12 mars 2026 - Yann Bernardinelli

 

Vie de l'UNIGE

Savoir demander avant de soigner

Obtenir l’accord d’une patiente ou d’un patient avant un examen paraît évident. Pourtant, dans la pratique clinique, le consentement reste un processus complexe. Des ateliers ont invité étudiantes, étudiants et professionnel-les de la santé à réfléchir aux rapports de pouvoir dans la relation de soin pour renforcer la culture du consentement.


 

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Peut-on poser un stéthoscope sur un-e patient-e sans lui demander son accord? Faut-il demander l’autorisation avant de poser une question intime ou d’aborder certains sujets personnels? Le consentement libre et éclairé, quel que soit l’acte à effectuer, constitue un principe fondamental du droit médical. Dans la pratique, sa mise en œuvre soulève pourtant de nombreux défis. Pour sensibiliser les professionnel-les de santé à ce sujet, la Faculté de médecine et les HUG, ce mois de mars, une série d’ateliers consacrés au consentement dans les soins. Proposés par le groupe Médecine, genre & équité de la Faculté de médecine, le Pôle diversité, égalité et inclusion des HUG ainsi que le Programme HUG alliés des diversités, en partenariat avec l’association Achillée, ces ateliers de deux heures ont alterné discussions collectives, exercices pratiques et apports théoriques afin d’encourager une réflexion concrète sur les pratiques de consentement. Tour d’horizon.

 

Le consentement, c’est tout le temps
Dans le droit suisse, tout acte médical constitue une atteinte à l’intégrité corporelle. Pour être licite, il doit être précédé du consentement libre et éclairé de la personne soignée. Cette dernière doit donc recevoir des informations compréhensibles sur son diagnostic, les examens proposés et les traitements possibles afin de pouvoir accepter ou refuser des soins en toute connaissance de cause. Dans la pratique clinique, ce principe ne concerne pas seulement les interventions chirurgicales. «On pense souvent au consentement pour les interventions à risque avec des formulaires à signer», explique Melissa Dominicé Dao, chargée de cours à la Faculté de médecine de l’UNIGE, médecin adjointe agrégée aux HUG et coprésidente du groupe Médecine, genre & équité. «Mais il doit être obtenu aussi pour des actes plus communs, comme prendre la tension, palper l’abdomen ou aborder des questions délicates dans l’anamnèse.»

Le consentement traverse ainsi toute la consultation. Les médecins doivent par exemple obtenir l’accord avant un examen clinique, vérifier si la présence d’un-e étudiant-e est acceptée ou demander l’autorisation d’aborder des sujets sensibles comme la sexualité. «Dire au début d’une consultation que la personne peut signaler si quelque chose la met mal à l’aise est essentiel car on ne peut pas tout anticiper», souligne Melissa Dominicé Dao.

Certaines situations sont toutefois plus complexes, car demander le consentement implique de respecter un éventuel refus de la personne soignée. Et ce refus peut parfois être difficile à accepter par le ou la médecin. C’est particulièrement le cas lors de situations d’urgence, par exemple si le traitement proposé est vital. «Il est alors primordial de s’assurer qu’elle a bien compris les informations transmises sur le traitement ainsi que les conséquences de son refus», insiste la spécialiste.

 

Le consentement dans le cursus
Pour Lorena Mackinnon Lacasa, médecin interne aux HUG, membre du groupe Médecine genre & équité et coorganisatrice des Ateliers consentement dans le soin, la formation joue un rôle déterminant. «Être formé dès le début du parcours permet de questionner très tôt certains réflexes ou normes implicites qui peuvent s’installer dans la pratique clinique», explique la spécialiste. À l’UNIGE, ces questions apparaissent déjà durant les premières années d’études. Pendant le bachelor, les étudiantes et étudiants abordent les bases éthiques et juridiques de la relation de soin ainsi que les principes du consentement éclairé. Durant les années de master, les stages cliniques permettent de mettre ces notions en pratique au contact des patient-es.

Cette évolution accompagne une transformation plus large de la médecine. «On observe aujourd’hui un passage d’une médecine paternaliste vers une relation plus horizontale, explique Lorena Mackinnon Lacasa. Les notions de partenariat avec les patient-es et de décision médicale partagée occupent désormais une place centrale dans l’enseignement.»

 

Une approche participative
En marge du Café de l’égalité, l’association féministe Achillée a été invitée à donner quatre ateliers en mars 2026. Ce collectif genevois a en effet créé un atelier centré sur la thématique du consentement dans les pratiques de soin destiné à la fois aux personnes soignées et au personnel soignant. «L’objectif consiste à offrir un moment de réflexion sur ce qu’est le consentement et sur les obstacles qui peuvent entraver son respect, explique Melissa Dominicé Dao. Des apports théoriques sur le consentement sont présentés, puis les participant-es travaillent en petits groupes sur des situations concrètes rencontrées en consultation.»

Les discussions permettent aussi d’explorer les rapports de pouvoir dans la relation soignant-e/soigné-e et de réfléchir à des pratiques plus inclusives. Dans un contexte médical, l’asymétrie est en effet presque inévitable du fait de la vulnérabilité due à la maladie, d’un côté, et de l’expertise médicale détenue par la soignante ou le soignant, de l’autre. «L’objectif est, dans un premier temps, de prendre conscience de cette asymétrie, afin de pouvoir, dans un second temps, adapter notre posture pour qu’elle ait le moins d’impact possible sur nos patient-es», complète Lorena Mackinnon Lacasa.

Certaines populations sont plus particulièrement exposées à ces situations, par exemple les femmes, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les personnes de la diversité sexuelle ou de genre ou les personnes racisées et particulièrement celles qui cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité. «Au-delà de la consultation, le consentement s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’équité et l’inclusion dans les soins», conclut Lorena Mackinnon Lacasa.

En savoir plus sur les Ateliers consentement dans le soin

Lecture complémentaire 
«Appliquer le consentement, dans les soins et au-delà», revue coécrite par les deux intervenantes de l’article et leurs coauteur-es dans la «Revue médicale suisse».

 

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