Christine de Pizan

Apollon aima Coronis fille du roi de Thessalie. Alors qu’il crut être trompé, le dieu archer transperça celle qu’il avait si souvent serrée contre lui. Coronis mourante révèle qu’elle porte un enfant. Le dieu, alors qu’il voit le bûcher funèbre, sauve son fils des flammes en l’arrachant du ventre de sa mère. Esculape — Asclépios chez les Grecs —, cet enfant mêlant les sangs du dieu Apollon et de la fille du roi de Thessalie, fut confié par son père au Centaure Chiron, qui lui apprit la médecine. Athéna lui fit don du sang de la Gorgone qu’il utilisa pour ressusciter les morts, lui dont la mère n’avait pu être réveillée par le dieu. Jupiter craignant toutefois qu’il ne renversât l’ordre du monde le foudroya. Transformé en constellation, Esculape devint le Serpentaire. Le culte d’Asclépios s’est fixé à Épidaure (Péloponnèse), où se développa une école de médecine. Le plus célèbre des Asclépiades, ces descendants pratiquant l’art de la médecine, était Hippocrate dont la famille revendiquait son rattachement au dieu.

Christine de Pizan, connaisseuse de la tradition antique, notamment par les Metamorphoses d’Ovide moralisées au début du XIVe s., reprend la légende d’Esculape. Lorsqu’elle évoque directement, dans l’Épître d’Othéa, Esculape, la fable présente « un moult sage homme qui trouva la science de medecine et en fist livres » qu’elle oppose à la magicienne Circé usant de sortilèges et d’enchantements contre la maladie. Dans le manuscrit copié vers 1460 dans un atelier brugeois pour le fils de Philippe le Bon, Antoine, Grand Bâtard de Bourgogne, les attributs ordinaires d’Esculape — les serpents enroulés autour d’un bâton, etc. — ne sont pas représentés. Le jeune homme, en vêtements médiévaux, coiffé du couvre-chef des savants, y examine une fiole d’urine, devenue par excellence l’emblème des médecins.

 

D’après une notice de Sylviane Messerli.
 

2 avr. 2025

Exposition Bodmer - Histoire(s) de la médecine