Trajectoires

Hommages 2022

 

Pierre Moeschler

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Professeur honoraire
Faculté des sciences
Section de biologie

Bio-Express

Recruté comme assistant au Département d’anthropologie de la Section de biologie de la Faculté des sciences, Pierre Moeschler y a été professeur extraordinaire, puis ordinaire. Il a exercé les fonctions de président de la Section de biologie, de doyen de la Faculté des sciences et de vice-recteur de l’Université de Genève.
Vers 1970, l’anthropologie dite physique, obsédée par des classifications raciales incohérentes, est tombée en désuétude et s’est partagée entre les sciences du passé (paléontologie et archéologie) et la biologie moderne, basée sur la génétique des populations et les données moléculaires. Parmi ses héritiers, Pierre Moeschler, tout en favorisant ces nouvelles orientations, a contribué à une autre « révolution » de l’anthropologie, devenue « biologique » : celle de l’interdisciplinarité qui remettait l’étude des peuplements humains dans leur contexte général géographique, démographique, médical, architectural, économique et socioculturel. Avec Claude Raffestin, géographe, et bien d’autres, Pierre Moeschler fonda le Centre universitaire d’écologie humaine et des sciences de l’environnement de l’Université de Genève, qu’il dirigea de 1976 à 1986.

Pierre Moeschler était aussi discret que cultivé, humain et visionnaire. Ses initiatives locales, européennes et internationales ont fait reconnaître et développer à l’Université les approches nouvelles de l’écologie, depuis la science fondamentale jusqu’aux applications à la vie quotidienne et aux services à la cité ou à l’Etat. Il n’a pas été simple de partir d’une formation en anatomie et biométrie classique, à une époque où l’écologie n’était qu’un petit chapitre confidentiel de botanique et de zoologie, pour en faire une science de référence, populaire dans le monde d’aujourd’hui. Il a fallu beaucoup d’énergie, de finesse et de diplomatie de la part de scientifiques et d’administrateurs comme Pierre Moeschler, pour établir des liens entre des personnes et des équipes qui n’avaient pas souvent envie de travailler ensemble. Modeste, efficace, n’ayant aucun goût pour la médiatisation personnelle, Pierre Moeschler, qui vient de nous quitter, a largement contribué à donner à l’écologie générale et humaine, la place qui lui revient dans la société et dans les universités européennes aujourd’hui, à Genève en particulier.

Par André Langaney, Professeur honoraire de la Section de biologie

 

Margaret Maruani

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Professeure ordinaire
Faculté des sciences de la société

Bio-Express

Sociologue, spécialiste du travail et de l’emploi, directrice de recherche au CNRS, fondatrice et directrice de la revue Travail, Genre et Société, Margaret Maruani a été professeure ordinaire au sein de l’ancienne Faculté des sciences économiques et sociales et directrice des études genre (2006-2009). Elle a fondé en 2006 la Maîtrise universitaire en études genre alors centrée sur l’analyse des mutations du travail et de l’emploi dans une perspective de genre. Enseignante à l’UNIGE dès 2001, elle est demeurée proche de l’Institut des études genre auquel elle était associée jusqu’en 2018.

Militante pour la cause des femmes et l’égalité, chercheuse, enseignante, auteure, entrepreneuse, Margaret Maruani laisse derrière elle une œuvre importante dans le champ de la sociologie du travail et des études de genre, traduite dans plusieurs langues. On signalera : Travail et emploi des femmes (2000) ; Les mécomptes du chômage (2002) ; Sociologie de l’emploi (1993). Et comme éditrice ou coéditrice : Les Nouvelles frontières de l’inégalité (1998); Femmes, genre et sociétés. L’état des savoirs (2005) ; Masculin-féminin : questions pour les sciences de l’homme (2001).

Margaret Maruani est décédée en août 2022 à 68 ans. Son engagement et ses recherches ont marqué son époque et contribué à la transformer.

 

Charles-Albert Morand

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Professeur honoraire
Faculté de droit

Bio-Express

Professeur à la Faculté de droit de 1970 à 2001, Charles-Albert Morand est décédé le 29 avril dernier. Professeur ordinaire dès 1976, il a enseigné le droit constitutionnel, les droits fondamentaux, l’introduction au droit public ainsi que la théorie et la technique législatives. Depuis 2001, il était professeur honoraire de notre Université. En 2002, il a reçu le doctorat honoris causa de l'Université de Lucerne.

Avec ses collègues Kurt Eichenberger et Luzius Wildhaber et le juge fédéral Otto K. Kaufmann, Charles-Albert Morand a joué un rôle déterminant dans le processus de révision totale de la Constitution fédérale entre 1973 et 1977.

Mais son intérêt a largement débordé les limites du droit positif. Conscient de l'importance d'une approche multisciplinaire pour saisir le droit dans toutes ses dimensions, il fut l'un des initiateurs du Centre d'étude, de technique et d'évaluation législatives, pionnier en Suisse des recherches en sociologie du droit. Sur la base de ces recherches, Charles-Albert Morand a inauguré un enseignement de légistique, une démarche méthodique pour concevoir, rédiger et évaluer les textes législatifs. Cet enseignement, destiné d'abord aux étudiants en droit, a également bénéficié à des centaines de fonctionnaires fédéraux et cantonaux dans le cadre de séminaires annuels de formation continue et a fait l'objet du premier certificat de formation continue à distance de l'Université de Genève.

