Chapitre IX.
Le halage d’un paquet 1 a

Le but de cet ouvrage Ă©tant d’étudier les actes d’intelligence pratique et leur prise de conscience, non pas en des Ă©preuves raffinĂ©es comme celles dont se sont servis les auteurs Ă  propos des conduites instrumentales, mais sous leurs formes les plus quotidiennes et les plus connues de l’enfant, il Ă©tait indiquĂ© de songer au prĂ©sent problĂšme : tirer un paquet avec une ficelle le long d’une longue planche (un rayon de bibliothĂšque) et sans qu’il tombe, l’enfant suivant le rayon selon sa longueur et se livrant donc Ă  une conduite analogue au halage d’un bateau. Cette action n’ayant rien de bien compliquĂ©, ce ne sont pas tant ses rĂ©ussites qui nous intĂ©resseront (on en trouve de prĂ©coces et, Ă  partir de 7-8 ans, on ne rencontre plus de nouveautĂ©s notables) que les Ă©tapes de la prise de conscience ou conceptualisation, qui varie jusque vers 11 ans, leurs formes initiales Ă©tant nettement inadĂ©quates, ce qui pose le problĂšme de leur mĂ©canisme.

La technique consiste d’abord Ă  faire transporter le paquet d’un bout Ă  l’autre d’une table allongĂ©e, Ă  la main puis sans le toucher et en se servant des ficelles et bĂątons mis Ă  la disposition du sujet. AprĂšs quoi, on pose le paquet sur une planche (rayon de bibliothĂšque) relativement Ă©levĂ©e (par exemple posĂ©e sur les dossiers de deux chaises) et l’enfant doit trouver un moyen pour qu’il ne tombe pas. Ensuite, on dessine par terre une sorte de « lac » ou de riviĂšre large et il s’agit d’amener le paquet d’un bout Ă  l’autre sans qu’il touche le bord ni que le sujet ne le franchisse (ne mette les « pieds dans l’eau »). Au fur et Ă  mesure des essais, on demande au sujet de dĂ©crire ce qu’il a fait, comment et pourquoi il l’a fait, verbalement et en s’aidant de dessins. En cas de besoin, c’est l’expĂ©rimentateur qui agit et l’enfant lui donne ses conseils en corrigeant les erreurs que l’on introduit systĂ©matiquement.

Quant au problĂšme que nous allons nous poser, il consiste Ă  chercher comment le sujet prend conscience ou connaissance des trois trajectoires ou directions en jeu et comment il les diffĂ©rencie au cours de ses actions : 1) sa propre trajectoire (ou celle de sa main), consistant, par exemple, Ă  suivre la planche le plus prĂšs possible du bord et parallĂšlement Ă  lui ; 2) la direction de la ficelle, qui au dĂ©part est une oblique (â§”) reliant le paquet Ă  la main du sujet, mais dont l’inclinaison se modifie (∖) au fur et Ă  mesure qu’il avance (ce que notent correctement les sujets du stade III) ; 3) le trajet du paquet, qui suit la direction initiale de la ficelle si le sujet ne prend pas de prĂ©cautions (chute immĂ©diate), mais qui dĂ©crit une courbe se rapprochant progressivement du bord, si la chute est diffĂ©rĂ©e, ou qui aboutit Ă  une droite parallĂšle au bord si le sujet parvient par un moyen quelconque (bĂąton ou traction Ă  l’extrĂ©mitĂ©) Ă  Ă©viter cette chute finale.

1. Le stade I

Voici des exemples :

Nat (4 ans) tire le paquet Ă  la ficelle sur la table, mais le maintient sur le rebord avec la main. Sur la planche : « Il va tomber aprĂšs », et elle renonce. Puis elle repousse le carton Ă  la main. MĂȘme conduite avec la riviĂšre. Les dessins de la situation I, etc., montrent le paquet avançant tout droit et la ficelle s’engage de cĂŽtĂ© selon un trajet Ă  la fois oblique et rectiligne. Lorsque l’on demande comment est la ficelle lorsque le paquet va tomber, elle est reprĂ©sentĂ©e perpendiculaire au rayon.

Car (5 ans) pousse d’abord en ligne droite avec le bĂąton. Avec la ficelle, le paquet se rapproche du bord et va tomber : « Pourquoi »? — 
 — Tu as une idĂ©e ? — Parce que le carton (le paquet) est plus court que la ficelle (elle veut sans doute dire que la ficelle est trop courte pour le carton !). — Elle devrait ĂȘtre comment ? — Plus grande. — Je vais essayer, tu me diras quoi faire. (Essai.) — La ficelle doit ĂȘtre plus longue (on le fait). Il faut tirer droit. — (Le paquet se rapproche du bord.) — Tirez droit ! — (Le paquet est au bord.) — Tu peux me dire comment faire pour que ça aille droit ? — Non. » Le dessin marque une trajectoire droite et la position de la main est indiquĂ©e dans le prolongement de ce trajet.

