Imaginaires sexuels coloniaux

Histoire d'un asservissement érotique (1830-1960)

Colloque international

Le projet de ce colloque – fruit d’une collaboration entre les Universités de Lausanne et de Genève prend place dans le programme Sexe, race et colonies, constitué de deux ouvrages à venir, d’une exposition et de quatre colloques : Pratiques de la sexualité coloniale et postcoloniale, Université de Columbia - Paris, novembre 2018 ; Sexualité, colonisation, immigration : enjeux et héritages, Musée national de l’histoire de l’immigration - Paris, février 2019 ; Imaginaires sexuels coloniaux. Histoire d’un asservissement érotique (1830-1960), Universités de Genève et Lausanne, avril 2019 ; Héritages postcoloniaux (titre provisoire), University of California Los Angeles, mai 2019.

Le colloque Imaginaires sexuels coloniaux. Histoire d’un asservissement érotique (1830-1960), réunissant quelques-un.es des meilleur.es spécialistes de la question, vise à approfondir l'exploration du champ des représentations et des pratiques sexuelles en contexte colonial, en proposant un décloisonnement disciplinaire autorisant à croiser les approches des études culturelles, de l'histoire, de l'ethnologie, des études genre, de la sociologie et de la géographie. On doit parvenir ainsi à articuler les imaginaires aux pratiques, le présent au passé et à mettre en perspective les différentes études de cas pour élaborer des comparaisons, autoriser des montées en généralité ou l'identification de plans de clivage. Seront travaillées certaines thématiques prometteuses, comme celles de la performativité, l'intersectionnalité et la circulation des imaginaires sexuels coloniaux. Le colloque s’interrogera sur la question de leur transgression et discutera des problèmes éthiques spécifiques à la recherche sur ce type d’objets.

Les imaginaires sexuels coloniaux constituent une matrice fondamentale des enjeux de pouvoir en contexte colonial et s’adosse à une très importante production iconographique et textuelle, que des recherches précédentes ont en partie permis de mettre à jour. Notre projet est, à travers ce colloque, de proposer une première réflexion comparative et globale. Dans ce cadre, il est évident qu’au regard de l’ampleur des sujets abordés nous ne revendiquons pas l’exhaustivité : nous avons choisis de privilégier les études empiriques concrètes, en favorisant la représentation des divers espaces coloniaux dans une chronologie débutant avec le grand mouvement des conquêtes coloniales modernes, dans le second tiers du XIXe siècle et s’achevant au tournant des années 1960, tout en ouvrant, dans la session finale du colloque, sur les conséquences postcoloniales des imaginaires sexuels coloniaux.

Jeudi 11 avril 2019 

Session 1. Obscurs objets du désir colonial : catégoriser et conquérir les corps

Dans l’imaginaire colonial, qu’est-ce qui est au juste érotisé ? Quel est le contenu de l’imaginaire sexuel colonial (ISC), en termes de phantasmes ou de scripts spécifiques ? Quels sont les indigènes – hommes ou femmes – qui suscitent le plus de désir, et pourquoi ? Au titre de quelle différence ? Quels sont les éléments centraux de cette érotisation : le corps (nudité, texture et couleur de la peau, forme du corps, fétichisation de certaines parties du corps), les mœurs et les pratiques sexuelles (disponibilité, moindre inhibition, savoir-faire, libido, etc. des indigènes), le relâchement des interdits (homosexualité, pédophilie, etc.), etc. ? L’érotisation affecte-t-elle les lieux (climat, décor, etc.) ? Ou cette érotisation procède-t-elle moins de l’objet que du sujet, qui jouit de la toute-puissance de son pouvoir sexuel, et de la violence qu’il peut exercer ?

Avec Rahel Kunz, Jean-François Staszak, Sandrine Lemaire, Serge Tcherkézoff, Capucine Boidin, Tiziana Leucci, Jennifer Anne Boittin et Federica Tamarozzi.

 

Session 2. Genre, race et classes

Comment l’ISC prend-il place dans les matrices de domination, et comment le désir se construit-il à leurs intersections ? Au titre de quelle sexualité ? Où les sujets désirants et désirés se situent-ils en ces matrices ? En quoi les frontières de race, de genre, de sexualité et de classe sont-elles mises en scène, respectées ou transgressées dans l’ISC ? Dans ces configurations, en quoi l’homme ou la femme blanche peuvent-ils à leur tour dans les colonies être les objets du désir des sujets et citoyens coloniaux ?

Avec Jennifer Anne Boittin, Patrick Minder, Nancy L. Paxton, Delphine Peiretti-Courtis, Martial Guédron, Gilles Boëtsch et Yann Le Bihan.

 

Projection de Sauvages, au cœur des zoos humains de Pascal Blanchard et Bruno Victor-Pujebet (2018), documentaire sur le phénomène des exhibitions ethnographiques, qui permet d’appréhender la façon dont nos sociétés se sont construites en fabriquant, lors de grandes fêtes populaires, une représentation stéréotypée du « sauvage ».

 

Vendredi 12 avril 2019

Session 3. Le circuit du désir colonial

Où et comment se fabriquent, se diffusent et se consomment l’imaginaire sexuel colonial (ISC) ? Quels sont les acteurs qui interviennent dans ce circuit ? Quels en sont les supports principaux, les canaux de diffusion ? Que font en la matière la médecine, l’anthropologie, l’armée, l’art, etc. ?  Comment l’ISC circule-t-il entre la métropole et les colonies ? Il ne s’agit pas de raisonner en termes de contenu mais bien en termes de production et de circulation d’un imaginaire. Quelles sont la place et la fonction de cet ISC dans la culture populaire, dans la culture coloniale ? Qu’est-ce que l’ISC fait faire ? Comment évolue-t-il dans le temps, en particulier après les décolonisations ?

Avec Dominic Thomas, Pascal Blanchard, Robert W. Rydell, Arnaud Nanta, Nicolas Bancel, Jean-François Staszak et Sylvie Chalaye.

 

Session 4. Contester l’assignation ? Enjeux éthiques et épistémologiques

Comment, en faisant l’histoire de l’ISC, peut-on tenter de restituer aux personnes qui furent objets de celui-ci leur statut de sujet ? Sur la base de quelles sources ? Si l’ISC était porteur d’une violence symbolique, comment ne pas la reproduire quand on procède à son analyse ? Peut-on pour les besoins de la recherche ou de l’enseignement continuer à en diffuser les stéréotypes stigmatisant, les images blessantes ? Comment dénoncer sans énoncer ? Quelles seraient les précautions à mettre en place, les limites à respecter, les sensibilités à prendre en compte ?

Avec tous l'ensemble des participants.