Unité d'histoire contemporaine

Thèses soutenues (par ordre chronologique)


gENDRY tHAÏS

 15 mai 2020 - sous la direction de Alexandre Keese et Myriam Cottias (Directrice de recherches au CNRS)
Le droit de tuer. La peine de mort au service de l'ordre colonial en Afrique occidentale française, 1900-1950.
La justice rendue aux colonies n’est pas une excroissance de la justice française métropolitaine. Faisant fi de la séparation des pouvoirs, autoritaire et racialisée, elle est une manière singulière d’organiser le droit de punir et le droit de tuer. La peine de mort n’a généré dans l’historiographie que peu d’analyses et reste marginale dans les réflexions sur le maintien de l’ordre colonial. Elle est pourtant l’aboutissement d’un processus central à l’établissement et au maintien de la domination coloniale : celui de la séparation d’un pouvoir de mort légitime d’autres formes de violences meurtrières, illégitimes. Ce travail cherche à saisir les usages de la peine de mort, dans le contexte colonial de l’Afrique occidentale française entre 1900 et 1950. Nous proposons d’analyser la peine de mort comme un processus qui s’étend depuis la définition des infractions passibles de mort, jusqu’au moment de l’exécution. Ce processus est un lieu du déploiement des fondamentaux de la politique coloniale. Les condamnations et les exécutions génèrent et font circuler des discours sur les comportements africains, créent des figures criminelles, voire ennemies, à éliminer. Ainsi, la mise en scène de la violence légitime, dans les tribunaux et aux pelotons d’exécutions, institue et rejoue sans cesse les divisions de pouvoirs, de statuts (sujet/citoyen), de races et de cultures si centrales à l’ordre colonial.

In english
The justice handed out in the French colonies of West Africa is not a by-product of French metropolitan justice. Oblivious to the separation of powers, while being authoritarian and racialized, it is a distinctive way of organizing the right to punish and the right to kill. The death penalty has a scarce historiography in the French empire. It is also marginal in studies pertaining to colonial tools of power, law and order. Yet, it is the culmination of a process central to the establishment and maintenance of colonial domination: the separation between a legitimate right to kill and other types of illegitimate lethal violence. This dissertation explores the role played by the death penalty in the context of French West Africa between 1900 and 1950. The death penalty is analysed as a process extending from the definition of capital offences to the moment of the execution. This process is a space where the fundamentals of colonial policies are deployed. Condemnation and executions generate and circulate colonial discourses about African behaviour, giving rise to criminal and enemy figures that ought to be eliminated. The staging of legitimate violence, within courts and by firing squads, continuously re-enacts divisions of power, of status (citizen/subject), of race and culture—the very pillars of the colonial order.


AYANGMA BONOHO SIMPLICE

24 mai 2019 - sous la direction de Sandrine Kott, co-direction Daniel Abwa, Université de Yaoundé, Cameroun.
L’OMS voit le jour le 7 avril 1948, dans le but d’"affranchir de la maladie" les peuples en leur permettant de "jouir d’une meilleure santé". Elle se positionne rapidement comme la plus importante institution sanitaire du monde, et entreprend de mener ses actions en faveur de l'accompagnement et l'encadrement des États en matière de santé. Le 22 août 1956, l’Organisation s'installe officiellement à Brazzaville et met en œuvre ses premières interventions en Afrique centrale. Celles-ci vont progressivement se renforcer dans les années 1980 et visent à rémedier à une situation sanitaire précaire aggravée par le sous-financement étatique des services de santé nationaux. Ce travail entend analyser le rôle de l’Organisation dans les progrès sanitaires réalisés par les pays de l’Afrique centrale entre 1956-2000 en étudiant les politiques d’hygiène, de formation des personnels de santé et les campagnes d’éradication des maladies. Nous nous interrogerons toutefois sur les effets potentiellement déstructurants de ces politiques pour les pays d’Afrique centrale tant d’un point de vue politique (affaiblissement des États) que social. La question de la réception de ces mesures de l’OMS par les gouvernements comme par les populations constituera donc un élément important de ce travail.