La seule diffĂ©rence entre ces rĂ©actions et celles du groupe qui correspond Ă  ce qu’est habituellement un niveau IB, est que les sujets suivants marquent sur leur dessin la trajectoire oblique (encore conçue comme rectiligne) du paquet lui-mĂȘme s’engageant dans la direction du bord, mais seulement en cas de chute immĂ©diate :

Mat (5 ; 11) : « On ne peut pas faire
 Il faut mettre le paquet contre le mur (il y est dĂ©jĂ ). » Elle rĂ©ussit aprĂšs Ă©checs. Les dessins reprĂ©sentent, en situation I, deux trajectoires droites pour le paquet et pour le sujet (parallĂšlement au bord), puis en II une trajectoire oblique du paquet dĂ©passant quelque peu le bord par deux de ses coins. Le dessin de la riviĂšre (oĂč tout est visible) marque une dĂ©viation rectiligne vers le bord.

Fol (6 ; 1) corrige ses mouvements en trois Ă©tapes : ficelle trĂšs Ă©cartĂ©e du bord (Ă©chec), ficelle plus longue et un peu plus prĂšs du bord et enfin encore allongĂ©e et rapprochĂ©e. L’expĂ©rimentateur imite, mais Fol ne peut expliquer pourquoi le paquet tombe. Le dessin marque cependant deux positions du paquet dont une un peu plus proche du bord, un trajet de la main parallĂšle au bord (« elle avance droite ») et des directions trĂšs obliques de la ficelle (mais sans tenir compte des corrections que l’action a effectuĂ©es).

Isa (6 ans) donne une trajectoire droite pour le paquet lorsqu’il ne tombe pas et un trajet oblique lorsqu’il va tomber : en ce cas le paquet, encore sur la planche sauf un trĂšs petit dĂ©passement, est dessinĂ© penchĂ©, ce qui suppose une rotation dont le chemin ne porte pas la trace. Pour le dessin de la riviĂšre, il y a trajet oblique vers le bord.

Gen (6 ans) conseille trĂšs justement : « Tu tires tout prĂšs du rayon (de la planche) », de telle sorte que son dessin figure deux trajectoires parallĂšles pour le paquet et pour la main qui tire et une obliquitĂ© Ă  peine sensible pour la ficelle. Par contre, en cas de chute, la trajectoire du paquet (et de la ficelle) est oblique, mais sur un second dessin elle est d’abord droite, puis brusquement perpendiculaire Ă  la droite initiale, comme si elle la quittait d’un seul coup.

Le propre des conceptualisations de ces sujets est d’admettre simplement que si l’on tire bien le paquet, c’est-Ă -dire « tout droit », il suivra la planche en sa mĂ©diane, tandis que si l’on n’y parvient pas, le paquet tombera. Mais, en fait, l’action du sujet est plus subtile et il la corrige parfois en se rapprochant graduellement du bord (Fol), ou en allongeant la partie de la ficelle qui relie la main au paquet (Car et Fol). Seulement, Ă  part la verbalisation de Car quant Ă  la longueur de la ficelle, ces actions ne donnent lieu qu’à une prise de conscience trĂšs simplifiĂ©e et partiellement inadĂ©quate. Pour ce qui est du trajet du paquet s’il ne tombe pas, il demeure sur la mĂ©diane de la planche et les sujets ne paraissent pas soupçonner que, mĂȘme sans chute immĂ©diate, il suit un chemin qui le rapproche du bord : pourtant les dessins se rapportant Ă  la « riviĂšre » marquent bien cette trajectoire vers le bord, puisque tout est alors visible (Mat, etc.), et sur la planche, l’enfant voit bien que le paquet en vient toujours Ă  frĂŽler le bord (cf. Fol) ; or mĂȘme les sujets du niveau IB qui dessinent des trajets obliques pour le paquet ne le font que dans le cas oĂč il va tomber, tandis que tous les chemins reprĂ©sentant la rĂ©ussite en restent Ă  un trajet « droit » (sur la mĂ©diane). Quant aux trajets du paquet qui va tomber, et de la ficelle en ce cas, ou bien ils sont obliques (non dessinĂ©s au niveau IA mais explicitĂ©s en IB), ou bien ils marquent une dĂ©viation brusque, avec trajet perpendiculaire Ă  la « droite » (Nat et encore Gen en son deuxiĂšme dessin). Par contre, les dessins de la trajectoire de la main du sujet et de la ficelle sont intĂ©ressants Ă  comparer Ă  ceux du niveau IIA, qui marqueront une sorte de recul apparent par rapport aux conceptualisations de ce stade I. Ou bien, en effet, la main et la ficelle sont reprĂ©sentĂ©es dans le prolongement du chemin du paquet, qui va « tout droit », ou bien la main suit simplement le bord de la planche, avec ficelle oblique, ce qui est correct sauf que Fol, par exemple, nĂ©glige ainsi, faute de prise de conscience suffisante, les diffĂ©renciations plus fines dont son action a tĂ©moignĂ©. Mais, rĂ©pĂ©tons-le, ces reprĂ©sentations sont en gros correctes, tandis qu’elles se perturberont au niveau IIA. La raison en est simple : le sujet ne sachant pas pourquoi le paquet tombe (Car, Fol, etc.) et ne se reprĂ©sentant aucune trajectoire le rapprochant du bord de la planche lorsqu’il ne chute pas immĂ©diatement, il n’y a donc aucune contradiction pour lui entre une trajectoire rectiligne de la main, soit sur la planche soit parallĂšlement Ă  son bord, et un trajet oblique (ou perpendiculaire) du paquet qui va tomber : il y a eu Ă©chec de l’action, et c’est fini par lĂ . Au contraire, les sujets du niveau IIA qui cherchent Ă  comprendre et se posent en particulier les questions de direction, ne s’en tirent pas Ă  si bon compte, d’oĂč les complications qu’on va voir.

