Chapitre V.
La construction dâun chemin en pente 1
a
Les conduites de construction, lorsquâelles sont trĂšs simples comme celle dont il va sâagir ici, semblent diffĂ©rer sensiblement des actions consistant Ă utiliser un mobile, parce que le matĂ©riel statique que manipule lâenfant dans ses constructions est entiĂšrement soumis Ă ses intentions dâarrangement : en un tel cas, la prise de conscience de son action propre paraĂźt ne constituer aucune difficultĂ©, pour les sujets les plus jeunes, de telle sorte que si les constructions sont aisĂ©es on pourrait sâattendre Ă ne trouver aucune progression dans le dĂ©veloppement ni des actions, ni surtout des prises de conscience. Nous allons chercher Ă montrer quâil nâen est rien, en choisissant pour cela lâexemple dâune conduite trĂšs Ă©lĂ©mentaire : construire avec de petites planches et des plots un chemin en pente conduisant dâun point de dĂ©part donnĂ© jusquâau haut dâune « montagne » figurĂ©e par une boĂźte.
Le matĂ©riel est dâabord une boĂźte parallĂ©lĂ©pipĂ©dique (pour Ă©viter quâune forme conique, etc., ne suggĂšre dâemblĂ©e lâidĂ©e de pente). Les plots sont au nombre de 9, dont un mince, un plus Ă©levĂ©, un cylindrique avec rainures et six petits cubiques. Les planches sont courtes de 15 Ă 25 cm, plus une longue de 50 cm, fournissant presque la solution dâun chemin inclinĂ© atteignant le sommet de la montagne M et partant non loin du point dâorigine.
Les consignes ont Ă©tĂ© de deux sortes. Une premiĂšre consiste Ă placer une petite poupĂ©e Ă 50 cm du pied de M et Ă leur fabriquer une route partant de lĂ et atteignant le haut de M. Sâil utilise la grande planche (et on le suggĂšre lorsque cela est utile), on lui demande ensuite de trouver dâautres solutions. De mĂȘme sâil se borne au dĂ©but Ă des empilements verticaux de plots collĂ©s contre M. AprĂšs une semaine, on demande les souvenirs et le dessin de ce qui a Ă©tĂ© fait (sans montrer le matĂ©riel). Une seconde technique a consistĂ© Ă mettre une voiture Ă 50 cm de M, mais avec un « lac » entre deux pouvant ĂȘtre muni dâĂźles pour construire un pont (avec plots posĂ©s sur les Ăźles et planches sur les plots), et en laissant autour de M assez de terrain libre pour y mettre ce quâon veut (y compris les empilements chez les jeunes sujets), bien quâil sâagisse maintenant dâune voiture et non plus dâun personnage pouvant grimper verticalement.
21 sujets ont été examinés avec la premiÚre technique, 21 également (de 5 à 12 ans) avec la seconde.
1. Le stade I
Voici des exemples :
Eri (5 ; 3). Sans le lac. Il fait un empilement de trois plots jusquâĂ mi-hauteur de M, puis un second empilement accolĂ© au premier, puis ajoute Ă lâune des colonnes le long plot Ă rainures. « Et la poupĂ©e arrivera ? â Non, elle est trop petite. â Alors ? â ⊠â Et avec les plaques ? » Il empile les planches, mais horizontalement en les plaçant sur les plots et pose la longue planche dessus, mais Ă nouveau horizontalement, puis il lâenlĂšve parce quâelle tient mal. « Et avec cette longue planche tu pourrais faire quelque chose ? â (Il la place presque verticalement contre M et fait devant elle un empilement de plots qui dĂ©passe la hauteur de M, en enlĂšve un et paraĂźt satisfait.) â Si jâaurais pas mis ça (grande planche) câest trop bas. Si elle nâest pas lĂ . Il faut tout rapprocher (empilement simple). â Et si tu avais seulement la grande planche ? â (Il la pose inclinĂ©e, et comme elle glisse, il la retient avec deux plots). â Pourquoi ça va bien ? â Parce quâelle est couchĂ©e (inclinĂ©e), la planche. â Et avant ? â Autrement la poupĂ©e ne pouvait pas monter. â Et si on nâa pas cette planche ? » Il en prend deux petites quâil essaie dâajuster en pente de 90°, puis fait un empilement de plots prĂ©cĂ©dĂ© dâun plot unique sur lequel il pose une petite planche presque verticalement, puis inclinĂ©e mais trĂšs faiblement. AprĂšs quoi, il la retient par un plot pour augmenter lâinclinaison et, comme elle tombe, il revient Ă lâempilement simple. Enfin, il tient compte du point de dĂ©part (Ă 50 cm) et pose deux planches Ă plat et adosse la troisiĂšme contre lâempilement, mais presque verticale. AprĂšs une semaine, le souvenir est : « Il y avait une poupĂ©e qui devait monter sur un carton (geste dâinclinaison). â Comment tu lâas mise ? â Une planche qui est presque toute couchĂ©e (Ă faible inclinaison), mais elle est debout (le dessin donne une planche presque horizontale). â Comment faisait la poupĂ©e ? â AprĂšs elle a sauté⊠AprĂšs je nâavais plus besoin de la planche, alors jâai pris les plots (dessin : empilement simple). »
Bos (5 ; 9), sans le lac, procĂšde Ă partir du point de dĂ©part de la poupĂ©e et aligne trois planches horizontales, suivies de deux empilements couverts par une planchette Ă peine oblique, sur laquelle il fait un nouvel empilement de trois blocs pour atteindre le sommet de M. Avec la grande planche seule : elle est dâabord posĂ©e contre M presque verticalement, puis mise obliquement, mais appuyĂ©e entre les trois premiers et deux derniers Ă©lĂ©ments dâun nouvel empilement, puis Ă nouveau placĂ©e presque verticale, ensuite appliquĂ© aux trois quarts de M et enfin placĂ©e correctement. Quand on lâenlĂšve, un essai de fixer une planche inclinĂ©e sur une autre verticale (sans consolidation). Dans le souvenir, il y a « une Ă©chelle pour pas quâon glisse » avec des plots et les deux planches devenues †au lieu de â.