 


CORBIERE Laetitia

19 juin 2018 - sous la direction de Ludovic Tournès en cotutelle avec Sylvie Aprile (Université de Lille-III)
Impressarios et circulations musiciennes en Europe et aux Etats-Unis (1870-1940).
A la fin du XIXe siècle, la montée des nationalismes et la multiplication des tournées ont bouleversé les échanges artistiques. Le musicien se trouve à la fois « nationalisé », comme chantre de sa patrie, et « transnationalisé », car appelé à se produire au-delà des frontières. Parallèlement, des intermédiaires deviennent nécessaires : les imprésarios, agents artistiques, bureaux de concerts. L’étude de ces intermédiaires révèle des processus de professionnalisation et de légitimation, ainsi que le développement de réseaux – professionnels, techniques et symboliques – structurant les circulations musicales. Elle fait apparaître des relations de coopération et de concurrence internationales, plus ou moins institutionnalisées. Surtout cette recherche doit permettre de saisir les phénomènes de transferts et d’interactions entre les sphères économique, politique et artistique (légitimation des carrières, établissement d’un canon) et de mettre à jour la façon dont les circulations génèrent des valeurs et redéfinissent l’espace musical et politique.


SERNA Elodie

Mai 2018 - sous la direction de Sandrine Kott et Sylvie Aprile
Faire et défaire la virilité. Les stérilisations volontaires en Europe dans l'entre-deux-guerres. Ce projet de thèse s'intéresse au débat engagé sur les masculinités entre les deux guerres mondiales à partir de la question de la stérilisation masculine. Entre les feux de la « dégénérescence » et de la science eugénique, et ceux de la dénatalité et du néo-malthusianisme, les figures du père et de l'homme s'argumentent, se questionnent et se redessinent au gré des transformations sociales et culturelles. Il s'agit alors d'évaluer la multiplicité des discours, dispositifs et champs d'action qui ont été investis par les divers protagonistes masculins pour définir les significations respectives de la paternité et du refus de paternité. A partir du parcours d'un stérilisateur clandestin, qui nous mène vers l'Autriche, l'Espagne, la France et la Belgique, l'étude s'inscrit dans une réflexion sur la transformation des normes de virilité au cœur de réseaux transnationaux d'échanges scientifiques et théoriques.


dagicour ombeline

Novembre 2017, sous la direction de Aline Helg/Lemperiere
Régénérer la Patrie, construire l'Etat. Savoirs géographiques et production du territoire, Pérou (1900-1939).
Cette thèse aborde la question de la production des savoirs d’État sur le territoire au Pérou depuis l’après-guerre du Pacifique (1879-1883) jusqu’aux début des années 1930. On y explore la fabrique d’une ingénierie d’État reposant sur le recours à l’expertise des ingénieurs civils et militaires pour produire les savoirs géographiques indispensables à l’appropriation du territoire par le pouvoir souverain et sa mise en valeur par les différentes forces productives. En raison des multiples enjeux qui s’y concentrent en termes de développement économique et de souveraineté, l’Amazonie péruvienne s’impose comme le lieu privilégié de la production de nouveaux savoirs et du déroulement de nouvelles formes d’expertise en ce premier tiers de XXème siècle. La thèse offre donc une vision depuis les marges du processus de construction étatique et nationale péruvienne. Une approche « spatialisante », inspirée par les travaux du Spatial Turn et ceux du renouveau des Sciences studies, vient mettre en évidence la complexité des logiques de colonisation intérieure. La dimension transnationale constitue un autre apport majeur de la thèse. Celle-ci se retrouve dans l’étude des réseaux de formation des ingénieurs péruviens ; les mécanismes de transfert (asymétrique) de savoirs et de pratiques entre le Pérou et les centres européens et étasunien, mais aussi à travers l’intervention d’experts étrangers au Pérou qui entrent en compétition avec les acteurs nationaux pour l’appropriation et la mise en valeur des ressources naturelles et énergétiques d’un bassin amazonien vu comme étant un réservoir de potentialités et de biodiversité.


fivaz silbermann ruth

Mai 2017, sous la direction de Mauro Cerutti
La fuite en Suisse. Migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs venus de France durant la Seconde Guerre mondiale.


STENGER Véronique

Mai 2016, sous la direction de Sandrine Kott en cotutelle avec Ludovic Tournès
Une voie sociale pour le développement. Le bureau International du Travail et les débuts de la coopération technique (1919-1949).
Cette thèse porte sur l’émergence de la coopération technique et des pratiques du développement dans le cadre du Bureau international du Travail (BIT) entre 1929 et 1954. Les ambitions de cette recherche sont d’une part de comprendre l’impact profond qu’a eu la crise économique mondiale sur les activités des organisations internationales et d’autre part d’étudier l'émergence déjà durant l'entre-deux-guerres d'un discours sur le développement et de pratiques de coopération technique, comme stratégie pour l’OIT de se constituer en organisation universelle. Enfin, cette thèse cherche à étudier, au prisme des missions d’assistance technique organisées dès les années 1930 en Europe, en Asie et en Amérique latine, les dynamiques des processus de diffusion des savoirs techniques et à souligner la dimension internationale des politiques de réforme sociale menées dans les espaces nationaux. L’étude des pratiques internationales d’assistance offre également l’opportunité de réfléchir sur la question de la modernité en tant qu’expérience globale. Ce projet s’inscrit dans une historiographie en construction sur les organisations internationales. Il adopte un point de vue intéressant, décalé par rapport aux schémas d’explication classique en histoire des relations internationales, en accordant une place importante aux espaces régionaux, aux phénomènes de circulation et d’échange, et aux acteurs qui les promeuvent.


