Vaincre l'IAg par l'IAg

Depuis que ChatGPT a débarqué dans les auditoires sans frapper fin 2022, l'enseignement supérieur jongle entre paranoïa du plagiat et fascination technologique. Pour éviter de laisser la communauté en trauma numérique, une task force du Triangle Azur (UNIGE, UNIL, UniNE) a concocté un arsenal de ressources concrètes pour aider les profs à dompter le monstre IAg plutôt que de tenter de l’interdire. Entre deux guides d’évaluation et une grande messe romande prévue en mars 2026, on vous raconte comment l'institution tente enfin de passer du mode « panique » au mode « pilotage ».

Portrait

Qui s’en occupe ?

Le projet « Enseigner et apprendre avec les IA génératives » est mené conjointement par les trois universités du Triangle Azur (UNIGE, UNIL et UNINE), avec l’UNIGE comme leading house. L’initiative est portée par une belle équipe interinstitutionnelle et, du côté de l’Université de Genève, elle relève de la responsabilité de Juliane Schröter, vice-rectrice en charge du numérique et de l’IA. Danielle Bütschi, conseillère au Rectorat, assure pour sa part la coordination globale entre les différente institutions partenaires. La mise en œuvre opérationnelle est assurée par le Pôle SEA, dirigé par Mallory Schaub, avec Elsa Lacroix et Lucie Colpaert qui mènent diverses activités et coordonnent la Journée romande « Quand l’IA bouscule les auditoires », organisée en collaboration avec les partenaires du projet, rejoints pour l’occasion par la HES‑SO et l’UNIFR. En somme, le Rectorat est au terrain et c’est toute une chaîne de compétences qui se mobilise pour faire vivre ce projet, en étroite collaboration avec les universités partenaires.

 

Pour qui ?

Le projet est principalement orienté au profit des enseignant-es. L’objectif premier est de les soutenir dans l’intégration de l’IA générative dans leurs pratiques pédagogiques et d’évaluation. Mais indirectement, bien sûr, les étudiant-es sont aussi au cœur de la démarche : en outillant les enseignant-es, le projet vise à ce que les étudiant-es bénéficient d’un encadrement clair sur l’usage approprié de l’IA et acquièrent les compétences pour utiliser ces outils de manière responsable. Enseignant-es et étudiant-es ont tous-tes à profiter du projet!

 

Pourquoi ce projet ?

L’avènement de ChatGPT fin 2022 a pris de court bon nombre d’enseignant-es. En quelques semaines, les questions ont afflué : « Que faire si mes étudiant·es utilisent l’IA pour leurs travaux ? Comment adapter mes examens ? Dois-je interdire ChatGPT ?» Autant de doutes légitimes face à cette technologie disruptive. « Certain-es enseignant-es se sont retrouvé-es un peu bousculé-esdevant l’arrivée soudaine de ces IA, il y avait un vrai appel du terrain pour être accompagné», confie Danielle Bütschi. Le projet est ainsi tombé à point nommé : il a permis de structurer une réponse collective à un besoin criant d’orientation et de ressources. L’objectif ? Offrir un cadre de réflexions et de partage, des outils et un soutien aux enseignant-es en recherche de nouveaux repères face à l’IA générative.

 

Trois axes, trois livrables clés

Concrètement, le projet s’articule autour de trois axes complémentaires, chacun confié à l’une des universités partenaires du Triangle Azur.

  • Premier axe : un Observatoire des fonctionnalités et outils d’IA (piloté par l’UniNE) qui assure une veille sur les nouvelles solutions d’IA et leurs usages pédagogiques. Ce volet a notamment débouché sur la création d’une plateforme partagée de ressources, un Padlet commun aux trois universités, où sont rassemblés une sélection de documents et de sources pour guider les enseignant-es dans leurs réflexions sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans leurs pratiques pédagogiques.
  • Deuxième axe : l’adaptation des évaluations à l’ère de l’IA (conduit par l’UNIL). Ce volet vise à repenser examens et travaux en présence de ChatGPT & co. Son livrable phare est un guide pratique “IA & évaluation”, complété d’un guide interactif en ligne et d’ateliers de formation, qui aide concrètement les enseignant-es à ajuster leurs méthodes d’évaluation dans ce nouveau contexte.
  • Troisième axe enfin : le développement de communautés de pratique (coordonné par l’UNIGE). Une dynamique incarnée par l’organisation d’une grande conférence romande multi-site, « Quand l’IA bouscule les auditoires », prévue en mars 2026, pour tirer profit des inputs apportés par plusieurs expert-es et favoriser des échanges sur des questions pratiques et outils entre enseignant-es et avec les étudiant-es.