San (6 ; 2). Sans lac : dĂ©bute par un empilement, puis un escalier de deux plots dĂ©calĂ©s avec une planche collĂ©e verticalement contre M. AprĂšs un nouvel empilement, « on doit faire des escaliers », mais y Ă©choue. On offre la grande planche, quâil refuse dâabord parce quâelle nâa pas de marches, mais en retient lâidĂ©e et applique des petites planches lâune aprĂšs lâautre contre le milieu de M.
Voici pour comparaison des exemples du niveau IB, avec débuts semblables mais réussites finales approximatives :
Syl (5 ; 2). Sans lac : dâabord empilement, puis met une planche verticale au-dessus. AprĂšs quoi, accolement de deux colonnes de plot et deux planches horizontales par-dessus (vers le milieu de M). Puis elle met le long plot sur ces planches, contre M et le surmonte dâun plot qui Ă©galise les hauteurs avec M ; elle rajoute une planche oblique au dĂ©but. Enfin, aprĂšs nouveaux tĂątonnements, elle met la grande planche au dĂ©but, qui arrive au palier horizontal dâoĂč part la petite planche montant vers M.
Ber (5 ; 10) avec lac : empilements, etc., bien que le mobile soit une voiture ! On signale la grande planche quâil met contre M trĂšs inclinĂ©e. « Et sans la grande ? â Une route (il aligne des petites planches bout Ă bout, horizontales). â Mais pour monter ? â (Il prend deux planches quâil met inclinĂ©es en les tenant Ă la main pour assurer la jointure.) â Comment les faire tenir ? â (Il pose des cubes dans le lac, fait un pont, dont la derniĂšre partie monte sur deux plots, dâoĂč part une planche inclinĂ©e contre M.) AprĂšs une semaine, le premier dessin de mĂ©moire montre un long trait inclinĂ© passant par-dessus le lac et aboutissant Ă M (donc schĂ©matisation de lâintention finale), puis une reproduction du pont avec trois piliers dâun seul plot et les deux de la fin. AprĂšs quoi, il donne une belle schĂ©matisation : une route dâun seul trajet reposant sur trois plots : un petit, un moyen et un grand (sans relation avec ceux qui sont donnĂ©s dans le matĂ©riel).
Jac (5 ; 7) prend dâemblĂ©e la grande planche et la pose obliquement dâun cĂŽtĂ© de M, puis par-devant et, comme elle plonge dans le lac, il cherche autre chose. Il tient une petite planche Ă la main contre le sommet de M (inclinĂ©e), essaye dâen ajuster deux lâune Ă lâautre, puis renonce. Il se rappelle alors le point de dĂ©part de la voiture et il fabrique un pont, mais horizontal jusquâĂ M : « Ăa va ? â Non il faut mettre une planche pour la montĂ©e » : il en met une trop petite et complĂšte la hauteur en essayant de plaquer, Ă son extrĂ©mitĂ© supĂ©rieure, un plot mince (dans le sens de sa hauteur) contre M, ce qui est un retour Ă une sorte dâempilement. Il enlĂšve, en effet, ensuite deux planches Ă son pont et empile deux plots au-delĂ du bout de celle qui reste. Puis il appuie une planche inclinĂ©e sur un plot et tient Ă la main une seconde planche inclinĂ©e quâil finit par faire reposer sur deux plots. Cela lui donne lâidĂ©e de construire un pont entiĂšrement inclinĂ©, quâil prolonge avec une nouvelle planche appuyĂ©e sur trois plots. De lĂ , une quatriĂšme planche rejoint le sommet de M, ce qui donne une solution correcte.