WEHRLI Yannick

Décembre 2016, sous la direction de Aline Helg et Antoine Fleury
Amérique latine, Société des Nations, Panaméricanisme: entre universalisme et régionalisme (1919-1946).
La thèse s’intéresse à la manière dont sont conçues par les Etats latino-américains les questions de sécurité internationale, particulièrement de prévention et résolution de conflits, durant l’entre-deux-guerres. On s’intéressera d’abord aux principes juridiques défendus par les juristes, diplomates et gouvernements latino-américains, tels que l’égalité juridique des Etats ou l’arbitrage obligatoire, ainsi qu’aux instruments normatifs développés au sein des Conférences panaméricaines (conventions sur la conciliation, l’investigation et l’arbitrage). Dans un second temps on étudiera la participation latino-américaine à la Société des Nations et on tentera d’en définir les particularismes et les difficultés. On verra ensuite comment les Etats latino-américains se confrontent à la résolution des conflits avec les cas de la guerre du Chaco et du conflit de Leticia, en s’intéressant en particulier au choix de l’espace de négociation (SDN ou instruments continentaux). Enfin, en prenant comme point de départ la guerre d’Abyssinie, on verra de quelle manière les Etats latino-américains réagissent face aux échecs de la SDN et au durcissement de la politique internationale en Europe qui eurent comme conséquence de nombreux retraits de la SDN, parallèles au renforcement du mouvement panaméricain.


HIDALGO-WEBER Olga 

Mars 2015, sous la direction de Sandrine Kott
Dimensions transnationales des politiques sociales britanniques: le rôle de la Grande-Bretagne au sein de l'Organisation internationale du travail, 1919-1946. La thèse s’inscrit dans les récents travaux en histoire transnationale qui ces quinze dernières années ont beaucoup renouvelé l’historiographie du 20e siècle, en centrant leur analyse sur les phénomènes qui traversent les frontières : circulations de personnes, d’idées et de modèles. Les organisations internationales se révèlent à cet égard être des observatoires de choix pour l’analyse de ces phénomènes circulatoires, dans la mesure où de nombreux flux sont orchestrés ou cristallisés par elles. Dans cette approche et en croisant les sources nationales avec celles de l’Organisation internationale du travail, cette étude propose un nouvel éclairage sur la politique britannique de l’entre-deux-guerres dans le domaine social à travers une relecture des relations sociales et politiques que les Britanniques entretiennent avec une multitude d’acteurs : ouvriers et patronats, mais également leur Empire et les Etats-Unis. Ce travail invite à une remise en cause de l’isolationnisme américain en soulignant l’importance de la relation spéciale qui unit les deux pays. Il fait également ressortir l’impérialisme social du gouvernement britannique dans sa relation avec les acteurs sociaux et l’Organisation, cette dernière restant marginalisée dans la politique générale du gouvernement, et ce malgré tous les efforts des réseaux syndicalistes et internationalistes.


DESGRANDCHAMPS Marie-Luce 

Décembre 2014, sous la direction de Matthias Schulz.
L'humanitaire en guerre civile: intervenir dans le conflit Nigeria - Biafra (1967-1970). La thèse porte sur l’intervention humanitaire dans le conflit qui opposa la fédération du Nigeria à la région Est du pays qui déclara son indépendance sous le nom de République du Biafra. Pendant la guerre, qui dura de juillet 1967 à janvier 1970, la situation humanitaire se dégrada et, à partir de l’été 1968, des images d’enfants amaigris aux ventres ballonnés envahirent journaux et téléviseurs occidentaux. Différentes organisations se mobilisèrent pour tenter d’enrayer la famine en cours et imposer aux belligérants le respect du droit humanitaire. Le mouvement international de la Croix-Rouge, les Eglises protestantes et catholique furent les acteurs principaux de cette intervention humanitaire, menée lors d’un conflit africain intra-étatique et dans un contexte post-colonial. La recherche s’intéresse à ces acteurs ainsi qu’au développement et aux implications des opérations qu’ils menèrent. Elle vise à comprendre les dynamiques complexes qui sous-tendirent le déploiement de l’aide humanitaire dans la guerre Nigeria-Biafra et cherche à analyser sa réception à l’échelle des gouvernements mais aussi des populations. Ce faisant, il s’agit de déterminer en quoi la crise humanitaire, sa médiatisation, ainsi que les réponses apportées par les organisations de secours et les débats qu’elles suscitèrent, font de la guerre du Biafra un événement permettant de réfléchir au renouveau du discours et des pratiques de l’aide humanitaire à la fin des années 1960.