Cet intérêt pour la formation continue a également conduit Charles-Albert Morand à organiser ses fameux séminaires du Valais, l'occasion pour des praticiens et des universitaires d'approfondir et de débattre de thèmes d'actualité tels que notamment l'égalité entre les sexes, l'aménagement du territoire ou la mondialisation.

C'est à son initiative qu'a été créé le Centre d'études et de documentation sur la démocratie directe, aujourd'hui établi à Aarau au sein du Zentrum für Demokratie et qui reste une référence mondiale en matière de droits populaires.

Au terme de sa carrière, avec son ouvrage « le droit néo-moderne des politiques publiques », Charles-Albert Morand nous a légué une brillante analyse de l'évolution du droit au service de l'Etat-providence, de son instrumentalisation au bénéfice de l'action publique. Dès lors plus question d'aborder le droit dans la logique pyramidale, alors qu'il obéit de fait à une logique de réseaux.

 

Jean-Pierre Carrel

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Directeur de l'Unité d'action sociale (UAS)
Faculté de médecine
Clinique universitaire de médecine dentaire (CUMD)

Département de médecine dentaire préventive et de premier recours

Bio-Express

Responsable de l’Unité action sociale (UAS) de la Clinique universitaire de médecine dentaire (CUMD), Jean-Pierre Carrel est décédé début avril 2022.

Jean-Pierre Carrel a effectué ses études à l’UNIGE où il avait obtenu un diplôme en médecine dentaire en 1982 et un diplôme de médecin en 1992. En 1997, il achevait son doctorat en médecine dentaire à Genève. De 1983 à 1987, il a occupé un poste d’assistant à la Division de stomatologie et chirurgie orale de la Section de médecine dentaire. Après une période de pratique en cabinet privé, il est revenu à l’UNIGE en 1993 comme chargé d’enseignement en médecine dentaire, fonction qu’il a occupée jusqu’en 2017. Dès 2006, il a assumé, au sein de la CUMD, la responsabilité de directeur médical ad interim de l’UAS. Il a également occupé la fonction de médecin-dentiste adjoint au sein de la nouvelle Unité de pathologie orale et maxillo-faciale des HUG. En 2017, il décidait de se consacrer entièrement à la direction médicale de l’UAS. Durant toute sa carrière, ses compétences en médecine humaine et en médecine dentaire, de même que sa grande disponibilité et sa collégialité exemplaire, ont été très appréciées par l’ensemble des collaborateurs/trices ainsi que des étudiant-es de la CUMD. Jean-Pierre Carrel s’est également grandement impliqué dans les projets cantonaux et fédéraux liés à la prise en charge des soins dentaires pour les patient-es précaires, bénéficiaires de l’aide sociale ou polyhandicapé-es, de même que pour les détenu-es. Jean-Pierre Carrel avait pris sa retraite le 31 décembre dernier.


 

Ronald Chessex

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Ancien vice-recteur et professeur honoraire
Faculté des sciences

Bio-Express

Professeur honoraire de l’ancien Département de minéralogie (Faculté des sciences) et vice-recteur de l’UNIGE de 1974 à 1977, Ronald Chessex est décédé le 16 janvier 2022 à l’âge de 92 ans. Originaire de Montreux et né à Lausanne, il a effectué ses études de géologie à l’UNIL où il a obtenu son diplôme en 1955, puis son doctorat ès sciences en 1958. Chargé de recherche dans le domaine de la géochronométrie aux Universités de Princeton et de Lawrence (États-Unis) de 1959 à 1960, puis privat-docent de l’UNIL de 1960 à 1963, il rejoint l’UNIGE en 1964 où il est nommé professeur extraordinaire au Département de minéralogie en 1967, puis professeur ordinaire de pétrographie et minéralogie en 1970.
Les recherches de Ronald Chessex portaient essentiellement sur la datation des roches ignées, métamorphiques et volcaniques dans les Alpes et dans l'Apennin, au Groenland, en Turquie et dans le Rift des Afar. Il enseignait avec beaucoup d'enthousiasme et de talent pédagogique le métamorphisme des roches et la pétrologie des roches métamorphiques. Ronald Chessex était un enseignant remarquable qui a formé des générations de géologues.
Parallèlement à ses activités d’enseignement et de recherche, il a exercé les fonctions de directeur du Département de minéralogie et de président de la Section des sciences de la Terre. Ronald Chessex a de plus été vice-recteur de l’UNIGE de 1974 à 1977.

Très investi au sein de la Société suisse de minéralogie et de pétrographie, Ronald Chessex a successivement assumé les fonctions de membre du comité, vice-président et président. Il a aussi œuvré au sein de la Société géologique suisse, de la Société américaine de minéralogie, de la Société française de minéralogie, de la Société vaudoise des sciences naturelles et de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève dont il a été membre du comité, puis président.

Après sa retraite, en 1994, il a intensifié ses sorties dans les Alpes qu’il aimait tant, au sein du Club alpin suisse, tout en restant en lien constant avec son ancien Département.