Ghi (6 ; 4) dĂ©bute aussi en prenant la grande planche pour lâincliner de cĂŽtĂ© et constate quâelle « descend ». On lui propose de se servir dâautre chose et elle prend deux planches plus courtes quâelle essaie de relier bout Ă bout, puis Ă angle droit. Elle empile alors six plots, toujours Ă cĂŽtĂ© de M, mais avec un faible intervalle et relie leur sommet Ă celui de M par un plot mince faisant pont. On lui rappelle dâoĂč part la voiture : dâoĂč une planche inclinĂ©e contre un pilier avec redescente de lâautre cĂŽté : puis un second pilier pour rendre cette planche horizontale et finalement une troisiĂšme dirigĂ©e vers M.
Il importe de distinguer trois sortes de facteurs en ces rĂ©actions : en premier lieu, lâanticipation dâune pente Ă imaginer entre le point de dĂ©part de la poupĂ©e ou de la voiture et le point dâarrivĂ©e au sommet de la montagne M, alors que celle-ci est verticale et le sol horizontal ; en second lieu, lâimagination des relations possibles entre les objets offerts Ă titre dâintermĂ©diaires et la pente quâil sâagit de rĂ©aliser ; en troisiĂšme lieu, la prĂ©vision des relations que ces objets pourront comporter entre eux, que ces relations soient ou non dâemblĂ©e connectĂ©es avec les deux sortes de relations prĂ©cĂ©dentes. Or, ces relations se traduisant par des actions avant de pouvoir sâexprimer en reprĂ©sentations, lâintĂ©rĂȘt du niveau IA est que ces actions sont polarisĂ©es sur le but Ă atteindre et que le premier terme de la relation est donc oubliĂ© ou nĂ©gligĂ© au profit du second.
En ce qui concerne la pente, elle nâest certes pas une notion inconnue Ă 4-5 ans, et elle est mĂȘme naturellement intuitionnĂ©e avant sa dĂ©composition en rapports de longueur Ă hauteur. Mais comme il sâagit ici de lâimaginer sans la percevoir, et que le point de dĂ©part est Ă©loignĂ© de celui dâarrivĂ©e, le premier est oubliĂ© ou mĂȘme Ă©cartĂ©, et le sujet se centre dâabord sur la hauteur Ă atteindre : dâoĂč les empilements verticaux sans souci de ce qui prĂ©cĂšde. Lorsque le sujet voit la grande planche ou quâon lui en suggĂšre lâemploi, il ne la place pas dâemblĂ©e inclinĂ©e, comme le font les sujets du niveau IB qui voient aussitĂŽt en elle la figuration possible de la pente, mais ils commencent par la placer presque verticalement pour quâelle atteigne directement le sommet de M (Eri et Bos), ou lâĂ©cartent dâabord parce que sans rapport avec les plots empilĂ©s transformables (dans lâintention) en escalier.
Pour ce qui est des relations entre les intermĂ©diaires et le but Ă atteindre, deux faits sont Ă noter. Dâune part, il y a frĂ©quemment au niveau IA (par opposition Ă IB), oubli du rĂŽle dâintermĂ©diaires qui doivent assumer ces objets, dâoĂč toutes sortes de constructions adventices, de type simplement fonctionnel ou ludique, quâil Ă©tait inutile de citer en dĂ©tail mais qui sont nombreuses. Dâautre part, lâaction du sujet Ă©tant dâabord centrĂ©e sur lâarrivĂ©e au sommet de M indĂ©pendamment de la pente Ă partir du point dâorigine, lâenfant Ă©carte les objets ne servant pas Ă lâempilement, etc., ou, au contraire quand on lui rappelle le point de dĂ©part et quâil commence Ă construire une route ou un pont, il les prolonge horizontalement en oubliant la montĂ©e.
Enfin, quant aux relations des objets entre eux, elles peuvent, en plus des liaisons adĂ©quates, comporter des connexions imaginaires (deux planches tenues Ă la main pour se prolonger jusquâĂ M), ou au contraire des connexions objectives mais sans relation avec le but poursuivi (accolements inutiles dâempilements, etc.).
En un mot, les difficultĂ©s du problĂšme Ă ces niveaux Ă©lĂ©mentaires ne tiennent pas Ă une carence de notions encore Ă construire, puisque celle de pente est dĂ©jĂ bien connue, mais Ă un dĂ©faut de mises en relation, celles-ci ne procĂ©dant que par Ă©tapes laborieuses, sans succĂšs au niveau IA et avec rĂ©ussites approximatives en IB. Câest sans doute ce caractĂšre trĂšs graduel des connexions entre observables, sans cesse subordonnĂ©s aux actions particuliĂšres, qui rend compte de la prise de conscience apparemment excellente des actions successivement exĂ©cutĂ©es, ce dont tĂ©moignent notamment les souvenirs aprĂšs quelques jours.
