Sur les ondes du passé

Au cours de l’année académique 2024-2025, les étudiant·e·s du cours « Histoire publique, archives et médias » se sont engagé·e·s dans une expérience originale : concevoir et réaliser des podcasts historiques autour d’un thème rarement abordé de manière frontale par les sources, mais dont la présence en creux éclaire de nombreux aspects de l’histoire du travail : la pause au travail.

En explorant cette thématique, le projet a permis de s’interroger sur la manière dont la pause, située dans l’interstice du temps libre et du temps contraint, structure l’organisation et l’expérience quotidienne du travail. La création de ces objets sonores constitue ainsi une démarche de médiation scientifique qui invite à réfléchir, à partir d’un “angle mort”, à la construction sociale du temps de travail et à ses représentations, tout en expérimentant de nouvelles formes de narration historique.

Ce projet a aussi pour ambition de former les étudiant·e·s aux pratiques de l’histoire publique, en les confrontant aux défis spécifiques liés à la fabrique d'objets sonores : imaginer une narration pour l’oral, incarner des voix, créer une ambiance, construire un rythme d’écoute, et réaliser un montage sonore cohérent. Iels ont ainsi expérimenté d’autres formes de médiation historique, en découvrant comment faire résonner l’histoire hors des formes académiques traditionnelles.

Intitulée « Sur les ondes du passé », cette série de podcasts raconte les manières dont le travail et le temps libre ont été vécus, organisés, contestés ou rêvés à travers différentes époques. De l'Antiquité à nos jours, les étudiant·e·s ont mené un véritable travail de recherche, en s'appuyant sur des archives, des textes littéraires, iconographiques et institutionnels. Iels ont reconstitué, par petites touches, les fragments souvent invisibles de la pause au travail, pour en proposer des éclairages sensibles et pluriels.

Intitulé « Sur les ondes du passé », ce podcast en 6 épisodes raconte les manières dont le travail et le temps libre ont été vécus, organisés, contestés ou rêvés à travers différentes époques. De l'Antiquité à nos jours, les étudiant·e·s ont mené un travail de recherche, en s’appuyant sur des archives, des textes littéraires, iconographiques et institutionnels. Iels ont reconstitué, par petites touches, les fragments souvent invisibles de cette histoire, pour en proposer des éclairages non exhaustifs, mais sensibles et pluriels. Réalisé dans le cadre d’une formation universitaire sous la direction de Véronique Stenger, chargée de cours en histoire publique, ce projet assume les limites propres à un travail étudiant. 

Episodes

1. La terre et les dieux : quand les Grecs pensaient la liberté au travail

Le premier épisode, réalisé par Maxime Gavenc, propose un voyage dans la Grèce antique, où l’effort est perçu comme une vertu civique, mais où le loisir est considéré comme l’accomplissement suprême, réservé aux citoyens libres, indépendants des nécessités matérielles. Le travail n’est pas méprisé en soi, mais la dépendance économique marque la frontière entre liberté et servitude. À travers un dialogue entre deux paysans, cet épisode interroge les frontières mouvantes entre activité nécessaire, vertu morale et idéal du temps libre, et montre comment les conceptions du travail et de la liberté structurent déjà profondément l’organisation sociale à cette époque.
https://on.soundcloud.com/gJMxAYztkCIaDncZrI


2. Travailler sans repos : la mort de Guillemette en 1416 

Le second épisode, réalisé par Benoît Caruzzo, nous emmène au crépuscule du Moyen-Âge rural, où le travail s’organise au fil des jours et des saisons, mêlant tâches domestiques et agricoles au sein du foyer, comme en témoigne la vie de Guillemette, jeune paysanne. Le temps de travail se déroule entre le lever et la tombée du jour, scandé par les offices religieux et rythmé par le soleil, entrecoupé de brèves pauses destinées à répondre aux besoins essentiels, dans une journée où repos et labeur se superposent sans jamais vraiment se distinguer.
https://on.soundcloud.com/pv223HFge89KtJLXHu


3.

