André Vésale

La statuaire antique a fourni un nouveau répertoire typologique. Vésale contribue à cette typologie avec ses «écorchés». A propos de l’Allocution d’Alfonso d’Avalos, marquis Del Vasto, œuvre de Titien conservée au Musée du Prado, Erwin Panofsky fait un beau rapprochement: «Le geste oratoire de Del Vasto (bras levé, coude plié, les trois derniers doigts fléchis derrière le pouce et l’index tendus) ressemble tellement au geste de l’un des «hommes-muscles» — presque un Del Vasto en écorché — du Fabrica de Vésale (quasi contemporain) qu’il constitue un argument de plus pour penser que Jan Stevens de Calcar, l’ingénieux illustrateur de Vésale, qui à l’époque faisait partie de l’atelier du Titien, a bénéficié de la coopération active du maître».

Dans ces écorchés, on trouve «le vouloir-vivre», l’énergie de la vie. Même sur le sol des squelettes, il y a des pousses, il y a de la vie. «L’homme de Vésale reste un sujet responsable de ses attitudes. L’initiative de la posture selon laquelle il s’offre à l’examen lui appartient, et non au spectateur. […] L’homme de Vésale vit dans un monde humanisé qui lui renvoie les marques de son activité», dit Canguilhem. 

Haller a parlé le plus simplement des corps vésaliens: Plena corpora, robusta, umbris masculis expressit, dit-il à propos de la Fabrica. «Il représenta des corps pleins, robustes, avec des ombres masculines». Entendons des traits masculins, des contours mâles. Les adjectifs plena et robusta sont particulièrement intéressants. Vésale est médecin. Il connaît la tradition de l’homo quadratus, de l’homme «carré», c’est-à-dire en bonne santé. Ces morts sont en bonne santé. Il n’y a rien de morbide, même dans la maladie.
 

D’après une notice de Jackie Pigeaud.
 

2 avr. 2025

Exposition Bodmer - Histoire(s) de la médecine