27 novembre 2025 - Alexandra Charvet
Se soigner pour 30 francs
Avec le projet Télémaque, l’UNIGE entend offrir aux étudiant-es un accès aux soins qui soit simple et abordable. Par ce biais, il leur est possible d’obtenir, sous trois jours ouvrés, une consultation médicale par vidéo au prix de 30 francs. Objectif: éviter le renoncement aux soins.

Les consultations, d’une durée de quinze à trente minutes comme chez un généraliste, se déroulent en visioconférence avec les médecins de HUG@Home, l’Unité de télémédecine des HUG. Image: DR
L’an dernier, 15% des étudiant-es ont renoncé à consulter un-e professionnel-le de santé pour des raisons financières. Un taux stable depuis 2022 selon les enquêtes de santé menées par l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). Pour répondre à cette problématique, le projet Télémaque (TÉLÉMédecine pour l’Accès aux soins en milieu académiQUE) propose des téléconsultations médicales à 30 francs. Remboursée par les assurances de base LAMal (déduction faite de la franchise et de la quote-part), la prestation offre une prise en charge médicale ponctuelle et donne accès à des ordonnances, des bons (psychothérapie, physiothérapie, diététique, etc.) ou encore des prescriptions d’examens tels qu’une prise de sang, un test d’urine, une imagerie radiologique, etc. Les rendez-vous se prennent simplement via la plateforme OneDoc.
Le projet entend combler l’un des maillons manquants du réseau de soins. «Jusqu’à récemment, les étudiant-es étaient considéré-es comme une population généralement en bonne santé, ce qui n’est pas forcément le cas, constate Olivia Braillard, co-cheffe de projet pour Télémaque et médecin adjointe coresponsable de l’Unité de consultation ambulatoire de médecine interne générale et responsable de l’Unité de télémédecine HUG@Home au Service de médecine de premier recours des HUG. Une part d’entre eux-elles vit avec des maladies chroniques et, depuis la période traversée par le covid, la santé mentale s’est nettement dégradée. L’objectif est donc de garantir un accès aux soins à la fois simple et financièrement soutenable à l’ensemble des étudiant-es.»
Qualité du diagnostic
Les consultations, d’une durée de quinze à trente minutes comme chez un généraliste, se déroulent en visioconférence avec les médecins de HUG@Home, l’Unité de télémédecine des HUG. «Ce format souple, que l’on peut intercaler entre deux cours, suffit amplement à instaurer une relation thérapeutique et à poser une évaluation clinique à distance, en tenant compte des éléments non verbaux, explique Alice Bricheux, co-cheffe de projet pour Télémaque, médecin-cheffe de clinique de l’Unité de consultation ambulatoire de médecine interne générale (UCAMIG) des HUG et médecin-cheffe de clinique de l’Unité de télémédecine HUG@Home. Il y a bien sûr des limites – on ne diagnostique pas une appendicite sans palpation abdominale –, mais les études montrent qu’en médecine de premier recours, 80% du diagnostic repose sur l’anamnèse.»
Télémaque cible en priorité les étudiant-es aux ressources limitées, celles et ceux sans médecin traitant-e, sans réseau médical à Genève ou encore peu familiers du système de soins. «Le renoncement aux soins est certainement sous-estimé parmi les étudiant-es, observe Olivia Braillard. D’une part, les difficultés relèvent souvent de la santé mentale et les étudiant-es ne pensent pas à consulter ou jugent que cela ne vaut pas le prix d’une consultation; d’autre part, la prise de rendez-vous peut être décourageante – il faut appeler, trouver un créneau horaire...»
Porte d’entrée pour la prévention
Les conséquences peuvent pourtant être sérieuses. Certaines pathologies chroniques sont susceptibles de s’aggraver faute de suivi, tout comme des troubles psychiques moins visibles. «Sans prise en charge, un mal-être, l’anxiété ou un symptôme dépressif peuvent évoluer vers des troubles bien plus installés et nettement plus difficiles à traiter, alors même qu’il serait possible d’accompagner plus tôt les étudiant-es pour leur apprendre à faire face au stress, à gérer leurs émotions ou encore à adopter une consommation de psychotropes responsable, relève Alice Bricheux. La téléconsultation constitue également une porte d’entrée privilégiée pour mener des actions de prévention auprès d’étudiant-es venu-es consulter pour un simple bouton suspect. La santé, c'est déjà à 20 ans qu’on en prend soin.»
Imaginé par le professeur Idris Guessous, codirecteur du Centre de médecine de premier recours (Faculté de médecine) et médecin-chef du Service de médecine de premier recours (HUG), Télémaque a vu le jour grâce à un financement de la Fondation pour l’Université de Genève, garanti pour trois ans. «Si le service n’est pas entièrement gratuit, c’est pour engager la personne dans la prise en charge de sa santé, précise Olivia Braillard. Le montant demandé ne doit pas être un obstacle, mais il évite que la consultation ne soit pas prise au sérieux.»
Lutte contre la précarité
La prestation propose une prise en charge ponctuelle. Si un suivi est requis ou que des examens complémentaires le nécessitent, une seconde téléconsultation peut être programmée. En cas de besoin d’un suivi médical au long cours, l’étudiant-e est redirigé-e vers la médecine de ville ou vers la consultation étudiante des HUG. La Division de la formation et des étudiant-es propose de plus un système d’aides financières ponctuelles, permettant de couvrir certaines factures médicales (consultations, franchise, soins dentaires), soutenant ainsi plusieurs centaines d’étudiant-es chaque année.
«Ce projet s’inscrit dans notre politique de lutte contre la précarité estudiantine, articulée autour de trois axes majeurs que sont le logement, la nourriture et la santé, indique Édouard Gentaz, vice-recteur chargé du vivre-ensemble. Cette nouvelle offre, qui constitue un bon compromis pour faire face au coût de la santé, complète l’éventail de prestations déjà proposées par l’Université.» Il s’agit en particulier des consultations médicales gratuites en présentiel à l’UNIGE, des consultations aux HUG et des nombreuses activités du Service santé des étudiant-es pour les aider à prendre soin d’eux/elles (consultation psychologique, consultation sommeil, ateliers et groupes thérapeutiques, dépistage du mélanome et autres campagnes pour la santé).
Pour prendre rendez-vous avec HUG@Home ou au +41 79 553 56 57