Le troisième épisode, réalisé par Léanne Nicollin, nous conduit à Lyon au XVIIIᵉ siècle, dans les ateliers des tireuses de cordes. Là, dans un monde industriel en gestation, le travail féminin se déploie dans des cadences longues et épuisantes, sans réelle reconnaissance, où les pauses existent mais ne compensent pas l’usure des corps soumis aux exigences de la productivité. À travers l’histoire d’une ouvrière, Louise, l’épisode donne à entendre comment la montée en puissance des machines impose un rythme nouveau, plus rapide, qui fatigue et abîme les corps. Dans cet univers en mutation, la pause devient souffle, une respiration arrachée au tumulte mécanique. 
https://on.soundcloud.com/KGO4TpzduhOt7Eb5NC 


4. La mécanique du travail : l'évolution du temps dans l'industrie horlogère suisse

Dans le quatrième épisode, réalisé par Ileana Muñoz, Rosa Massimo et Camille Baussay, nous plongeons dans l’histoire des manufactures horlogères de la Suisse des XIXᵉ et XXᵉ siècles. À partir du XIXᵉ siècle, l’horlogerie passe progressivement du travail dispersé de l’établissage, pratiqué au domicile des artisans, à la concentration des ouvriers dans des fabriques modernes. Ce basculement s’accompagne d’une mécanisation croissante du travail, qui standardise les gestes et accélère les cadences. Le temps du travail devient ainsi non seulement un espace collectif, mais aussi une durée strictement mesurée. Dans cet univers d’exactitude et de minutie, le temps de travail devient à la fois mesure et discipline. L’organisation de la journée s’affine, les horaires se fixent, et l’horloge — bientôt relayée par la pointeuse — s’impose comme l’instrument du contrôle des cadences. Les rares moments de pause s’insèrent dans une vie désormais réglée non plus seulement par les gestes, mais par la mécanique implacable du temps mesuré.
https://on.soundcloud.com/iT0hp4Pgn6CaFIbffG


5. La pause au travail dans les archives photographiques de Gardy

Le voyage sonore se poursuit dans la Genève industrielle des années 1950, avec un cinquième épisode réalisé par Jessica Da Silva Fernandes et Loanne Deniau. Ici, la photographie industrielle devient à la fois source et objet d’interrogation : les images d’usine documentent aussi bien le travail que les pauses, révélant d’emblée des tensions entre spontanéité et mise en scène. À partir d’une sélection d’images issues du fonds photographique de l’entreprise Gardy (Bibliothèque de Genève), cet épisode explore les différentes représentations de la pause au travail : moments de sociabilité, gestes de détente, mais aussi reconstitution, à des fins de communication, d’une harmonie sociale valorisée par l’entreprise. Cette exploration sensible de la pause invite à porter un regard critique sur la photographie industrielle et sur la manière dont elle peut être interprétée par l’historien·ne. 
https://on.soundcloud.com/RVDpiU1DtgiHTVaMcj


6. Futurs passés : une histoire décalée de la pause au travail

Le dernier épisode, réalisé par Arthur Capt, Thomas Rupp et Sarah Delapierre, propose un dispositif original mêlant récit historique et fiction. Situé dans un futur post-apocalyptique, il met en scène deux historien·ne·s assisté·e·s par une intelligence artificielle, tentant de reconstituer l’histoire de la pause au travail à partir d’archives fragmentaires.  Ce choix narratif permet d’interroger, par un regard décalé, notre rapport contemporain au travail, au temps et au passé. En projetant cette enquête dans un avenir fictif, l’épisode invite à réfléchir aux formes actuelles d’aliénation dans des sociétés hyperconnectées, où les frontières entre temps libre, temps contraint et temps consommé tendent à s’estomper. En ce sens, l’épisode s’inscrit pleinement dans l’une des missions de l’histoire publique : offrir des éclairages historiques permettant de mieux penser les défis du présent. En filigrane, l’épisode propose également une réflexion sur le travail de l’historien·ne. Que devient l’écriture de l’histoire lorsque les sources sont fragmentaires et incertaines ? Comment penser l’équilibre entre rigueur documentaire et recours à l’imagination ?  Cet épisode rappelle ainsi que si toute entreprise historique doit reposer sur des méthodes rigoureuses, elle s’inscrit aussi dans un présent qui en oriente les questionnements.
https://on.soundcloud.com/485uO8ZbijJLe3twDU