2. Le stade II
Nous choisirons comme critĂšre du stade II le fait que le sujet ne procĂšde plus par empilements isolĂ©s, mais part dâemblĂ©e dâune recherche de la pente et la conserve en cours de route. Ce nâest certes pas Ă dire que les empilements disparaissent Ă 7-8 ans : on en trouve jusquâĂ 9 ans, mais il sâagit de rĂ©sidus du niveau IB, car les stades fondĂ©s sur les rĂ©ussites de lâintelligence pratique sont chronologiquement beaucoup plus Ă©lastiques (tout en conservant leur ordre de succession) que ceux de la comprĂ©hension comme telle (stades opĂ©ratoires). Quant Ă la distinction entre les niveaux IIA et IIB elle tient au fait que les sujets du premier commettent encore des erreurs de construction. En voici des exemples :
Mau (7 ; 4), sans le lac, met dâabord une planche inclinĂ©e contre M et comme elle est trop courte il la complĂšte Ă son extrĂ©mitĂ© par le plot mince en vertical quâil remplace aussitĂŽt par une seconde planche plus inclinĂ©e que la premiĂšre et qui glisse. Il lâĂ©carte et soutient la premiĂšre par le long plot Ă rainure, qui lui donne ensuite lâidĂ©e dâun escalier, mais il le recouvre tĂŽt aprĂšs par la longue planche (Ă 45°). Dans son souvenir, les dĂ©buts sont ainsi dĂ©crits : « Jâavais mis comme ça tout droit parce que si on mettait penchĂ© ça ne tenait pas. » Ensuite : « Jâai mis penchĂ© parce que câĂ©tait mieux : on ne peut pas monter tout droit comme ça. »
Gem (7 ; 8) met une Ăźle dans le lac, puis place inclinĂ©e la grande planche. « Et si on ne lâavait pas ? â (Elle met une planche verticale au bord du lac, puis y pose une planche horizontale.) â Il manque un bout (le tout est alors mis sur lâĂźle et la seconde planche tenue Ă la main et elle rajoute une planche au dĂ©but. Pour faire tenir la planche horizontale devant rejoindre M, elle la recule et met Ă son point de dĂ©part un plot comme contrepoids). Câest pour tenir ici. » Rien ne tenant, elle construit enfin un socle contre M et ajoute le plot mince inclinĂ© Ă titre de derniĂšre montĂ©e jusquâau sommet de M, ce qui, au total, fait deux pentes reliĂ©es par un plan horizontal.
Dim (7 ; 8) construit dâabord un chemin formĂ© dâĂźles juxtaposĂ©es et met Ă son extrĂ©mitĂ© une planche inclinĂ©e trop courte, arrivant au milieu de M. Il lui substitue la grande planche, mais dont la base reste dans le lac. Il construit alors un escalier au bord du lac (prĂšs du dĂ©part), mais formĂ© de plots dĂ©calĂ©s qui sâĂ©croulent aussitĂŽt. Il met un plot sur une Ăźle avec une planche la rejoignant depuis le bord et une autre dirigĂ©e vers M. Il complĂšte enfin avec un plot sur une Ăźle, deux sur la suivante et trois planches en montĂ©es successives.
Ria (8 ; 6), sans lac, commence par un escalier, mais Ă bonne distance de M (ne perdant donc pas de vue le point de dĂ©part). Elle y renonce pour mettre une planche horizontale sur deux plots : Ă son milieu elle superpose un plot et une seconde planche horizontale (le projet Ă©tant donc un escalier par paliers formĂ©s de planches). On lui rappelle la grande planche quâelle place aussitĂŽt correctement, puis, devant sâen passer, elle aboutit Ă des montĂ©es successives par deux puis trois planches reposant sur des socles de hauteurs croissantes. Dans le souvenir : « il fallait faire attention Ă ce que ça ne soit pas toujours Ă la mĂȘme hauteur : ça devait monter plus haut ».
Spa (9 ; 9) sans lac : dĂ©bute Ă distance par une planche inclinĂ©e sur un plot, puis essaie de la relier Ă M par une planche, qui est trop courte. Il complĂšte alors le plot initial par une colonne Ă©levĂ©e quâil relie horizontalement par une planche jusquâau sommet de M (mais sans rien pour monter sur ce socle), la planche du dĂ©but, trop courte, ne rejoignant que le premier plot. Comme on trouve cette montĂ©e trop raide, il la fait prĂ©cĂ©der par une planche inclinĂ©e, puis transporte la colonne prĂšs de M en abaissant dâun cran la planche horizontale : dâoĂč le mĂȘme problĂšme. Il se sert alors sans plus de la grande planche, puis aprĂšs bien des tĂątonnements (toujours des montĂ©es trop raides), il trouve la solution dâune route sâĂ©levant dâun bout Ă lâautre en trois segments avec socles de grandeurs croissantes.
