27 mai 2026 - JE

 

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Simone Weil et le silence de Dieu

 


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Après Auschwitz, la question de savoir si l’existence du mal est compatible avec la bonté et l’omnipotence de Dieu – et donc susceptible d’avoir une explication, voire une justification – semblait avoir perdu toute pertinence. Cette interrogation, qui a occupé philosophes et théologien-nes durant des siècles sous l’appellation de «théodicée», continue pourtant à se poser naturellement à quiconque fait l’expérience de la souffrance et du malheur: pourquoi, quel sens donner à cet état? Elle est à bien des égards le fondement de la religion, qui postule un dénouement salvateur au dépouillement total de l’humain face au mal.

Chercheur à la Faculté de théologie, Pierre Gillouard revisite ces chemins de pensée en compagnie de la philosophe Simone Weil (1909-1943), dont l’œuvre singulière – et en particulier son livre L’Amour de Dieu et le malheur – apporte un éclairage méconnu sur la relation entre Dieu et le mal. Pour la philosophe française, qui ancre sa pensée dans son expérience de vie et qui est l’une des rares intellectuelles à avoir cherché à comprendre la souffrance du monde du début du XXe siècle, en travaillant à l’usine et dans l’agriculture, le mal est un choc, culminant dans une expérience mystique qui exclut Dieu du monde. Pour Pierre Gillouard, Simone Weil aborde ainsi, sans jamais vraiment la nommer, la vieille question de la théodicée d’une façon inédite dans l’histoire de la philosophie et de la théologie. Elle récuse d’abord les formes d’instrumentalisation du mal dont se sont nourries aussi bien la philosophie universaliste de Leibnitz que la pensée marxiste ou la philosophie chrétienne en général. Puis, sans renoncer à la réflexion sociale et politique sur l’élimination de l’oppression, elle fait de la contradiction entre le mal et Dieu le déclencheur d’une épreuve menant à une transformation de soi et à une libération en forme de consentement: «Chez Simone Weil, si le pourquoi du malheureux n’a pas de réponse, s’il ne faut pas lui en inventer une, c’est parce qu’il faut que le malheur n’ait pas de finalité pour que l’être puisse aimer purement», conclut Pierre Gillouard. Aimer ou, ce qui est la même chose pour la philosophe, consentir au silence de Dieu, c’est s’ouvrir alors à un silence non plus vide mais plein.

 

Pierre Gillouard
«Simone Weil. La pensée à l’épreuve du mal»
Éditions Presses universitaires de France, 2026
496 p.




Un colloque «Simone Weil et l’engagement dans la cité » est organisé le vendredi 29 mai de 9h à 17h30, dans la cadre du Pavillon Simone Weil à Genève, à l’initiative de l’artiste Thomas Hirschhorn.

 

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