GODARD Simon 

Décembre 2014, sous la direction de Sandrine Kott en cotutelle avec Michel Margairaz.
Une histoire sociale transnationale de l’Europe socialiste dans la guerre froide. Construire le « bloc » par l’économie: configurations des territoires et identités socialistes au Conseil d’Aide Economique Mutuelle, 1949-1991. La thèse porte sur les réseaux d’acteurs de la coopération économique internationale des Etats européens socialistes dans le cadre du Conseil d’aide économique mutuelle (CAEM). Le travail déconstruit la notion de "bloc de l’Est" en interrogeant le champ des relations économiques comme lieu de production d’une identité commune entre les partenaires. A travers une analyse transnationale de l’activité des experts délégués au CAEM entre 1949 et 1990 il s’agit d’interroger l’évolution de leurs pratiques professionnelles et les voies de leur acculturation au contact des institutions internationales de la coopération économique multilatérale dans l’espace européen socialiste.


Ballea Marion

Juin 2014, sous la direction de Mattias Schulz en co-tutelle avec le Prof. Sylvain Schirmann, Université de Strasbourg.

Un exercice de diplomatie chez "l'ennemi". L'ambassade de France à Berlin entre 1871 et 1933.
De 1871 à 1933, l’ambassade de France à Berlin fut à la fois ambassade chez l’ennemi et, du point de vue allemand, ambassade de l’ennemi. Rancœurs et méfiances, si ce n’est toujours adversité, dominent les contacts franco-allemands, et les hommes servant la République Française dans l’Allemagne wilhelmienne puis weimarienne doivent faire avec les difficultés, les contradictions et les frustrations d’une mission immergée dans un Berlin peu accueillant, et dont les objectifs diplomatiques paraissent mal définis. Comment exercer le métier de diplomate dans ces conditions ? La thèse s’attelle à répondre à cette question, observant, des cuisines aux bureaux en passant par les salons de réception, le quotidien du microcosme que constitue, six décennies durant, l’hôtel de France sur la Pariser Platz. Autour des enjeux de l’affrontement, du contournement et du rapprochement, elle interroge le sens, la finalité, les possibilités et les limites d’une diplomatie de résidence en terrain hostile.

Between 1871 and 1933, the French embassy in Berlin was, seen from France, an embassy sent to the main enemy, and, seen from Germany, the nest of the main enemy in Berlin. Mistrust was the ground principle of the relationship between Paris and Berlin, forcing those representing France in imperial and Weimar Germany to face the obstacles, contradictions and frustrations resulting from a diplomatic mission in an unwelcoming city, and whose goals were not clearly stated. How, in these circumstances, can diplomacy be practiced on a daily basis? Our work aims at answering the question, wandering through the kitchens, the offices as well as the ballroom of the embassy, trying to figure out what the daily life of the French microcosm on the Pariser Platz looked like. Emphasizing how the embassy was, at the same time, confronting French-German rivalry, working around and trying to overcome it, the study sheds light on the meaning, the purpose, the possibilities and the limits of residence diplomacy on hostile ground.


juin guillaume

Octobre 2012, sous la direction de Antoine Fleury et Soutou.
Romain Rolland dans le contexte suisse de la Grande Guerre.


CAILLAT Michel

Avril 2013, sous la direction de Mauro Cerutti
L'Entente Internationale anticommuniste, un réseau international de lutte anticommuniste. Thèse portant sur l'Entente internationale anticommuniste (EIA), fondée par l'avocat genevois Théodore Aubert en 1924, pour défendre les valeurs d'ordre, de propriété, de famille et de patrie. Cette organisation, qui se pensait comme le centre mondial de la lutte anti-bolchevique, s'est constitué durant les quelque 25 ans de son existence de puissants réseaux parmi les élites politiques et économiques, non seulement en Suisse, mais également en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Allemagne, réseaux qu'elle actionne en partie également grâce à ses organisations auxiliaires, en particulier sur les plans religieux (Commission internationale Pro Deo) et idéologique (Institut anti-marxiste). 


