in memoriam Vaughan Jones

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Le mathématicien Vaughan Jones est décédé le 6 septembre 2020. Cette page dédiée à sa mémoire.

Communiqué de la Section de mathématiques

C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons la mort de notre collègue et ami Vaughan Jones, dimanche soir 6 septembre 2020, quelques mois avant ses 68 ans.

Il fut étudiant à Genève, d’abord en physique (1974-1976) puis en mathématiques (1976-1980), et il acheva en 1979 son doctorat en mathématiques, supervisé par le professeur André Haefliger. Il revenait régulièrement à Genève où ses exposés et ses discussions informelles ont laissé de profondes traces, et où il devait intervenir en novembre prochain dans le cadre du colloque Wright. Il a appris beaucoup de mathématiques à ses étudiants, ses maîtres et ses collègues. Il savait aussi communiquer son enthousiasme, sa générosité et son humour à tous les amis avec qui il aimait partager ses mathématiques, sa musique, ses sports, et son art de vivre. Tout cela fut dignement fêté en mai 2019 lorsque Wendy et Vaughan ont célébré leur rencontre et leur mariage à Genève, 40 ans plus tôt.

Vaughan Jones est né à Gisborne, en Nouvelle Zélande, le 31 décembre 1952. Après ses études dans son pays natal, un diplôme de l’Université d’Auckland en 1969 et ses études à Genève jusqu’en 1980, il fut professeur dans plusieurs universités aux Etats-Unis (Los Angeles, Philadelphia, Berkeley et Vanderbildt) et à Auckland. Ses découvertes mathématiques ont été reconnues par la médaille Fields, reçue en 1990 — il s’agit de la plus haute distinction (avec le prix Abel) en mathématiques.

Il a aussi reçu à Genève le Prix Nessim Habif lors du Dies Academicus 2007, ainsi que de nombreux autres prix et nominations de prestige.

Ses travaux mathématiques ont marqué profondément plusieurs domaines, dont la topologie, l’analyse fonctionnelle, et la physique mathématique. C’est en 1984 qu’il découvrit un lien tout à fait nouveau entre les algèbres de von Neumann et la théorie des noeuds, c’est-à-dire des courbes fermées de l’espace usuel. Ce lien lui permit de définir un invariant des noeuds qui porte son nom, le polynôme de Jones, et qui est devenu un des objets principaux de la théorie. Parmi ses travaux les plus importants figurent aussi l’étude d’autres invariants de noeuds exploitant des idées de physique statistique, ses résultats sur les groupes quantiques et leurs représentations, et la théorie des algèbres planaires qu’il a largement contribué à fonder. Plus récemment, il avait initié un programme liant la topologie des noeuds et le groupe dit de Thompson, sujet qui est actuellement en plein développement.

Un témoignage du Chœur universitaire: Vaughan Jones, mathématicien mais aussi bon musicien pendant ses années genevoises.

Durant ses études, Vaughan a chanté plusieurs années au Chœur universitaire. Excellent baryton, réservé mais plein d'humour, heureux du moment présent, bon compagnon des rangs de son pupitre, que nous avons particulièrement découvert au cours d'un voyage en Pologne : une trentaine de choristes, avec leur chef Chen Liang-Sheng, accompagnés de Bernard Ducret, alors secrétaire général de l'Université, étaient les invités de l'Université Catholique de Lublin. Sans parler le polonais, Vaughan réussissait à entrer en contact avec la population locale, et à rentrer des temps libres en pleine campagne, le sourire aux lèvres, avec des produits locaux dans son sac à dos.
Il était également violoniste et avait fait de la musique de chambre avec le professeur André Haefliger, son directeur de thèse, et avec Chen Liang-Sheng.
En 1984, lors du Dies academicus organisé cette année-là à la Cathédrale St-Pierre pour marquer le 425 e anniversaire de l'Université, alors que le Chœur se mettait en place, Vaughan est arrivé, les yeux rieurs, une partition du Messie de Haendel sous le bras. De passage à la section de Mathématiques, il nous faisait la surprise de nous rejoindre alors que nous nous apprêtions à présenter des extraits d'une œuvre que nous avions travaillée ensemble quelques années plus tôt. Un groupe d'anciens choristes l'a retrouvé au cours d'un autre Dies academicus, celui de 2007, au cours duquel lui était remis le prix Nessim Habif.

Merci Vaughan, et bonne « route » !

Liens:

Statement from the Family of Sir Vaughan Jones

8 septembre 2020

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