Du point de vue du fonctionnement de lâaction, le propre de ces sujets est de ne plus se centrer dâabord sur le but Ă atteindre en oubliant le point de dĂ©part du mobile et par consĂ©quent la question de pente, mais de relier par la pensĂ©e, dĂšs le dĂ©but et constamment ensuite, les deux termes de la montĂ©e : câest ce qui impose alors la considĂ©ration de la pente et exclut les conduites dâempilement. Il est, en ce cas, intĂ©ressant de se demander si un tel fonctionnement de lâaction elle-mĂȘme est cause ou effet des progrĂšs de la notion. Au stade I, cette notion de pente Ă©tait dĂ©jĂ acquise, mais sous une forme indiffĂ©renciĂ©e, câest-Ă -dire sans analyse des rapports entre la hauteur et la longueur, tandis que chez les prĂ©sents sujets il y a dĂ©but de mise en relation entre ces deux composantes : est-ce alors ce progrĂšs dans la comprĂ©hension qui entraĂźne une action dâemblĂ©e relationnelle, ou est-ce parce que lâaction devient soucieuse de toutes les donnĂ©es du problĂšme et les retient simultanĂ©ment quâelle conduit Ă ces mises en relations nouvelles ? La question peut paraĂźtre byzantine, puisque lâaction reliant entre elles des donnĂ©es observables et leur mise en relation par la pensĂ©e du sujet peuvent paraĂźtre constituer une seule et mĂȘme chose. Mais, en rĂ©alitĂ©, il y a un tertium qui est la prise de conscience des actes, câest-Ă -dire quâentre lâaction effective et la structuration opĂ©ratoire ou prĂ©opĂ©ratoire des notions, il y a Ă considĂ©rer les Ă©tapes ou les secteurs de la conceptualisation de la premiĂšre. Or, comparĂ©es Ă ce quâon observe en dâautres recherches, les actions particuliĂšres quâexĂ©cute le sujet sont parfaitement retenues et dĂ©crites sans aucune dĂ©formation spectaculaire, mais ce que le sujet du stade I ne nous dit pas, parce que prĂ©cisĂ©ment il ne sâen est pas doutĂ© et nâen a pas pris conscience, câest quâen construisant des empilements contre la montagne M, il a oubliĂ© dâoĂč venaient la poupĂ©e ou la voiture et ne sâest pas demandĂ© comment elles monteraient sans une pente plus douce. En dâautres termes, chacune des donnĂ©es observables a Ă©tĂ© bien constatĂ©e, mais elles lâont Ă©tĂ© successivement avec oublis ou nĂ©gligences rĂ©trospectives comme si elles avaient Ă©tĂ© mal vues. En ce cas, les actions successives consistent en corrections et rĂ©gulations, sâenchaĂźnant en fonction des rĂ©sultats obtenus (donc des Ă©checs et parfois des rĂ©ussites partielles) et, si chacune est consciente, ce qui manque est la conscience de lâensemble de la conduite qui eĂ»t remplacĂ© les corrections aprĂšs coup par des anticipations et rĂ©troactions solidaires, assurant ainsi les mises en relations du stade II. En dâautres termes, si la comprĂ©hension des relations opĂ©ratoires est bien due, comme nous lâavons admis avec B. Inhelder Ă propos des structures logiques Ă©lĂ©mentaires, au jeu des anticipations et rĂ©troactions combinĂ©es, il faut ajouter maintenant que celles-ci constituent un prolongement de la prise de conscience conceptualisĂ©e de lâaction propre lorsque cette traduction en reprĂ©sentation porte non pas seulement sur les actions particuliĂšres successives, mais sur lâensemble de la conduite y compris les raisons de cette succession dâessais, dâerreurs et de corrections.
Mais si les sujets du niveau IIA relient suffisamment les donnĂ©es observables relatives aux points de dĂ©part et dâarrivĂ©e du trajet demandĂ© pour chercher dâemblĂ©e Ă lui donner la forme dâune longue pente, ils commettent encore de nombreuses erreurs de dĂ©tail : planches trop courtes, manques de liaison entre elles, pentes infranchissables, etc. Cela montre que lâintention dâensemble ne commande pas encore suffisamment les relations entre les intermĂ©diaires et le but Ă atteindre, ni les relations de ces objets entre eux. Ce sera le propre du niveau IIB que dâintroduire plus de systĂšme et un ordre plus rĂ©gulier dans la succession des essais. En voici des exemples :
Smi (7 ; 6) met dâemblĂ©e la grande planche contre M en la faisant prĂ©cĂ©der dâune petite planche reprĂ©sentant la route Ă plat qui prĂ©cĂšde la montĂ©e. PriĂ© de ne plus disposer de la grande planche, il la remplace par deux petites se reliant sur un socle de deux plots, puis il introduit de nombreuses variations sur ce mĂȘme thĂšme jusquâĂ utiliser quatre planches et trois piliers avec un court trajet horizontal au milieu. « Et si on veut une pente rĂ©guliĂšre ? â Un plus grand (socle), un moyen et un petit. »
Bru (8 ; 7), en plus du mĂȘme procĂ©dĂ© (route montante par segments avec piliers pour tenir les planches), construit surtout des escaliers dĂ©butant Ă distance et de deux types : avec des planches soit posĂ©es dessus, soit les prolongeant, le tout pour aboutir Ă un escalier stable de six planches superposĂ©es avec dĂ©calages, dont la derniĂšre soutient une planche inclinĂ©e rejoignant le sommet de M. Dans le souvenir, on trouve ces remarques instructives quant Ă la mĂ©thode consciemment suivie : « Jâai pensĂ© Ă plein de choses et jâai fait comme ça ou comme ça. Si on doit se servir de la grande planche, câest plus embĂȘtant parce quâavec les petites il faut les mettre par exemple ici (Ă distance) : si on commence la construction vers la montagne (M), avec la grande planche ça va, mais avec les petites ça va pas. »
Jio (9 ; 1) commence, au contraire, par une longue route horizontale avec Ă son terme des plots retenant une planche assez inclinĂ©e, puis elle augmente le nombre des plots pour diminuer lâinclinaison et en vient Ă une route montante dĂšs le dĂ©but en deux puis trois segments avec piliers adĂ©quats.