2. Le niveau IIA

Les sujets prĂ©cĂ©dents ne connaissent donc que deux trajectoires dans le cas du paquet sur le rayon Ă©levé : droite s’il y a rĂ©ussite et trĂšs oblique lorsqu’il tombe, et ce n’est que dans le cas de la « riviĂšre », oĂč tout est visible, qu’ils constatent et dessinent des trajets obliques ne sortant pas des frontiĂšres et rapprochant simplement le mobile du bord, ce qui ne leur pose pas de problĂšme. Au niveau de 7-8 ans, par contre, oĂč toutes les recherches antĂ©rieures ont montrĂ© que se prĂ©cisent les questions de direction, le sujet se trouve en prĂ©sence de la difficultĂ© suivante : il sait bien qu’en le tirant « droit », le paquet resterait dans la ligne mĂ©diane du rayon et qu’en le tirant de cĂŽtĂ© on le fait tomber, mais il s’aperçoit en outre du fait que, en tenant obliquement la ficelle, mais suffisamment prĂšs du bord, il imprime au paquet une trajectoire, qui n’est pas droite et ne provoque cependant pas de chute immĂ©diate, et dont la direction n’est ni celle de la ficelle, ni celle de la main elle-mĂȘme lorsque le sujet suit le bord de la planche. Or, si le sujet dĂ©couvre cette troisiĂšme trajectoire (constatable dans le cas de la riviĂšre mais d’emblĂ©e infĂ©rĂ©e dans celui du rayon), il ne se l’explique pas faute de schĂšmes suffisants de composition vectorielle des forces et l’intĂ©rĂȘt est alors qu’il s’essaye d’introduire quelque cohĂ©rence en modifiant les observables eux-mĂȘmes, soit sur l’objet (ficelle), soit sur l’action elle-mĂȘme (trajet de la main) :

Sti (7 ; 7) constate que sur la planche le paquet « ne va pas tout droit », et en conclut que les mains elles-mĂȘmes vont « de travers », mais ses dessins ne comportent que deux figurations : un trajet droit du paquet avec main dans son prolongement (ce qu’elle a essayĂ© de faire mais sans succĂšs et en repoussant de l’autre main le paquet lors de ses dĂ©viations), ou le trajet oblique avec chute.

Buc (7 ; 9) : « Avant il allait un peu comme ça (direction oblique de la ficelle), alors j’ai tirĂ© comme ça (droit). » Puis il trouve le procĂ©dĂ© de tirer, tantĂŽt d’un cĂŽtĂ©, tantĂŽt de l’autre de la planche, de telle sorte que le carton avance en zigzags. Enfin, il rĂ©ussit, mais le dessin schĂ©matise les trajets comme si celui du paquet demeurait droit et comme si la main d’abord Ă©loignĂ©e de la planche s’en rapprochait peu Ă  peu.

Bun (7 ; 6) pense que quand le paquet s’est orientĂ© obliquement vers la chute c’est qu’« il Ă©tait plus lourd d’un cĂŽtĂ© que de l’autre », donc tirĂ© de façon non centrĂ©e sur son milieu. Il rĂ©ussit : « Je tire trĂšs lentement et aprĂšs (Ă  la fin) je mets la ficelle par-dessus la chaise (qui supporte la planche). » Il montre en dĂ©tail ce qu’il a fait en se servant d’une boĂźte d’allumettes, mais le dessin ne correspond pas Ă  ses gestes et reprĂ©sente la trajectoire du paquet en deux segments, l’un oblique et le suivant droit.

Ari (7 ; 6) remplace, dans son dessin, la trajectoire oblique du paquet (tout en disant qu’il est venu au bord) par deux segments, l’un droit (ficelle) situĂ© sur la mĂ©diane de la planche et le second Ă©galement droit (main) mais longeant le bord. AprĂšs quoi, un second dessin montre le paquet ayant tournĂ© de 90° dĂšs le dĂ©part (mais dans le faux sens) et longeant alors le bord, la ficelle et la main restant parallĂšles Ă  celui-ci.