 

Un dispositif qui s’est construit pas à pas

L’idée ne date pas d’hier. Dès les premiers mois de 2023, l’UNIGE a entrepris des réflexions tous azimuts pour appréhender l’impact de l’IA en enseignement. Le 6 juillet 2023, le Rectorat publiait une prise de position officielle qui posait les bases : plutôt que d’interdire ces outils, l’Université choisissait d’encourager leur intégration dans l’enseignement tout en préconisant un usage critique et responsable. En parallèle, des initiatives de terrain ont rapidement fleuri. Le Pôle SEA, par exemple, a organisé dès le printemps 2023 un premier lunch pédagogique intitulé « Enseigner à l’ère de ChatGPT : l’interdire ou en faire son allié ? » – un événement qui a fait salle comble et débouché sur la création d’un mur virtuel de ressources pour outiller les enseignant-es. Un guide interactif a également été mis à disposition en ligne, compilant conseils et exemples concrets d’usage de l’IA en contexte universitaire. Au fil des mois, les échanges se sont intensifiés : lunchs pédagogiques, ateliers sur demande et même la mise en place de communautés de pratiques ont permis aux enseignant-es de partager leurs inquiétudes et leurs astuces. Toutes ces briques ont progressivement construit un dispositif maison solide. L’appel à projets de swissuniversities est arrivé à point nommé fin 2023 : il a offert un coup de projecteur et des moyens supplémentaires pour amplifier ce qui était déjà en marche. Aujourd’hui, le projet interuniversitaire s’appuie donc sur ces fondations posées petit à petit : une dynamique née du terrain, consolidée par l’institution, et désormais connectée à l’écosystème romand.

Le changement, c'est bientôt

Concrètement, qu’est-ce qui change pour la communauté ?

Très bientôt, enseignant-es et étudiant-es vont voir arriver du concret. Fini les grands principes abstraits : place aux ressources pratiques ! Chacune et chacun a déjà accès au Padlet en ligne qui offre un panorama structuré permettant de comprendre le fonctionnement de l’IA, d’explorer son utilisation dans les cours, de repenser l’évaluation des connaissances et des apprentissages, d’aborder les questions d’intégrité scientifique, et de communiquer avec les étudiant·es sur l’IA.. Un guide pratique (accompagné de sa version interactive) sera également diffusé. Il est aussi prévu de publier un livre blanc à l’issue de la Journée romande du 19 mars. Ces contenus ne sortent pas de nulle part : ils sont le fruit de réflexions collectives et d’échanges entre pairs, vraiment ancrés dans le terrain. « L’équipe du pôle SEA a mené des focus groups avec des enseignant-es pour identifier les vrais défis sur le terrain, et co-conçu les contenus sur cette base. C’est notre force à l’UNIGE, nous sommes ancrés sur le terrain des enseignant-es, ce qui nous permet de faire remonter les besoins et les pratiques », explique Mallory Schaub. En effet, dans le cadre du projet, des ateliers “IA et évaluation” ont déjà été élaborés conjointement par les équipes de Genève, Lausanne et Neuchâtel et sont à disposition des enseignant-es. En somme, ce qui change, c’est que la communauté UNIGE sera équipée pour faire face à l’IA : des ressources concrètes, locales et adaptées à notre université seront disponibles pour accompagner tout le monde.

 

Et c’est quoi les prochaines étapes ?

Le déploiement du projet va s’accélérer dans les mois à venir. D’abord, un temps fort approche à grands pas : la Journée romande “Quand l’IA bouscule les auditoires” aura lieu le 19 mars 2026. Co-organisée avec plusieurs hautes écoles romandes (UNIL, UNINE, UNIFR et HES-SO), cette journée d’envergure se tiendra simultanément dans quatre villes, dont Genève (Campus Biotech). Au programme : conférences, ateliers participatifs et échanges de pratiques pour toutes et tous les acteurs et actrices de l’enseignement supérieur intéressé-es par l’IA. A la suite de cet événement, l’équipe UNIGE du projet travaillera à la rédaction d’un livre blanc qui synthétisera les tendances et leçons à tirer des expériences partagées. Des réflexions sont en cours pour, ensuite, intégrer aux travaux la perspective des étudiant-es, avec par exemple des focus groups destinés à mieux comprendre la manière dont ils et elles se saisissent (ou pas) des possibilités offertes par l’IA générative ou encore la mise en place d’une édition de « Take Over », un programme de formations par et pour les étudiant-es, centrée sur l’IA.

 

L’appel de la transformation

Bien sûr, ces ressources et événements ne sont qu’une partie de l’équation. L’autre ingrédient crucial, c’est vous – enseignant-es et étudiant-es. Le projet mise en effet sur une dynamique participative. « Notre rôle, c’est de créer le cadre et d’allumer l’étincelle, mais ensuite c’est à la communauté de faire vivre le changement », souligne Mallory Schaub. Concrètement, chaque enseignant-e est invité-e à s’approprier les ressources, à expérimenter de nouvelles approches pédagogiques, puis à en partager les résultats avec ses collègues. Des espaces d’échange (ateliers, discussions en ligne, etc.) existent déjà pour collecter retours d’expérience, idées et bonnes pratiques. Les étudiant·es ne sont pas en reste : en tant qu’utilisateurs/trices au quotidien de ces technologies, leurs retours et suggestions seront précieux pour affiner l’accompagnement proposé.

 

En savoir plus

Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin ou découvrir les ressources déjà disponibles, voici le site du projet. N’hésitez pas à explorer ces ressources et à vous joindre au mouvement. l’IA éducative n’attend plus que vous !

entretien réalisé par Guive Khan, article rédigé par Guive Khan avec l'aide de Copilot.


« À mon époque aussi, j’ai bousculé les auditoires : c’était le jour où j’ai remplacé le rétroprojecteur par un PowerPoint avec des animations de transition "Damier" et du ClipArt en 256 couleurs. On savait vivre dangereusement"

— Un prof nostalgique, bientôt à la retraite.