Phi (9 ; 10) commence par une pente trop raide, puis lâattĂ©nue en augmentant le nombre des segments jusquâĂ trois (retenus par deux piliers de deux et quatre plots). Mais dans son souvenir une semaine aprĂšs, il illustre sa mĂ©thode par le dessin dâune route Ă inclinaison constante (ce qui nâĂ©tait pas le cas), Ă cinq segments et Ă socles allant de deux Ă sept plots !
Kas (10 ; 5) avec lac : il commence par une sĂ©rie dâĂźles et pose sur la seconde la grande planche. PriĂ© de trouver autre chose, il commence aussi par une pente trop raide en son second segment de route, il passe Ă trois segments, mais avec un pilier de trop qui ressemblerait Ă un empilement et quâil enlĂšve en prĂ©cisant ensuite : « Les planches câest pour passer, les plots câest pour supporter les planches. »
Fav (10 ; 6) donne, dĂšs les dĂ©buts, un dessin dâanticipation de sa construction : une route Ă montĂ©e constante, Ă trois segments et piliers de hauteur croissante, puis elle la rĂ©alise ; mais, avant de dire ce quâelle comptait faire, elle avait commencĂ© par un petit pilier en escalier, avant le lac, devant supporter un dĂ©but de route.
On voit les progrĂšs du schĂšme anticipateur : Bru note explicitement que si lâon dĂ©sire Ă©viter les erreurs, il faut commencer par le bas, au point de dĂ©part de la route, et non pas par la montagne ; Fav, sitĂŽt quâelle renonce Ă son essai dâescalier, dessine le projet quâelle rĂ©alise ensuite. Il en rĂ©sulte que le sujet ne commet plus dâerreurs, Ă proprement parler, et se borne Ă des corrections en plus ou en moins (pentes un peu trop raides, etc.).
Quant aux rĂ©actions du stade III, elles nâen diffĂšrent plus guĂšre, sinon par un souci de prĂ©cision dans les questions de point dâappui, de glissement, de poids, dâĂ©quilibre, etc., qui ne nous concernent point ici et nâajoutent rien aux processus de la prise de conscience et ses rapports Ă©ventuels avec des rĂ©gulations rĂ©troactives ou anticipatrices, en jeu dans les faits qui prĂ©cĂšdent.
3. Conclusions
Lorsque lâon compare un problĂšme de construction, comme celui dont on vient de montrer quâil est plus ou moins rĂ©solu Ă tout Ăąge, Ă une question dâutilisation de mobiles oĂč la rĂ©ussite pratique est Ă©galement relativement constante au cours des stades, on doit tenir compte de deux grandes diffĂ©rences qui conditionnent de prĂšs la prise de conscience des actions propres et la prise de connaissance des observables sur lâobjet. La premiĂšre de ces diffĂ©rences est que, dans le cas de la construction, les objets sont statiques : ils sont offerts au sujet Ă lâĂ©tat immobile, comme ici les plots et les planches, lâenfant les choisit Ă sa guise et ne les dĂ©place que pour les arranger en certaines positions oĂč ils redeviennent immobiles, la solution du problĂšme ne tenant pas Ă la cinĂ©matique ou Ă la dynamique de ces dĂ©placements, mais uniquement Ă lâarrangement obtenu aprĂšs manipulations. Dans le cas des utilisations de mobiles, au contraire, ce sont les mouvements de ceux-ci qui importent et la rĂ©ussite tient essentiellement Ă la maniĂšre dont le sujet a su les provoquer et les adapter au but poursuivi. Mais une seconde diffĂ©rence est tout aussi importante. Dans le cas de lâutilisation des mobiles, la succession des conduites du sujet est relativement brĂšve et dictĂ©e par les exigences de lâobjet, plus ou moins remarquĂ©es au dĂ©but, et lâemporte rapidement ensuite. Dans le cas des constructions, au contraire, le sujet est libre de combiner les matĂ©riaux Ă sa guise, dans la mesure naturellement oĂč ces objets se laissent arranger, mais ils lui offrent en fait une grande latitude de combinaison : il en rĂ©sulte que la succession des actions est relativement bien plus longue et tĂ©moigne dâune grande variĂ©tĂ©, dâoĂč une dimension essentielle de la conduite qui est lâhistoire mĂȘme de cette succession, y compris les raisons de lâordre adoptĂ©.