Cla (8 ; 9), par contre (en reproduisant ce qu’il a fait au moyen d’une poupĂ©e dont il prĂ©cise les mouvements et les positions du bras), attribue tous les trajets du paquet Ă  des erreurs de dĂ©placements du sujet en son action : lorsque celui-ci tire la ficelle de travers, le paquet avance nĂ©anmoins droit jusqu’au moment oĂč la poupĂ©e qui s’éloigne progressivement du bord tient la ficelle perpendiculairement au paquet qui tombe. Si le paquet ne tombe pas, c’est au contraire qu’il est tirĂ© par-devant comme si le sujet Ă©tait Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la planche.

Vic (8 ; 6), aprĂšs avoir pensĂ© que pour corriger la trajectoire oblique du paquet il faudrait placer une seconde ficelle de l’autre cĂŽtĂ© de la planche, trouve le procĂ©dĂ© qui consiste Ă  fixer une ficelle au milieu du paquet et l’autre de cĂŽtĂ© (du cĂŽtĂ© du bord de la planche) : « Je voulais tirer une (milieu) puis, quand le paquet venait au bord, tirer avec l’autre. — Tu tirais comment ? — Le plus possible du cĂŽtĂ© de la planche. » Le dessin de la chute (qui contient pour la premiĂšre fois un long trajet oblique du paquet sur la planche, ce qui annonce le niveau IIB) reprĂ©sente nĂ©anmoins un trajet de la main s’éloignant progressivement de la planche et prolongeant la ficelle trĂšs Ă©cartĂ©e : « Ta main faisait le mĂȘme chemin que la ficelle ? — Oui. » Le dessin reprĂ©sentant le mouvement sans chute revient par contre Ă  un trajet droit du paquet, la main s’écartant cependant quelque peu du bord (mais moins que sur l’autre dessin). « Et ça ne tombe pas ? — Parce que j’avais ici deux ficelles. »

Tam (8 ; 6) dessine d’abord le trajet du paquet en ligne droite quand il ne tombe pas, puis obliquement s’il y a chute et arrive Ă  une synthĂšse en deux segments, l’un oblique jusqu’au bord et l’autre droit, suivant le bord de prĂšs et parallĂšlement. H reprĂ©sente de mĂȘme par gestes une boĂźte d’allumettes faisant ces trajets et explique l’obliquitĂ© initiale par le fait que le paquet tourne un peu sur lui-mĂȘme au dĂ©but. « Et la ficelle reste la mĂȘme chose Ă  la fin qu’au dĂ©but ? — Oui, peut-ĂȘtre un peu plus longue. » Mais ce trajet de la main est calquĂ© sur celui du paquet : elle s’éloigne de la planche en cas de chute et la suit de prĂšs en cas de rĂ©ussite.

Lar (9 ; 6) pense encore que la main « tire aussi de travers comme le paquet vient vers le bord ». Le dessin marque trois obliques parallĂšles pour le paquet, la ficelle et la main. « Le chemin que fait ta main est diffĂ©rent de celui du paquet ou id. ? — Je crois qu’elle fait le mĂȘme chemin. Non, pas exactement, si j’avais crochĂ© ma ficelle lĂ  (au coin du paquet) ça marcherait (= cela serait le cas). »

Le premier point Ă  relever est que, si chacun de ces sujets a bien notĂ© la trajectoire du paquet se rapprochant du bord, mĂȘme sans tomber (cf. Sti « le paquet ne va pas tout droit », Buc « il allait un peu comme ça », Bun il dĂ©vie parce que « plus lourd d’un cĂŽté », Lar « le paquet vient vers le bord », etc.), aucun ne reprĂ©sente sur son dessin ce trajet oblique, sinon parfois Ă  titre de segment initial (Bun et Tarn, ou Vic, entiĂšrement mais pour figurer la chute), comme s’il tendait Ă  Ă©carter ce fait gĂȘnant. NĂ©anmoins il en a bien pris conscience, tandis que, sur le terrain des mouvements de la main, c’est l’observable lui-mĂȘme qui est modifiĂ© en fonction du systĂšme d’interdĂ©pendance de l’ensemble de ses notions : le sujet a beau avoir suivi d’aussi prĂšs que possible le bord de la planche, il s’imagine, lorsqu’il s’agit de reconstituer son action, avoir tirĂ© « de travers » (Sti et Lar) ou, ce qui revient au mĂȘme, s’ĂȘtre distancĂ© de ce parallĂ©lisme avec la planche. Par exemple, Vic tout en disant qu’il tirait « le plus possible du cĂŽtĂ© de la planche » pense (au moment du dessin) qu’il s’en est Ă©cartĂ© progressivement en prolongeant la direction de la ficelle. Cla va jusqu’à des reprĂ©sentations farfelues, oĂč la poupĂ©e servant Ă  symboliser ce qu’il a fait lui-mĂȘme finit par tirer le paquet perpendiculairement au bord de la planche, tandis que quand le paquet ne tombe pas, la trajectoire demeure liĂ©e Ă  la mĂ©diane du support. En un mot, ou bien le trajet du sujet n’est que peu dĂ©formĂ©, par simple Ă©loignement progressif du bord de la planche, et la trajectoire du paquet devient conforme Ă  la direction de la ficelle, ou bien la main s’est dirigĂ©e de travers puisque le paquet est allĂ© de travers.

