WP1 – XVe siècle

L’émergence des traités diplomatiques et les premières formulations du consensus

 

Objectifs

Ce premier work package se concentre sur l’émergence des traités diplomatiques au xve siècle et sur les premières formulations de la notion de consensus dans la pensée et la pratique diplomatiques. Il vise à analyser comment l’accord politique est pensé non comme une évidence ou une unanimité naturelle, mais comme une construction fragile et située, reposant sur des cadres juridiques, moraux, théologiques et rituels précis.

À une période où la figure de l’ambassadeur se définit progressivement comme un acteur politique spécifique, ces traités constituent un observatoire privilégié pour comprendre comment le consensus est formulé comme une condition préalable à la négociation, à la médiation et à la stabilité politique, tout en restant constamment exposé au dissensus, à l’échec et à la contestation. Le WP1 interroge ainsi les conditions de validité, de reconnaissance et d’efficacité du consensus, en mettant en lumière sa dimension fondamentalement processuelle et performative.

 

Corpus

Le WP1 s’appuie sur un corpus de traités du xve siècle consacrés explicitement à la fonction d’ambassadeur et à la conduite des légations, notamment les œuvres de Bernard de Rosier, Martino Garrati da Lodi, Pietro Del Monte, Giovanni Bertachini et Ermolao Barbaro. Rédigés par des juristes, des humanistes et des praticiens expérimentés, ces textes articulent doctrine juridique, réflexion morale et expérience diplomatique de terrain.

Ce corpus est analysé en dialogue étroit avec d’autres sources contemporaines — instructions diplomatiques, rapports de légation, textes normatifs, écrits politiques et théologiques — afin de replacer la réflexion sur le consensus dans des situations concrètes de décision, de négociation et de légitimation.

 

Méthodes

L’analyse combine une lecture philologique avec une approche comparative et contextuelle. Une attention particulière est accordée aux vocabulaires de l’accord (concordia, assensus, pactum, unitas), à leurs usages différenciés et à leur inscription dans des cadres normatifs et rituels précis.

Dans la continuité des perspectives développées dans les conférences du projet, le consensus est étudié comme un processus performatif, impliquant des dispositifs de parole, d’écriture, de rituel et de reconnaissance. Des outils d’analyse lexicale et sémantique issus des humanités numériques permettent d’identifier des régularités discursives, des glissements conceptuels et des normes implicites structurant la fabrique de l’accord.

 

Équipe

Le WP1 est placé sous la direction scientifique de Noëlle-Laetitia Perret, qui pilote l’analyse des sources du xve siècle et assure la cohérence méthodologique et comparative de l’ensemble du projet.

Il bénéficie du concours de Parwana Emamzadah Roth, responsable de la définition et de la mise en œuvre des protocoles d’analyse lexicale, argumentative et sémantique appliqués aux traités diplomatiques en latin médiéval et renaissant, ainsi que de Gavino Scala, en charge des protocoles d’analyse lexicale et sémantique diachronique du concept de consensus et de leur mise en œuvre dans le cadre des humanités numériques.

Ce work package constitue le socle conceptuel et méthodologique du projet.

 

Questions clés

  • Comment le consensus est-il pensé au xve siècle comme une construction juridique, morale, théologique et rituelle, plutôt que comme un accord spontané ou unanime ?
  • Quels dispositifs de parole, d’écriture et de rituel permettent de rendre l’accord pensable, dicible et légitime ?
  • Comment les auteurs articulent-ils expérience diplomatique, normativité juridique et mise en scène symbolique du consensus ?
  • En quoi ces premières formulations posent-elles les bases d’une conception dynamique, instable et réversible du consensus ?

 

 

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Allegoria ed effetti del Buono e del Cattivo Governo - Ambrogio Lorenzetti (1338-1339)