Du point de vue de la prise de conscience, la premiĂšre de ces diffĂ©rences peut donner lâimpression dâune opposition radicale. Dans le cas des utilisations de mobiles, le sujet ne sait pas dâemblĂ©e comment il a rĂ©ussi : il lui faut une longue analyse des rĂ©sultats de lâaction (observables sur lâobjet) pour comprendre les mouvements quâil a exĂ©cutĂ©s et leurs interactions avec ceux de lâobjet (pression sur la balle de ping-pong, directions de la lancĂ©e dans le cas de la fronde, etc.). Au contraire, dans le cas de la construction, le sujet sait Ă chaque instant ce quâil veut faire, et les objets se soumettent sans plus, ou, sâils rĂ©sistent (planche trop courte, escalier non Ă©quilibrĂ©, etc.), il voit immĂ©diatement pourquoi : il y a donc, semble-t-il, prise de conscience parfaite et Ă tous les niveaux, tandis que dans le cas des utilisations de mobiles, elle ne sâobtient que par Ă©tapes et les stades de cette prise de conscience sont bien plus diffĂ©rents les uns des autres que ceux de lâaction matĂ©rielle elle-mĂȘme.
Par contre, si lâon se place au point de vue de la seconde diffĂ©rence, câest-Ă -dire de lâensemble de la conduite en ses successions dâactions particuliĂšres, la situation est tout autre, car ce que lâon vient de dire ne concerne que chaque action particuliĂšre et non pas leurs liaisons successives plus ou moins systĂ©matiques ou dĂ©pourvues de tout ordre interne. Dans le cas des utilisations de mobiles, il nây a pas lĂ de problĂšme, puisque les successions sont rapides, mais une simple adaptation Ă lâobjet. Pour ce qui est des constructions, au contraire, il y a lĂ une question fondamentale : lorsque le sujet passe dâune action Ă une autre, il a beau savoir Ă chaque moment ce quâil veut faire et Ă quoi cela aboutit (Ă©chec ou rĂ©ussite), il ne connaĂźt pas pour autant la mĂ©thode quâil a suivie ni les raisons de tous les changements. Plus prĂ©cisĂ©ment, câest dans la mesure oĂč il y a plan dâensemble que le sujet en sera conscient, mais parce que dĂšs le dĂ©but il y a eu conceptualisation suffisante de la position et des donnĂ©es du problĂšme, tandis quâen cas de tĂątonnements non dirigĂ©s, le sujet prendra conscience des Ă©checs et de ses nouvelles intentions, mais sans savoir pour quelles raisons il avait mal posĂ© les questions ou dirigĂ© ses essais.
Il est instructif Ă cet Ă©gard de comparer les souvenirs aprĂšs une semaine selon les diffĂ©rents niveaux. Au sous-stade IA, nous voyons Eri dire simplement : « Il y avait une poupĂ©e qui devait monter sur un carton », en oubliant son point de dĂ©part et, par consĂ©quent, en ignorant les raisons et les consĂ©quences de cet oubli. Bos, qui est pourtant parti de la position initiale de la poupĂ©e, ne voit plus dans son souvenir quâune « échelle (verticale) pour pas quâon glisse » et des planches horizontales. Au niveau IB, nous voyons dĂ©jĂ Ber donner dans son souvenir de belles schĂ©matisations sans allusions aux empilements initiaux, donc sans chercher pourquoi il avait au dĂ©but mal posĂ© le problĂšme. Au stade II, au contraire, il est frappant de voir les sujets donner de mĂ©moire les raisons de leurs tĂątonnements (Man en IIA), ou les prĂ©cautions observĂ©es (Ria, IIA), et finalement la mĂ©thode (Bru, IIB), ce qui montre assez une prise de conscience plus poussĂ©e de la succession mĂȘme des actions dans lâensemble de la conduite.