Au total, le propre des sujets de ce niveau est de devenir sensibles au problĂšme des directions, ce qui constitue un progrĂšs et les libĂšre de la tranquille innocence dont tĂ©moigne l’enfant du stade I, mais elles ne sont pas encore coordonnĂ©es en un systĂšme d’ensemble : il en rĂ©sulte alors que ce sont les observables eux-mĂȘmes qui sont modifiĂ©s. Ils le sont sans doute moins au moment de la constatation elle-mĂȘme, car l’action en cours d’exĂ©cution est d’abord centrĂ©e sur son aboutissement avant que son rĂ©glage s’occupe de son « comment », mais ils le sont au niveau de la reconstitution, et cela par gestes imitatifs, et non pas seulement par le langage et le dessin. En un mot, les lacunes de cette conceptualisation conduisent alors le sujet Ă  subordonner le trajet du paquet Ă  la position de la ficelle, tandis qu’au niveau IIB, la comprĂ©hension de la trajectoire oblique du paquet le conduit Ă  assujettir la description de sa propre trajectoire Ă  ces positions du paquet. Il est vrai que c’est en gĂ©nĂ©ral dans la situation d’échec, c’est-Ă -dire lorsque le paquet tombe, que l’on interroge l’enfant sur les trajectoires. Mais il n’en subsiste pas moins cette diffĂ©rence entre les niveaux IIA et IIB que, Ă  ce dernier, le sujet reconstitue correctement le trajet oblique du paquet lorsque la chute est diffĂ©rĂ©e ou Ă©vitĂ©e, tandis qu’au niveau IIA il n’existe pas encore cette diffĂ©renciation entre les trajectoires du paquet et les positions de la ficelle.

3. Le niveau IIB

Voici quelques exemples :

Dou (9 ; 9) dĂ©bute par la reprĂ©sentation d’un trajet droit du paquet, si l’on met au milieu de la planche un « serre-joint pour le fixer », ou si l’on tire « avec le bras tendu », et il dessine ce trajet droit ainsi qu’un trajet oblique si le paquet tombe, avec en ce cas directions communes du paquet, du fil et de la main. Mais aprĂšs rĂ©ussite, il remarque que la ficelle « vient de moins en moins oblique », et il dessine pour le paquet un long trajet inclinĂ© mais droit, conduisant de sa position initiale jusqu’au bord, mais trĂšs prĂšs de l’extrĂ©mitĂ© terminale. La main longe le bord de façon entiĂšrement parallĂšle.

Cas (9 ; 10) tire bien parallÚlement et trÚs prÚs du bord, puis prend la ficelle la plus courte possible. Le trajet du paquet est dessiné légÚrement courbe et rejoint le bord, tandis que la ficelle marque une droite oblique.

Sab (9 ; 6) dessine d’abord un trajet droit sans dĂ©viation, pour le paquet, un trajet parallĂšle au bord pour la main et un trajet oblique pour la ficelle, puis elle les diffĂ©rencie et aboutit Ă  une oblique rejoignant le bord (avec une lĂ©gĂšre courbure) pour le paquet et Ă  un chemin rectiligne de la main.

Cal (10 ; 6) : « La ficelle vient (= est orientĂ©e) de ce cĂŽtĂ© (bord), ça fait tourner le paquet et il se rapproche ; ensuite il va droit derriĂšre moi. — Qu’est-ce qui est le plus difficile Ă  comprendre ? — Surtout le trajet de la main. » Le dessin montre effectivement le paquet qui tourne et rejoint’le bord (par une oblique sans courbure), pour le suivre ensuite, tandis que le trajet de la main est d’abord oblique (mais moins que la ficelle), puis redressĂ© vers le bord, mais Cal se corrige et lui donne une forme rectiligne longeant le bord.

Cha (10 ; 6) aboutit de mĂȘme Ă  un trajet lĂ©gĂšrement oblique du paquet rejoignant le bord, Ă  des positions obliques (et parallĂšles entre elles) de la ficelle et Ă  un trajet rectiligne de la main, le premier de ces chemins constituant ainsi le grand cĂŽtĂ© d’un triangle dont les deux autres cĂŽtĂ©s correspondent Ă  la position de la ficelle au dĂ©part et au trajet de la main.

L’avance notable accomplie par ces sujets est de rĂ©soudre dans les grandes lignes le problĂšme des directions, ce qui se marque par les deux progrĂšs solidaires suivants : d’une part, la trajectoire oblique du paquet, se rapprochant du bord mĂȘme lorsqu’il n’est pas destinĂ© Ă  chuter immĂ©diatement, est indiquĂ©e trĂšs explicitement dans le dessin et non plus Ă©liminĂ©e comme au niveau prĂ©cĂ©dent ; d’autre part, le dessin fournit trois trajectoires de directions bien distinctes, l’une donc pour le paquet, l’autre pour la main qui (sauf les hĂ©sitations initiales de Dou et de Cal) longe parallĂšlement le bord de la planche, et la troisiĂšme pour la ficelle. Celle-ci est indiquĂ©e avec position initiale trĂšs oblique, et elle conserve souvent la mĂȘme direction jusqu’à la fin (Cha) ; Dou aboutit par contre Ă  cette remarque pertinente que la ficelle devient « de moins en moins oblique », mais ce qu’il comprend comme la consĂ©quence de la trajectoire inclinĂ©e du paquet et non pas comme sa raison.

