certain-es évoquent le souhait de transmettre leur maison à leurs enfants, de trouver une compagne ou un compagnon, de rendre visite à leurs proches, de faire de l’exercice en plein air, de profiter du retour du printemps ou simplement de terminer un bonnet en cours de tricotage.

Pour approfondir ces thématiques, une série de conférences accompagne l’exposition, abordant notamment les aspects biologiques de la longévité (jeudi 23 avril), les prédicteurs du vieillissement cognitif (jeudi 30 avril) ou les stratégies pour vieillir en bonne santé (vendredi 29 mai).

L’exposition fermera ses portes lors de la Nuit des musées, le samedi 30 mai, avec des animations ouvertes au public, dont un «bar à vœux» pour ses vieux jours et des rencontres au titre explicite: «La vieillesse, c’est pas pour les mauviettes».

WELCOME TO YOUR FUTURE – CENTENAIRES DE SUISSE

Exposition

Jusqu’au 30 mai | Salle d’exposition de l’UNIGE, 66, bd Carl-Vogt


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