Modules
Le projet se décline en trois volets : (1) une étude socio-historique du modèle carcéral réductionniste de la Finlande ; (2) des dispositifs participatifs d’analyse du monde carcéral de la Suisse romande - caractérisé par des taux d’incarcération élevés et un phénomène de surpopulation chronique - pour proposer des contre-modèles inspirés par la « décroissance » ; (3) une cartographie mondiale des alternatives à la justice pénale et à la sur-incarcération, avec la mise à disposition, en ligne, d’une base de données et d’une carte interactive.
Module 1
Etude socio-historique du réductionnisme carcéral en Finlande
Ce module se focalise sur le système pénal et carcéral de la Finlande, qui a connu un spectaculaire tournant anti-punitif à partir des années 1960. Au vu de l’ampleur et du succès de cette politique, y compris en ce qui concerne le très bas taux de récidive, la Finlande se présente aujourd'hui comme modèle prometteur qui peut inspirer une réduction du recours à la prison dans le monde.
Ce volet du projet de recherche aura pour but de comprendre les conditions socio-historiques de l'émergence de ce modèle, d'en reconstituer les étapes et les acteurs·trices clés, d'en retracer les influences transnationales, ainsi que d'analyser sa matérialité (ancrage territorial, spécificités architecturales et usages des espaces carcéraux). Inscrite dans une perspective de géographie politique et culturelle ouverte à la transdisciplinarité, l'étude s'appuiera principalement sur des méthodes de type ethnographiques (entretiens, observations et recherche documentaire). Le cas finlandais doit notamment servir d’inspiration et de modèle pour le module 2.
Module 2
Un espace collaboratif en Suisse romande pour « mettre en œuvre la décroissance »
Ce module propose de faire de la Suisse romande un laboratoire du réductionnisme, en commençant par amorcer une discussion multisectorielle sur cette question. Même si la Suisse incarcère plutôt peu en moyenne internationale (à peine plus de 70 personnes détenues pour 100'000 habitant·es contre 140 au niveau mondial selon le World Prison Brief), les chiffres sont trompeurs. Ils sont avant tout le reflet d'un recours modéré à l'incarcération en Suisse alémanique, alors que la Suisse romande est beaucoup plus punitive. Le taux d’incarcération est en effet environ 1.6 plus élevé dans la région francophone de Suisse, en particulier dans les cantons de Genève et de Vaud.
Ce volet du projet de recherche repose sur une approche collaborative entre expert·es, praticien·nes du domaine judiciaire, représentant·es de la société civile et personnes affectées par la détention. Deux dispositifs seront mis en place afin comprendre les causes et les conséquences de la sur-incarcération en Suisse romande, et d'élaborer des propositions de façon collective : un « Laboratoire romand sur la décroissance carcérale », regroupant juges, procureur×es, politiques et associations, ainsi qu'un avec des personnes anciennement détenues et des proches. Deux dispositifs seront mis en place afin comprendre les causes et les conséquences de la sur-incarcération en Suisse romande, et d'élaborer des propositions de façon collective : un « Laboratoire romand sur la décroissance carcérale », regroupant juges, procureur·es, politiques et associations, ainsi qu'un groupe de réflexion avec des personnes anciennement détenues et des proches.
Module 3
Une cartographie mondiale des initiatives de décroissance carcérale et d’alternatives à la justice pénale
Le troisième module a pour objectif de créer une base de données répertoriant, à l'échelle mondiale, des initiatives variées de réductionnisme carcéral et des expériences basées sur des approches non punitives de justice. Cette base de données servira de base à l'élaboration d'une carte interactive hébergée par le site Internet de l'Université de Genève. Elle sera accessible gratuitement, en français et en anglais, aux chercheur·es, expert·es, journalistes, membres d’associations, étudiant·es, ainsi qu'au grand public.