11 mars 2026 - Yann Bernardinelli

 

Vie de l'UNIGE

Les plateformes scientifiques de l’UNIGE gagnent en visibilité

Observer le vivant au micromètre près, synthétiser des molécules complexes, créer des répliques d’organes humains ou gérer des millions de données numériques sont autant de prouesses techniques indispensables à la recherche qui ont donné lieu à l’émergence d’infrastructures facultaires de pointe. L’Université de Genève leur consacre désormais un site web unique afin de renforcer leur visibilité.

 

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Depuis quelques décennies, avec l’avènement du numérique et l’émergence de technologies de plus en plus complexes et coûteuses, les plateformes scientifiques sont devenues des piliers de la recherche académique. Elles permettent aux chercheuses et chercheurs d’accéder à des équipements de pointe, à des bases de données spécialisées et à des expertises techniques qu’aucun laboratoire ne pourrait assumer seul. L’UNIGE en compte plus de 30, prises en charge par ses différentes facultés. Un nouveau site, lancé par le Service de soutien à la recherche (SSR) et mis en ligne le 2 mars dernier, les rassemble en un seul endroit. Ce portail offre une porte d’entrée claire vers ces ressources essentielles pour la communauté académique genevoise, mais aussi pour des partenaires externes, des institutions aux entreprises. En voici un aperçu à travers deux plateformes.

 

Voir le vivant

À la Faculté de médecine, la plateforme Bioimaging Core Facility illustre concrètement ce que signifie «mutualiser» la technologie. Spécialisée en microscopie optique, elle permet d’observer des microstructures cellulaires, de suivre le développement d’un micro-organisme ou de visualiser l’interaction entre un parasite et une cellule hôte. Un outil indispensable aux sciences de la vie, de la biologie fondamentale à la médecine, en passant par les neurosciences. Derrière ces prises d’images souvent spectaculaires se cachent des instruments complexes et coûteux, des capacités de stockage et de traitement de données puissantes, ainsi qu’un savoir-faire pointu.

Créée officiellement en 2001 sous l’impulsion d’un consortium de professeur-es et avec le soutien du décanat de la Faculté de médecine afin de mettre en commun des équipements dispersés dans ses divers laboratoires, la plateforme met aujourd’hui à disposition une quinzaine de microscopes de pointe, utilisés par une centaine de groupes, principalement du CMU et des HUG.

«Un microscope peut coûter jusqu’à un million, souligne François Prodon, responsable de la plateforme. C’est un équipement de base que les laboratoires ne peuvent pas se payer facilement.» La mutualisation ne concerne toutefois pas seulement les machines. L’équipe de Bioimaging Core Facility réunit quatre expert-es de la biologie, de l’ingénierie et de la statistique. «Nous sommes des partenaires de recherche à part entière, analyse le responsable de la plateforme. Et comme l’imagerie moderne génère de grandes quantités d’images, la moitié de l’équipe est désormais dédiée à leur traitement et leur analyse. Notre service est une chaîne de continuité, des conseils sur la préparation de l’échantillon jusqu’à l’analyse finale, en passant par un accompagnement personnalisé pour l’acquisition de données.»

 

La plateforme joue aussi un rôle de formation, comme le relève François Prodon: «Aujourd’hui, les jeunes, y compris les jeunes chercheurs et chercheuses, sont inondés d’images numériques et les banalisent. Ils ne se rendent plus compte de ce qu’il y a derrière. Il faut leur redonner une lecture méthodologique et technique.»

Lorsque d’autres facultés disposent d’infrastructures similaires, les collaborations sont constantes. C’est le cas de la Bioimaging Core Facility avec la plateforme d’imagerie Photonic Bioimaging Center de la Faculté des sciences. «On essaie d’avoir une lecture intelligente des besoins et on collabore pour éviter les doublons ou, au contraire, pour renforcer certains appareils», indique François Prodon.

 

Explorer les médias du prénumérique

Les plateformes ne se limitent cependant pas aux sciences dures. À la Faculté des lettres, Explore, issue du projet de recherche Visual Contagions, illustre une autre forme d’innovation, au croisement du numérique et des humanités.

Dirigé par Béatrice Joyeux-Prunel, professeure ordinaire à la Faculté des lettres, Visual Contagions vise à décrypter la circulation mondiale des images aux XIXe et XXe siècles, avant Internet. Son équipe a constitué une base mondiale de la presse illustrée, tirant parti de la disponibilité numérique de milliers de périodiques sur des sites institutionnels divers. «La presse a l’avantage d’être périodique, datée et géoréférencée, précise la chercheuse. Elle permet de suivre quand et où une image apparaît.» Au total, plus de19’000 revues publiées partout dans le monde entre les années 1890 et 1960 ont été rassemblées, soit 16 millions d’images à ce jour. Regroupées par similarité grâce à un algorithme, elles forment des ensembles permettant d’identifier des tendances: diffusion de certaines œuvres d’art par la reproduction, de motifs iconographiques ou de styles. «Par exemple, l’objet le plus représenté dans la presse illustrée du XXe siècle est la voiture, ce qui interroge sur les facteurs visuels de l’anthropocène», explique Béatrice Joyeux-Prunel. Les implications potentielles de cet outil puissant dépassant le cadre de ses propres recherches, elle a décidé d’en faire une plateforme scientifique. Le design a été finalisé il y a trois mois, faisant d’Explore une des dernières-nées des plateformes de l’UNIGE.

Explore permet aussi aux utilisateurs et utilisatrices d’importer une image pour en retrouver de similaires dans la presse du passé. «Vous mettez une image de machine à écrire et l’algorithme vous renvoie toutes ses copines machines à écrire, illustre Béatrice Joyeux-Prunel. Les doctorantes et doctorants adorent ce truc.» L’outil intéresse déjà l’histoire culturelle, les études visuelles, l’analyse des médias ou de l’art, et il est utilisé par des partenaires de recherche à Prague, à Stockholm et à Tokyo. Une partie des données étant en libre accès, il ne tardera probablement pas à gagner aussi le grand public.

 

Un cadre harmonisé et une vitrine commune

Si ces plateformes existent parfois depuis plusieurs décennies, leur gouvernance a récemment été renforcée. À la suite d’un audit institutionnel, l’UNIGE s’est dotée en 2024 d’une directive définissant les règles de gestion des plateformes scientifiques sur les plans organisationnel, financier et légal.

Dans ce cadre, le pôle Infrastructure du SSR (Service de soutien à la recherche) joue désormais un rôle d’interface entre les responsables de plateformes et le Rectorat. «Nous ne nous substituons pas aux facultés qui détiennent les plateformes, précise Ysadora Charital, adjointe scientifique du pôle Infrastructure et responsable du projet des plateformes scientifiques au sein du SSR. Notre mission est d’offrir un point de contact centralisé tout en assurant une cohérence institutionnelle grâce à un encadrement procédural et administratif adapté au développement et au bon fonctionnement des plateformes.» Le site web, développé par Benjamin Philippe, assistant communication au SSR, s’inscrit d’ailleurs dans cette logique, chaque plateforme disposant d’une page harmonisée renvoyant vers son propre site pour les informations détaillées.

 

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