En un mot, dans les situations de construction, il faut distinguer quatre domaines possibles de prise de conscience et de constatation conceptualisĂ©e des observables. 1) Il y a tout dâabord la conceptualisation de la question posĂ©e et des donnĂ©es de ce problĂšme. On dira quâil sâagit lĂ de niveaux de comprĂ©hension et non pas de prise de conscience. Mais quand on dit Ă lâenfant quâune poupĂ©e ou une voiture doit partir de tel point pour arriver sur la montagne M, il nây a lĂ rien de difficile Ă comprendre, de telle sorte que quand lâenfant traduit avec Eri : « Il y avait une poupĂ©e qui devait monter sur (M) », en oubliant le point de dĂ©part et la question du trajet entre celui-ci et M, câest lĂ un processus conforme Ă toute prise de conscience dâabord centrĂ©e sur le rĂ©sultat de lâacte avant de remonter aux conditions prĂ©alables. Certes, il arrive que lâenfant ne comprenne pas la question, et que comme le disait S. Papert Ă une discussion de notre Centre : « lâenfant rĂ©pond toujours juste Ă la question quâil sâest posĂ©e », mais il reste Ă Ă©tablir pourquoi il ne voit pas de diffĂ©rence entre la question quâon lui soumet et celle qui rĂ©sulte de son assimilation dĂ©formante. Ă cet Ă©gard, le problĂšme Ă©noncĂ© dans la consigne ainsi que les objets offerts Ă titre de donnĂ©es sont comparables Ă des observables dont le sujet ne retient dâabord que certains aspects (plots servant Ă un empilement et non pas Ă faire des supports, etc.), et il y a donc lĂ un premier domaine de prise de conscience cl de lecture des observables.
2) Il y a ensuite les intentions variables du sujet et 3) ses rĂ©alisations successives. Toutes deux donnent lieu en chaque action particuliĂšre Ă une prise de conscience et Ă des constatations sans difficultĂ©s, encore quâil reste Ă Ă©tablir leurs liaisons avec la position du problĂšme et lâassimilation des donnĂ©es, et sur ces points le sujet ne peut pas connaĂźtre la raison de ses dĂ©viations. Mais celles-ci dĂ©pendent tĂŽt ou tard de 1) et de 4).
4) Il y a enfin le domaine de la prise de conscience des connexions entre actions successives et des raisons de leurs variations. Or, câest lĂ le point crucial dans la conceptualisation des constructions et câest son examen qui permet de rĂ©soudre le problĂšme posĂ© au § 2. Nous voyons, en effet, les jeunes sujets partir simplement de la montĂ©e sur M en oubliant le point de dĂ©part, de mĂȘme que dans les recherches sur la balance, ils sâoccupent dâun des cĂŽtĂ©s seulement du plateau en oubliant lâautre, dâoĂč une sĂ©rie de tĂątonnements non prĂ©vus quand il sâagit de relier le point dâarrivĂ©e Ă celui dâorigine. Au niveau IB, il y a rĂ©ussite finale plus ou moins bonne mais aprĂšs une dĂ©marche analogue, tandis que, Ă partir du niveau IIA, la relation des deux est prĂ©vue dĂšs le dĂ©but, dâoĂč une premiĂšre Ă©bauche de la comprĂ©hension relationnelle de la notion de pente en tant que rapport entre la hauteur et la longueur. DâoĂč viennent alors cette anticipation et cette comprĂ©hension ? La seule diffĂ©rence, au premier abord, avec les rĂ©actions prĂ©cĂ©dentes, est que ces derniĂšres consistent Ă exĂ©cuter une action, puis Ă en constater lâĂ©chec ou la demi-rĂ©ussite, Ă la corriger et Ă Ă©tablir de nouvelles relations en fonction de ces corrections, tandis que le sujet du stade II peut passer par les mĂȘmes phases, mais en reprĂ©sentations avant dâaboutir aux actes, donc en procĂ©dant par corrections en pensĂ©e et non plus par compensations aprĂšs coup ; aprĂšs quoi, ces tĂątonnements intĂ©riorisĂ©s deviendront eux-mĂȘmes inutiles et la solution sera anticipĂ©e dĂšs la comprĂ©hension du problĂšme. Seulement, si ces intĂ©riorisations semblent aller de soi, il reste Ă en Ă©tablir les conditions. Or, que lâintĂ©riorisation des actions en reprĂ©sentations suppose la prise de conscience des premiĂšres, cela est encore Ă©vident, puisque cette prise de conscience est une conceptualisation. Par contre, pour passer de lâintĂ©riorisation des actions Ă lâanticipation, une condition de plus est nĂ©cessaire : câest que la conscience ne sâattache pas uniquement Ă chacune des actions particuliĂšres, mais aussi Ă leurs sĂ©quences, en tant que les tĂątonnements les plus alĂ©atoires en apparence sont dĂ©jĂ quelque peu dirigĂ©s, et non pas seulement de lâextĂ©rieur par la loi de lâeffet, mais par les relations qui sâĂ©tablissent entre les significations successivement Ă©laborĂ©es. Câest donc cette prise de conscience progressive de lâensemble de la conduite (domaine 4) Ă laquelle nous assistons au cours des stades dĂ©crits, et si cette variĂ©tĂ© est diffĂ©rente de celles qui caractĂ©risent les domaines 2 et 3, elle nâen est pas moins essentielle sur le terrain des actions de construction.