Germanicus

Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, l’astronomie est considérée en lien étroit avec la science des minéraux, la chimie et la médecine. La recherche d’une médecine universelle requiert autant la connaissance du corps humain que celles, solidaires, des corps astraux et des minéraux et métaux, selon une conception de sympathie universelle.

Dans la science des quatre éléments d’Aristote (Météorologiques, physica), des nombres privilégiés (tel le quatre, le sept ou le douze) régissent aussi bien le règne diversifié des métaux que celui des planètes et des astres. Quatre «humeurs» sont présentes en équilibre variable dans le corps. Les quatre saisons et les douze mois relèvent d’un calendrier: leurs leçons s’offrent selon un ordre successif. Une représentation de l’éternel recommencement (la roue des douze signes zodiacaux, chacun en accordance non seulement avec un mois de l’année mais aussi d’une partie du corps humain) réinscrit toutefois l’expérience temporelle dans une cyclicité.

Au vu d’une telle accordance, la maladie du corps humain liée à un désordre d’équilibre est expliquée grâce à l’étude des différents domaines. La «mélothésie zodiacale» postule une stricte influence des astres sur le corps humain. Si le Soleil est thérapeute, les configurations offertes par les constellations stellaires présentent des leçons nocturnes. Le chiffre deux de la différence sexuelle justifie l’observation respective du soleil et de la lune. Et «l’homme zodiacal» présenté par la voûte céleste, en reflétant le corps humain, nous renseigne au sujet des disharmonies passagères des maladies. Le postulat de l’accordance mystérieuse du céleste et du terrestre permet donc le profit d’enseignements précieux entraînant des applications thérapeutiques.

Les Phénomènes du poète alexandrin Aratos de Soles (début du IIIe s. av. J.-C.), se basant peut-être sur un traité d’Eudoxe de Cnide, décrit en vers les constellations, les cercles célestes, les levers et couchers simultanés, les étapes essentielles de l’astronomie du monde antique. Il s’agit de la plus ancienne représentation d’ensemble des signes réguliers du ciel visible héritée des Grecs. De nombreuses constellations y sont nommées pour la première fois. Le texte connut un immense succès dans la Rome classique (traduit par Cicéron, Varron, Ovide, commenté par Hygin et de nombreux scoliastes, utilisé par Vitruve, Virgile).

Germanicus, général neveu de Tibère, père de l'empereur Caligula et d'Agrippine la Jeune, avait adapté l’ouvrage grec en vers latins, vers l’an 16 ou 17 apr. J.-C. Le changement de langue s’accompagnait d’un renouveau du savoir ancien et de corrections des positions des constellations et de la localisation des étoiles. Germanicus insère également des mythes, expliquant par la fable le choix des figures stellaires. Ce manuscrit de la Renaissance italienne accorde une importance primordiale à l’iconographie par rapport au texte. Presque contemporain de l’édition princeps (Bologne, 1474), il a été réalisé à Naples, peut-être pour le bibliothécaire de Ferrante Giovanni Brancati ; il est illustré par Antonio di Mario.
 

D’après une notice de Sylviane Messerli.
 

2 avr. 2025

Exposition Bodmer - Histoire(s) de la médecine