Ce qui manque encore Ă  ce niveau est la comprĂ©hension du fait que le paquet se rapproche du bord de façon non linĂ©aire, puisque l’écart diminue fortement au dĂ©but et de plus en plus faiblement Ă  la fin : la trajectoire comporte donc une courbure, ce qui sera compris au stade III mais ne saurait l’ĂȘtre Ă  ce niveau. Par contre, en donnant au chemin du paquet une forme inclinĂ©e et rectiligne, ces sujets en font sans le chercher le grand cĂŽtĂ© d’un triangle dont les deux autres cĂŽtĂ©s ont les directions de la ficelle (en position initiale) et de la main du sujet : cela revient donc en fait Ă  la diagonale du parallĂ©logramme des forces, ou plus simplement Ă  l’addition vectorielle des deux variables exprimant la cause (main du sujet et ficelle) en une rĂ©sultante correspondant Ă  l’effet (trajet du paquet). Il y a donc bien lĂ  une intuition directionnelle correspondant Ă  la comprĂ©hension, qui dĂ©bute en gĂ©nĂ©ral Ă  ce niveau.

4. Le stade III et conclusions

Les deux progrĂšs marquĂ©s par le stade III reviennent Ă  comprendre la courbure propre au trajet du paquet et sa liaison avec l’inclinaison dĂ©croissante de la ficelle :

Dem (11 ; 6) dessine le paquet en trois positions successives en les reliant par deux traits (prolongeant ses longs cĂŽtĂ©s) nettement courbes : « Le trajet du paquet est en ligne droite ? — Non, parce qu’il a dĂ» tourner lĂ . — Et la ficelle ? — Elle est toujours droite elle-mĂȘme (= en chacune de ses positions), mais le carton suivait le mĂȘme trajet que la ficelle
 Je tire, ça entraĂźne le carton vers moi et la ficelle devient de plus en plus tendue (= moins oblique). » « Mais pourquoi la trajectoire de la main est parallĂšle au bord et pas celle du paquet ? — Parce que la ficelle devient de plus en plus tendue et le carton suit la ficelle. »

Fit (11 ; 6) dessine d’abord la ficelle avec la mĂȘme obliquitĂ© au commencement et vers la fin, puis elle corrige la seconde position en attĂ©nuant fortement l’inclinaison et en dĂ©clarant qu’« elle est courbe comme ça », par confusion avec le trajet du paquet non dessinĂ© jusque-lĂ .

Gra (12 ans) dessine la position initiale de la ficelle plus « oblique » que la finale, ce qui est donc juste et pense que le paquet n’a pas avancĂ© droit « parce qu’il a dĂ©viĂ©. — Mais pourquoi ? — Parce que la ficelle n’est pas un bĂąton », sa flexibilitĂ© semblant donc Ă  Gra ĂȘtre cause de ses changements d’inclinaison.

Telles sont les meilleures rĂ©ponses de ce niveau, et celles de Dem sont excellentes, compte tenu du fait que la technique de cette recherche s’est imposĂ©e de ne pas insister sur les questions causales, de maniĂšre Ă  mettre tout l’accent sur la lecture des observables : prise de conscience de l’action propre et constatations enregistrĂ©es sur les objets.

Or, d’un tel point de vue, les rĂ©sultats obtenus sont assez frappants. D’une part, comme dans le chapitre sur le jeu des « puces », les actions des sujets sont Ă  peu prĂšs les mĂȘmes Ă  tous les niveaux observĂ©s, les progrĂšs aprĂšs 7 ans n’ayant guĂšre consistĂ© qu’à essayer de tirer des deux cĂŽtĂ©s de la planche ou au moyen de deux ficelles fixĂ©es Ă  des endroits diffĂ©rents du paquet, ce qui n’a rien changĂ© quant aux problĂšmes posĂ©s. D’autre part, on s’est donc abstenu de toute interrogation sur la gĂ©omĂ©trie, la cinĂ©matique ou la dynamique des Ă©vĂ©nements observĂ©s, les questions posĂ©es restant de pure description (sauf les deux ou trois « pourquoi » discrets servant de contrĂŽles au stade III). Or, malgrĂ© ces deux Umitations trĂšs sĂ©rieuses du champ des rĂ©ponses possibles, il s’est trouvĂ©, en premier lieu, que l’enregistrement des observables a variĂ© d’une façon assez considĂ©rable au cours des cinq sous-stades ou stades que nous avons distinguĂ©s, et il est inutile d’y revenir ici ; de plus, en second lieu, ces variations n’ont en fait rien de fortuit, et prĂ©sentent des rĂ©gularitĂ©s qu’il s’agit maintenant de dĂ©gager.

