MASLD/MASH et résistance à l'insuline
Obésité et résistance à l’insuline
Comprendre l’obésité : une maladie chronique, récidivante et multifactorielle
L’obésité est aujourd’hui reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une maladie chronique, récidivante et multifactorielle. Elle résulte d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, comportementaux, environnementaux et sociaux, menant à une accumulation excessive de masse grasse, souvent au détriment de la santé. L’indice de masse corporelle (IMC)—calculé comme le poids (kg) divisé par la taille au carré (m²)—reste un outil de dépistage couramment utilisé (un IMC ≥ 30 kg/m² indique une obésité), bien qu’il ne reflète pas toute la complexité de la maladie ni son impact sur la santé métabolique.
L’obésité ne résulte pas uniquement de choix de vie inadéquats ou d’un manque de volonté. Il s’agit d’une affection chronique complexe, portée par une dérégulation neurohormonale, des perturbations métaboliques et une inflammation chronique de bas grade. Au-delà du surpoids, l’obésité s’accompagne de nombreuses complications, regroupées en plusieurs catégories. Les complications métaboliques comprennent la résistance à l’insuline, le diabète de type 2 et la dyslipidémie. Les complications fonctionnelles peuvent inclure une mobilité réduite, l’arthrose ou encore des troubles tels que l’apnée obstructive du sommeil. Les répercussions psychologiques sont également fréquentes : estime de soi diminuée, dépression, isolement social — souvent aggravés par la stigmatisation. Par ailleurs, l’obésité génère un fardeau économique important, en augmentant les coûts de santé, en réduisant la productivité au travail et en créant des tensions financières tant pour les personnes concernées que pour la société dans son ensemble. Ces éléments illustrent la nécessité d’une prise en charge globale et de longue durée.
Obésité et dysfonctionnement métabolique
Le métabolisme désigne l’ensemble des processus par lesquels le corps transforme les aliments en énergie. Lorsque les apports énergétiques dépassent durablement les dépenses, l’excès est stocké sous forme de graisse. Le tissu adipeux n’est pas un simple réservoir énergétique : il agit comme un organe endocrine actif, en sécrétant des hormones (ex. : leptine, résistine) et des cytokines pro-inflammatoires (ex. : TNF-α, IL-6). À mesure que les cellules adipeuses s’hypertrophient, notamment dans les zones viscérales, elles contribuent à une inflammation systémique chronique, qui constitue un facteur clé de la résistance à l’insuline.
Cette inflammation perturbe le fonctionnement des cellules β pancréatiques, qui deviennent moins aptes à produire et libérer de l’insuline face à l’augmentation de la glycémie. Il en résulte une dysrégulation progressive du métabolisme glucidique et lipidique, se manifestant par une hyperglycémie, une dyslipidémie, une hypertension et, à terme, un syndrome métabolique — facteur de risque majeur du diabète de type 2 et des maladies cardiovasculaires.
Thérapies actuelles et importance d’une prise en charge à long terme
Le pilier du traitement de l’obésité repose sur la modification des habitudes de vie, qui englobe non seulement la qualité et la quantité des aliments consommés, mais aussi les comportements alimentaires (alimentation consciente, gestion émotionnelle, horaires des repas) et l’activité physique, adaptée aux capacités et préférences de chacun·e. Les données montrent qu’une perte de poids modeste, de 5 à 10 %, obtenue par ces interventions intégrées, améliore sensiblement la sensibilité à l’insuline, la pression artérielle, le profil lipidique et la santé métabolique globale.
Lorsque les mesures hygiéno-diététiques sont insuffisantes, des traitements médicamenteux peuvent être envisagés. Parmi eux, les agonistes des récepteurs du GLP-1 (ex. : sémaglutide) agissent par plusieurs mécanismes : diminution de l’appétit, ralentissement de la vidange gastrique, modulation des circuits cérébraux impliqués dans la régulation de la satiété et du plaisir alimentaire, notamment l’hypothalamus et le système de récompense méso-limbique. Ces effets centraux permettent de réduire les fringales et la consommation alimentaire hédonique.
Dans les cas d’obésité sévère ou résistante aux traitements, la chirurgie bariatrique (ou métabolique) constitue une option thérapeutique efficace, entraînant une perte de poids durable, une amélioration de la régulation glycémique et des modifications hormonales favorables (ex. : augmentation du GLP-1 et du PYY) qui renforcent la satiété et réduisent l’inflammation.
La recherche actuelle explore des approches innovantes ciblant les réseaux hormonaux et métaboliques complexes de l’organisme. Un axe prometteur concerne les hormones entéro-pancréatiques (GLP-1, GIP, glucagon, amyline), avec le développement de nouveaux médicaments agissant par agonisme ou antagonisme simple, double ou triple. Ces agents visent à reproduire ou moduler les voies hormonales naturelles impliquées dans la régulation de l’appétit, l’homéostasie glucidique et le métabolisme des graisses.
D’autres domaines de recherche incluent le microbiote intestinal, dont la composition et la fonction pourraient influencer le développement de l’obésité et la réponse aux traitements. Le rôle du système nerveux central dans la régulation de la faim et du plaisir alimentaire, les voies inflammatoires, ainsi que la médecine personnalisée — qui adapte les interventions au profil génétique, comportemental et métabolique de chaque personne — sont également activement explorés.
L’autogestion et l’éducation thérapeutique des patient·e·s (ETP)
En raison de son caractère chronique et récidivant, l’obésité nécessite une prise en charge structurée à long terme, à l’instar d’autres maladies chroniques comme le diabète de type 2. Dans ce cadre, l’Éducation Thérapeutique du/de la Patient·e (ETP) joue un rôle central. L’ETP est un processus structuré visant à transmettre aux personnes concernées les connaissances, les compétences et le soutien psychosocial nécessaires pour mieux comprendre leur condition, prendre des décisions éclairées et adopter des comportements favorables à leur santé au quotidien. Elle vise à renforcer l’autonomie et l’implication active dans le parcours de soin.
L’ETP est plus efficace lorsqu’elle est dispensée par des professionnel·le·s de santé qualifié·e·s et spécifiquement formé·e·s—diététicien·ne·s, infirmier·ère·s, psychologues, médecins, physiothérapeutes, entre autres—travaillant de manière collaborative au sein d’équipes pluridisciplinaires. Cette approche garantit une prise en compte intégrée et centrée sur la personne, des dimensions médicales, nutritionnelles, psychologiques et comportementales de l’obésité.
De nombreuses études démontrent que l’ETP est à la fois efficace sur le plan clinique et économiquement pertinente. Elle améliore les indicateurs métaboliques, la qualité de vie et permet de réduire le recours aux soins. En promouvant une approche centrée sur la personne, la décision partagée et l’autogestion sur le long terme, l’ETP contribue aussi à lutter contre la stigmatisation pondérale en remplaçant une logique de culpabilisation par une dynamique d’autonomisation.
Au sein de l’unité d’Éducation Thérapeutique, les soins sont dispensés dans une démarche globale et personnalisée, tenant compte des besoins, des défis et des objectifs de chaque personne, en cohérence avec la complexité de la prise en charge de l’obésité.