Trajectoires

Hommages 2021

 

Jacques Bouveresse

jacques-bouveresse-p.png
Professeur
Faculté des lettres
Département de philosophie

Bio-Express

 

Professeur de philosophie à l’Université de Genève de 1979 à 1991, Jacques Bouveresse est décédé le 9 mai 2021. Né en 1940 au sein d’une famille d’agriculteurs du Doubs, il rejoint en 1961 l’École supérieure de la rue d’Ulm où il obtient la première place de l’agrégation de philosophie en 1965. Après une thèse de doctorat d’État consacrée à Ludwig Wittgenstein et soutenue en 1975, il enseigne la philosophie à l’Université de Paris Panthéon-Sorbonne, puis à l’Université de Genève. En 1995, il est nommé au Collège de France, où il occupera la chaire de philosophie du langage et de la connaissance jusqu’à son décès.

Jacques Bouveresse a été le représentant du courant de la philosophie analytique le plus important en France. Et souvent, l’un des seuls. Une solitude qu’il a assumée tout au long de sa carrière, avec la persévérance que lui avaient léguée ses origines paysannes, maniant la faux plus volontiers que la flatterie. Dans le contexte intellectuel des années 1960 à 1980, marqué par l’hégémonie du structuralisme, du marxisme, de la psychanalyse puis du relativisme radical défendu par les tenants du post-modernisme, il détonne en insistant sur la rigueur du raisonnement, la logique, la clarté du discours et le débat démocratique au service de la vérité.

À rebours des modes, il plaide pour une philosophie au rôle à la fois modeste et indispensable pour débusquer ce qu’il considère comme les artifices et les complaisances du discours dominant en France dans la seconde moitié du XXe siècle, celui des intellectuels et «nouveaux philosophes» en quête de gloire médiatique. Ses modèles sont plutôt à chercher du côté des penseurs des sciences du langage et du positivisme logique rassemblés sous l’étiquette du «cercle de Vienne»: Gottlob Frege, Ludwig Wittgenstein, Rudolf Carnap ou encore Karl Popper. Très critique vis-à-vis du «littérarisme» en philosophie, consistant à faire du discours philosophique une question de style, il n’en est pas moins féru de littérature, consacrant plusieurs ouvrages à Robert Musil, Karl Kraus et Paul Valéry, ses auteurs de prédilection. Dans ses derniers essais, il se tourne vers la musique et son rapport à la philosophie.

«Jacques Bouveresse était le plus grand philosophe vivant en France», a déclaré le journaliste Sylvain Bourmeau sur les ondes de France Culture au lendemain de son décès.

 

Robin Offord

Robin-Offord.jpg
Professeur honoraire
Faculté de médecine
Département de biologie structurale et bioinformatique

Bio-Express

Pendant plus de 25 ans, le professeur Robin Offord fut une figure marquante de la Faculté de médecine grâce à ses recherches novatrices, à son engagement pour la vie facultaire — il a notamment été le premier ombudsman à l’intégrité scientifique de la Faculté de médecine — et à son énergie d’entrepreneur, qui l’a mené à œuvrer pour le rapprochement des mondes académique et industriel.
Diplômé en physique nucléaire des universités de Cambridge et d’Oxford, Robin Offord a débuté sa carrière dans les centrales nucléaires avant de se diriger, dès 1962, vers la biochimie et la recherche médicale. Après un doctorat en biologie moléculaire de l’Université de Cambridge, où il a travaillé aux côtés des prix Nobel Frederick Sanger, César Milstein et Aaron Klug, il rejoint l’Université d’Oxford pour poursuivre ses recherches dans le domaine de la semi-synthèse de protéines naturelles.
Arrivé à Genève, il est successivement nommé professeur ordinaire à la Faculté de médecine, directeur du Département de biochimie médicale et président de la Section de médecine fondamentale. Spécialiste de l’ingénierie des protéines, ses travaux ont soutenu les recherches sur le cancer et le diabète, et plus récemment la mise au point d’un nouveau médicament pour empêcher la transmission du VIH. Esprit bouillonnant, Robin Offord a également soutenu le développement à Genève d’une expertise forte en bioinformatique, un domaine encore très nouveau à cette époque. Il a ainsi fondé en 1998, avec Amos Bairoch, l’Institut suisse de bioinformatique (SIB).
Robin Offord était par ailleurs intéressé par les modalités de la traduction de la recherche fondamentale en applications cliniques. Il a ainsi déposé plusieurs brevets et cofondé plusieurs start-ups, dont GeneProt. Il a présidé le conseil consultatif d'Eclosion, l'incubateur genevois des sciences de la vie, et a été membre du Conseil pour le développement économique régional du gouvernement genevois pendant dix ans.
Nommé professeur honoraire en 2005, il a poursuivi ses recherches au sein de la Fondation Mintaka, une start-up à but non-lucratif qui s'efforce de trouver des solutions pour abolir les déséquilibres sanitaires mondiaux. Robin Offord cultivait également une grande passion pour la plongée sous-marine, qu’il a poursuivi avec autant d’enthousiasme dans le Lac Léman que dans les mers les plus exotiques de la planète. Il s’est éteint le 11 mars 2021 à l’âge de 80 ans.

 

Edwin A. C. Lucken

deces_lucken.jpg
Professeur honoraire
Faculté des sciences

Bio-Express

Le professeur Edwin A. C. Lucken a effectué des études de chimie au Queen Mary College , University of London, où il obtient un doctorat en 1958 et où il est nommé Lecturer jusqu’en 1960. Il rejoint alors le Cynamid European Research Institute à Genève où il dirige le groupe de spectroscopie. En 1968, il opte pour une carrière académique et est nommé professeur extraordinaire au Département de chimie physique de l’Université de Genève, puis promu à l’ordinariat en 1970. Très impliqué dans la bonne marche de l’Université, il s’est efforcé tout au long de sa carrière de promouvoir une recherche et un enseignement de haute qualité. Il a ainsi assumé les charges de directeur du Département de chimie physique, de président de la Section de chimie et biochimie et de vice doyen de la Faculté des sciences. Les domaines de recherche et d’enseignement du professeur Lucken   furent essentiellement orientés vers le développement théorique et technique des méthodes spectroscopiques de résonance (résonance quadripolaire nucléaire, résonance paramagnétique électronique, résonance magnétique nucléaire). Avec ses nombreux doctorants et post-doctorants, il sut montrer à quel point ces méthodes sont indispensables en sciences moléculaires. Le professeur Edwin A. C. Lucken est décédé le 15 décembre 2020 dans sa nonantième année.

 

Henri Ruegg

ruegg.png
Professeur honoraire
Faculté des sciences

Bio-Express

Le professeur Henri Ruegg a obtenu un doctorat de physique à l’Université de Genève en 1959, sous la direction du professeur Ernest C. G. Stueckelberg , l'un des plus importants physiciens suisses du siècle dernier. Il a continué ses recherches comme post-doctorant à Princeton, puis est revenu travailler à Genève en tant qu’associé de recherches à la Division théorique du CERN de 1964 à 1966. Après un mandat de chargé d’enseignement dans le cadre du 3e cycle aux Universités de Genève, Lausanne et Neuchâtel, il est nommé aux fonctions de professeur extraordinaire en octobre 1970. En 1976, il est promu au rang de professeur ordinaire au sein du Département de physique théorique de l’UNIGE qu’il dirige de 1980 à 1983, puis de 1989 à 1991. Ses recherches, en collaboration avec de nombreux étudiant-es, se situaient à l'interface entre la théorie des groupes et la physique des particules. Professeur honoraire, Henri Ruegg est décédé le 21 novembre 2020.