La premiĂšre est d’ailleurs trĂšs simple, mais encore restait-il Ă  la confirmer : c’est que l’enregistrement des observables, autrement dit la constatation conceptualisĂ©e des faits (par opposition Ă  celles des perceptions proprio- ou extĂ©roceptives qui ne se sont pas traduites en reprĂ©sentations), dĂ©pend du niveau des coordinations infĂ©rentielles du sujet, autrement dit de sa comprĂ©hension. Lorsque nous avons Ă©tudiĂ© avec B. Inhelder, les images mentales en leur dĂ©veloppement, puis les relations de la mĂ©moire avec l’intelligence, nous avons d’abord pu Ă©tablir que la reprĂ©sentation imagĂ©e, quoique (ou parce que) dĂ©rivant d’une imitation intĂ©riorisĂ©e, ne parvient nullement Ă  reproduire en tous les cas ce qui a Ă©tĂ© perçu, mais dĂ©pend d’une reconstruction prĂ©opĂ©ratoire ou opĂ©ratoire du donnĂ©. Quant aux souvenirs ils ne retiennent que ce qui a Ă©tĂ© compris, et, aprĂšs six mois, progressent, rĂ©gressent ou demeurent stables selon le niveau atteint ou conservĂ© par le sujet dans l’intervalle ou les schĂ©matisations auxquelles il donne lieu. En ce qui concerne, maintenant, l’enregistrement immĂ©diat des observables eux-mĂȘmes, nous retrouvons, bien sĂ»r, des faits analogues de reprĂ©sentation imagĂ©e et de mĂ©moire Ă  court terme, mais nous constatons surtout la remarquable convergence entre les coordinations infĂ©rentielles commandant Ă  chaque niveau la lecture de ces observables et ce que nous ont appris nos recherches antĂ©rieures sur la causalitĂ©.

Au niveau IA nous savons, en effet, que le sujet ne tĂ©moigne d’aucune comprĂ©hension quant aux problĂšmes de direction et croit en particulier que, quel que soit le point d’impact, un mobile se dĂ©placera dans le prolongement du mouvement de l’objet qui l’a poussĂ©. Rien donc d’étonnant Ă  ce que nos sujets de 4-5 ans se bornent aux notions de « tirer droit » ou de chuter en cas d’échec (et notamment si la traction a Ă©tĂ© perpendiculaire Ă  la premiĂšre). Au niveau IB, certaines expĂ©riences ont montrĂ© la diffĂ©renciation entre les poussĂ©es (ou tirage) qui font avancer (translation) et celles qui font « tourner » : ce n’est donc sans doute pas par hasard que nos prĂ©sents sujets de 5-6 ans marquent la trajectoire oblique du paquet en cas de chute. Au niveau IIA dĂ©butent les considĂ©rations directionnelles moins simples et les efforts pour coordonner rotations et translations, mais sans succĂšs suffisants pour dominer l’explication des processus en jeu ici : d’oĂč la situation de conflit que nous avons dĂ©crite, tandis qu’au niveau IIB les progrĂšs dans la composition des facteurs permettent l’amĂ©lioration des descriptions obtenues. Enfin le stade III se prĂ©sente avec ses caractĂšres ordinaires, notamment de comprĂ©hension des actions et rĂ©actions.

En un mot, les rĂ©sultats obtenus en cette recherche sont presque les mĂȘmes que, si au lieu de dĂ©crire ce qu’ils voyaient, les sujets avaient Ă©tĂ© priĂ©s de prĂ©voir et d’expliquer. Certes, en l’un des points importants qui est le trajet dĂ©viĂ© du paquet sur la planche, le sujet ne voit pas tout : d’oĂč une lĂ©gĂšre avance au niveau IB en ce qui concerne le cas de la riviĂšre, oĂč ce chemin est bien visible. Mais s’il s’était livrĂ© Ă  une lecture suffisante des observables, il aurait au moins pu constater que le paquet s’est peu Ă  peu rapprochĂ© du bord (et cela suffit, sans grand effort de dĂ©duction, pour conclure qu’il a dĂ» s’y dĂ©placer !) : or cette donnĂ©e elle-mĂȘme (en tant que pur changement de position) n’est aperçue qu’au niveau IIA, et acceptĂ©e qu’au niveau IIB, ce qui montre Ă  nouveau que, Ă  l’instar de certains thĂ©oriciens, l’enfant ne constate que ce qu’il croit savoir. Un proverbe africain, rapportĂ© par l’un de nos Ă©tudiants noirs, dit en substance : « L’étranger nous regarde les yeux grands ouverts, mais il ne voit que ce qu’il savait de nous (ou pensait en connaĂźtre). » Heureusement que chez nos sujets les coordinations infĂ©rentielles se dĂ©veloppent de stade en stade et que la constatation conceptualisĂ©e des observables s’affine corrĂ©lativement.

