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29 avril 2022: Journée d'étude dans le cadre du PNR 76 "Assistance et coercition"

Responsabilité et drogue dure. Évolutions légales et citoyennes

La notion de responsabilité des toxicomanes a profondément évolué dès les années 1970. Considéré·es comme sans ressources et en marge de la société, les héroïnomanes connaissent une évolution progressive de leur prise en charge. Avant la Loi fédérale sur les stupéfiants de 1974, elle est essentiellement sociale, voire pharmaceutique, puis se voit déplacée dans une logique punitive renforcée par le secteur du travail social. La responsabilité est alors pénale et le phénomène s’intensifie au cours des années 1980. Avec pour conséquence une augmentation des incarcérations ; du moins, celles de personnes n’ayant pas les moyens économiques d’être pris en charge dans une clinique. En parallèle, il se produit une intensification du workfare, soit une contrainte au travail dans certaines institutions spécialisées. Ceci est un symbole d’un tournant, autant que d’une continuité de plus longue durée, voyant le droit à la protection (welfare) devenir de plus en plus punitif s’agissant de la marginalité (prisonfare).

Cependant, les médias s’alertent de cette dérive et ils pointent la responsabilité de la société dans l’escalade de la consommation d’héroïne. Par ailleurs, avec la problématique du sida, le phénomène devient plus en plus biomédicalisé. Les autorités publiques ne peuvent désormais plus ignorer le problème et la politique des quatre piliers de 1994 met en priorité la réduction des risques. La responsabilité devient alors institutionnelle, dans le sens que les autorités publiques réglementent la consommation des drogues et tentent de rendre invisible un groupe jugé marginal par un éloignement sociétal. En résultent une diminution des allocataires de prestations sociales et un maintien des incarcérations ou des internements.

Au final, les locaux de consommations contrôlées entrent également dans cette logique d’invisibilisation. Après des années d’expérience, il se produit donc une individualisation des prises en charge et un affinement de la notion de responsabilité. De pénale et sociale, elle devient morale – relevant d’un choix personnel délibéré, d’un non-choix ou de circonstances aléatoires. Des responsabilités que les politiques publiques tentent encore aujourd’hui de paramétrer : ignorer, assister, soigner ou punir ?

Organisée le vendredi 29 avril 2022, cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre du Programme national de recherche 76 « Assistance et coercition ». Elle présente lors de la matinée des résultats de la recherche « Derrière les scandales. Les enjeux médiatiques des politiques publiques » (FNS 177395), puis propose des réflexions sur les formes de prise en charge passées et à venir au cours de l’après-midi.

 

Programme

Matin, salle M S130, 10h00-12h00

10.00-10.15

Mot de bienvenue

Jean-Michel Bonvin, Vice-doyen de la Faculté des sciences de la société de l’Université de Genève

L’héroïnomanie : une question de société

 

10.15-10.45

Gwenaëlle Bhasin

La notion de responsabilité chez les consommateurs de stupéfiants : hier et aujourd’hui

10.45-11.15

Laura Bertini-Soldà

Soigner et intégrer, enfermer et punir : discours sur la toxicomanie en Suisse italienne au fil du temps

11.15-11.45

Thierry Delessert

La toxicomanie en images : quand la Télévision suisse romande met en scène

11.45-12.00

Questions et échanges avec le public

 

Après-midi, salle M R170, 14h15-16h45

Regards sur la prise en charge médicosociale : soigner ou punir ?

 

14.15-14.45

Cristina Ferreira

Soigner et accompagner des personnes toxicomanes en prison (1970-1980) : une histoire peu connue de l'Institut de médecine légale à Genève

14.45-15.15

Jean-Félix Savary

Le local d’injection : une politique publique progressiste ?

15.15-15.45

Questions et échanges avec le public

Pause

 
15.45-16.45

Table ronde : Quels enjeux pour le futur ?

Avec la participation de :

  • Jean-Michel Bonvin
  • Laura Bertini-Soldà
  • Jean-Félix Savary
  • Roxane Mégevand