4 décembre 2025 - Melina Tiphticoglou
Regards photographiques sur la neurodiversité
Conçue en marge d’un cours interfacultaire sur les préjugés, une exposition présentée aux Bains des Pâquis dévoile ce que signifie vivre avec des troubles neurodéveloppementaux. À l’UNIGE, le Bureau des besoins particuliers accompagne les personnes concernées.

La danse des neurones, Climax. Photo: Isabell Begemann
Autisme, TDAH, dyslexie, dyspraxie. Ces particularités du développement, longtemps ignorées ou mal diagnostiquées, concernent aujourd’hui près de 10% de la population. Cette reconnaissance croissante s’explique par une meilleure compréhension de l’origine de ces pathologies et par un changement de regard: on parle désormais de neurodiversité, soit une variation naturelle du fonctionnement cérébral, plutôt que d’affection. Les troubles neurodéveloppementaux entraînent néanmoins des difficultés importantes dans l’acquisition et l’exécution de fonctions intellectuelles, motrices, langagières ou sociales, rendant le parcours scolaire et professionnel particulièrement complexe pour les personnes touchées.
Comment ces troubles sont-ils perçus par les étudiant-es? Comment concilier ces particularités avec la poursuite d’études ou la vie privée? Une exposition photographique, à découvrir jusqu’à fin janvier aux Bains des Pâquis, propose des réponses sensibles à ces questions. Réalisée dans le cadre d’un atelier-reportage, encadré par le photographe Denis Ponté, elle rassemble les travaux de 11 étudiantes issues du cours interfacultaire «Comprendre et combattre les préjugés» donné par Klea Faniko (Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation) ainsi que du programme Horizon académique de l’UNIGE.
À travers leurs clichés, accompagnés de textes aux accents poétiques, les autrices dévoilent des troubles souvent invisibilisés et mettent en évidence les discriminations dont ils font l’objet. Céline Wüthrich a choisi de centrer son travail sur les normes imposées par le milieu académique: être en bonne santé (pouvoir se déplacer seul-e), s’organiser de manière autonome (planifier) ou respecter les conventions d’écriture (écrire sans faute, de façon soignée, sur les lignes...). L’étudiante questionne les valeurs que défendent ces normes (individualisme, bien-être, productivité), fait ressortir les conséquences qu’elles ont sur les étudiant-es neurodivergent-es (isolement, dépression) et souligne que l’obtention du diplôme se fait au prix de grandes difficultés.
Elsa Duchez, quant à elle, présente une série intitulée «Ce que tu ne verras sûrement jamais de moi» qui dépeint un quotidien brumeux, rythmé par des contraintes et des adaptations rendues possibles grâce à la prise journalière d’une poignée de médicaments. Pour Aileen Colmenares, il était essentiel de rappeler l’importance de voir au-delà des apparences. «La photographie a le pouvoir de révéler l’invisible, de capturer des émotions et des états mentaux sans avoir besoin de mots, explique-t-elle. Dans cette série photographique, j’ai exploré la complexité de l’esprit humain, en particulier lorsqu’il est affecté par le chaos intérieur et la distorsion de la réalité. La fragilité de l’identité et la difficulté de se voir clairement lorsque l’esprit est troublé.»
Besoins particuliers
L’exposition Regards croisés sur les troubles neurodéveloppementaux livre une vision sensible et nuancée de la neurodiversité. Le phénomène est encore méconnu, bien que le nombre de personnes recensées ne cesse d’augmenter notamment grâce à des suivis et des diagnostics de plus en plus efficaces. À l’UNIGE, la tendance est similaire. «Le nombre de demandes d’aménagement a triplé en cinq ans. Cette année, nous avons reçu 500 demandes, dont 80% relèvent de la neurodiversité», souligne Arnaud Pictet, psychothérapeute et responsable du Service santé des étudiant-es dont dépend le Bureau des besoins particuliers. Cette structure accompagne les étudiant-es dont les troubles diagnostiqués ou handicaps avérés requièrent des aménagements spécifiques pour le bon déroulement du cursus académique. Les mesures peuvent concerner les études – prolongation de leur durée, délais supplémentaires – et sont dans ce cas accordées par la Faculté, le Centre ou l’Institut en question. Quant aux dispositions liées aux examens, comme l’utilisation d’un ordinateur, le port d’un casque à isolation phonique, l’allongement du temps ou la passation dans une salle à effectif réduit, elles relèvent du Bureau des besoins particuliers.
«Afin de préparer les étudiant-es au marché de l’emploi, il serait intéressant d’aller plus loin et de compléter ce dispositif par des ateliers visant à développer les compétences ou les aptitudes personnelles, souligne Arnaud Pictet. La conduite d’enquêtes de satisfaction pour évaluer la pertinence de ces aménagements et leur adéquation avec les besoins permettrait également d’améliorer le service.» Toutes les informations nécessaires pour déposer une demande sont disponibles sur la page web du Bureau des besoins particuliers, récemment repensée pour une meilleure accessibilité, avec notamment une traduction en français facile et en langue des signes.
Enfin, pour donner les moyens aux professionnel-les de l’enseignement supérieur de mieux comprendre les besoins et les forces des étudiant-es neurodivergent-es et de développer des pratiques pédagogiques adaptées, un MOOC sur le sujet est en préparation par le Service égalité & diversité et le Service santé des étudiant-es avec le concours de chercheurs et chercheuses.
REGARDS CROISÉS SUR LES TROUBLES NEURODÉVELOPPEMENTAUX
Exposition photo Université | Diversité
Jusqu’à fin janvier 2026 | Bains des Pâquis
30 quai du Mont-Blanc, 1201 Genève