Mais si la prise de conscience de l’action propre et la prise de connaissance de ses rĂ©sultats observables sur l’objet correspondent ainsi aux niveaux de la comprĂ©hension, cela ne rĂ©sout pas nos problĂšmes qui sont au contraire d’établir comment le sujet en arrive par ses actions Ă  ces prises de conscience ou de connaissance et d’expliquer les progrĂšs de la comprĂ©hension par ces caractĂšres de l’action ou de sa conceptualisation et non pas l’inverse. D’oĂč le second groupe de rĂ©gularitĂ©s qu’il paraĂźt possible de dĂ©gager de nos faits, et que nous noterons a Ă  d.

a) En premier lieu, il semble que l’on puisse distinguer un type Ă©lĂ©mentaire de rĂ©gulations, concernant les actions particuliĂšres indĂ©pendamment de leur coordination et ne conduisant Ă  une prise de conscience (valable ou erronĂ©e) que relativement aux rĂ©sultats de l’acte. Ce premier type pourrait ĂȘtre nommĂ© « sensori-moteur » ou « automatique », en ce sens que les feedbacks sont dĂ©terminĂ©s du dehors, en fonction des semi-rĂ©ussites ou des Ă©checs partiels au cours des tĂątonnements, par une sĂ©lection progressive, des mouvements rapprochant l’action de son but, mais sans qu’il intervienne de choix dĂ©libĂ©rĂ© ou intentionnel de la part du sujet, sinon en ce qui concerne la dĂ©marche initiale l’orientant vers ce but. C’est ainsi que dĂ©butent les actions de nos sujets, avec corrections tendant Ă  « tirer droit » ou Ă©checs attribuĂ©s Ă  des dĂ©viations allant jusqu’à la perpendiculaire (Nat), c’est-Ă -dire avec reconstitution globale en fonction des rĂ©sultats favorables ou nĂ©gatifs, mais sans analyse du dĂ©tail des trajectoires. Chez Fol (IB), les rĂ©gulations sont visibles dans le dĂ©tail mais sans conscience de leurs articulations.

b) Un second type de rĂ©gulations peut ĂȘtre appelĂ© « rĂ©glage actif » des actions particuliĂšres, du fait qu’à une sĂ©lection des mouvements imposĂ©e de l’extĂ©rieur en fonction de leurs rĂ©sultats succĂšde un choix proprement dit effectuĂ© par le sujet : d’oĂč une prise de conscience due Ă  l’intentionnalitĂ© de ce choix et ne consistant plus simplement en une reconstitution Ă  partir des rĂ©sultats de l’action, mais en un dĂ©but d’analyse des moyens employĂ©s. Dans le cas particulier, cette analyse conduit donc Ă  considĂ©rer les facteurs ficelle et positions du sujet : d’oĂč, dĂšs le niveau IA (mais aprĂšs une question sur les causes de la chute), l’essai de Car d’allonger la ficelle (sans encore d’attention prĂȘtĂ©e Ă  sa direction) ou, dĂšs le niveau IB, le conseil de Gen de tirer en restant « tout prĂšs » de la planche.

c) Ce rĂ©glage actif conduit alors Ă  considĂ©rer deux ou plusieurs facteurs Ă  la fois au fur et Ă  mesure des tĂątonnements portant sur l’ajustement des moyens : dans le cas particulier, le sujet du niveau IIA considĂšre donc Ă  la fois les positions de la ficelle et la trajectoire de sa main mais, subordonnant encore le trajet du paquet Ă  la direction de la ficelle, il dĂ©forme la description de sa propre trajectoire en fonction des rĂ©sultats observĂ©s (il croit avoir tirĂ© « de travers » en cas de chute, etc.).

d) Vient enfin la coordination de tous les facteurs lorsque les observables sont correctement constatĂ©s : dans le cas particulier, il y a ainsi diffĂ©renciation et coordination des trois directions puisque, pour mettre en relation celles de la main et de la ficelle sans plus les dĂ©former, il faut attribuer au paquet une trajectoire Ă  la fois distincte et de direction liĂ©e aux deux prĂ©cĂ©dentes : d’oĂč le trajet inclinĂ© dessinĂ© au niveau IIB (avec la ficelle de moins en moins oblique de Dou) et le trajet courbe du stade III. Quant Ă  savoir pourquoi les observables sont mieux enregistrĂ©s en d qu’en c, ce qui permet la construction de coordinations effectives succĂ©dant aux mises en relations dĂ©formantes initiales, il va de soi que le seul fait de chercher au palier c des relations entre facteurs distincts conduit tĂŽt ou tard Ă  les mieux observer, en liaison avec le dĂ©but des coordinations proprement infĂ©rentielles.

Au total, il semble ainsi que les progrĂšs de l’action, en passant des rĂ©gulations sensori-motrices ou automatiques au rĂ©glage actif et de lĂ  aux rĂ©glages pluridimensionnels ou multifactoriels, conduisent de la simple coordination praxĂ©ologique des moyens et des buts Ă  des prises de conscience ou de connaissances et Ă  des coordinations conceptualisĂ©es qui assurent finalement la comprĂ©hension du processus entier.