MATEJKA Ondrej

(Assistant, Uni Charles, Prague, Rép. Tchèque)

Décembre 2012, sous la direction de Sandrine Kott
Construction religieuse du 20e siècle dans un pays "non-croyant". Les Protestants dans société tchèque 1900-1960. Ayant souffert jusqu’au début des années 1860 des formes de marginalisation structurale au sein de l’Empire habsbourgeois, la minorité protestante tchèque est entrée dans le 20e siècle avec un retard évident dans le domaine social, culturel et démographique. Les Protestants tchèques ont toutefois réussi à instrumentaliser efficacement leurs contacts intenses avec leurs confrères occidentaux pour produire leurs propres élites intellectuelles et économiques revendiquant dès la première décennie du 20e siècle une position centrale dans l’univers tchécophone. Une analyse minutieuse de l’évolution de la position du milieu protestant tchèque entre le centre et la périphérie de la communauté nationale (tout en gardant les liens avec les réseaux protestants internationaux) nous permet d’ouvrir d’un côté des questions générales concernant les évolutions de la société tchèque dans le contexte de la modernité européenne sécularisée et, de l’autre, contribuer à la réflexion sur les formes de mobilisation d’une minorité (confessionnelle) s’efforçant de sauvegarder un certain niveau d’influence social dans un contexte adverse. Religious construction of the 20th century in a "non-believing country". Protestants in the Czech society 1900s-1960s. Having suffered until 1860s from structural marginalization inside the Habsburg Empire the small Czech Protestant minority entered the 20th century with a clear social, cultural and demographical delay. Profiting both financially and intellectually from intense contacts with Western co-religionists, the Czech Protestants succeeded however in rapidly producing their own economic and cultural elites claiming central position in the Czech national community. In depth analysis of the evolution of the position of the Czech Protestant milieu between the centre and periphery of the national life and, in the same time, at the interface of the Protestant European networks enables us to address on one hand questions concerning the evolution of the Czech society inside the secularizing European modernity and, on the other, to examine changing forms of mobilization of a confessional minority striving for maintaining its social relevance.


HEINIGER Alix 

Juin 2012, sous la direction de Sandrine Kott (co-tutelle ENS Cachan)
Comités Freies Deutschland à l'Ouest, résistance et exil allemands contre le Nazisme. En septembre 1943, les communistes allemands exilés en Amérique Latine et en Europe créent des organisations Freies Deutschland, sur le modèle du Nationalkomitee Freies Deutschland fondé à Moscou en juillet. Ces militants ont compris la fondation du NKFD par leurs dirigeants et des prisonniers de guerre allemands issus de la 6e armée comme une relance de la stratégie de front commun abandonnée à la signature du pacte germano-soviétique. L’objet de ma thèse de doctorat est l’étude comparative des organisations Freies Deutschland en Suisse, en France et en Belgique. Les trois pays offrent des configurations d’exil assez différentes ayant des conséquences substantielles sur les possibilités d’action de Freies Deutschland. Les trois organisations connaissent dans un premier temps une existence clandestine, puis avec la Libération en France et en Belgique et avec la reconnaissance du mouvement par les autorités fédérales en Suisse, elles peuvent agir ouvertement. Enfin, je m'intéresse à l’écriture de l’histoire des trois organisations en RDA. Dès la fin des années 1950, une partie des anciens militants sont invités par le régime est-allemand à rédiger des rapports sur leurs souvenirs pendant la guerre qui constituent les sources des travaux historiques publiés dans les années 1970. La périodisation 1943-1975 permet de suivre les parcours d’une partie des membres de Freies Deutschland sur une moyenne durée. Pour aborder collectivement les militants et comprendre la structuration sociale des organisations, j'ai adopté une approche prosopographique.


MATASCI Damiano 

Mars 2012, sous la direction de Sandrine Kott (cotutelle EHESS, Paul-André Rosental) 
L'école républicaine et l'étranger. Acteurs et espaces de l'internationalisation de la "réforme scolaire" en France (1870 - première moitié du XXe siècle) .
Cette thèse de doctorat s'intéresse aux acteurs et aux espaces du processus d’internationalisation de la réforme scolaire en France entre 1870 et la première moitié du XXe siècle. Son ambition est de repenser l'histoire de l'école républicaine en examinant la relation que l’école française - et plus généralement le processus de « nationalisation » du système scolaire - entretient avec l’« étranger ». Organisée en trois parties thématiques, cette recherche explore plus précisément l’ensemble des échanges, des contacts et des emprunts qui caractérisent la mise en place du système scolaire moderne. La première partie interroge la production de savoirs sur l’étranger et la construction des modèles scolaires en France entre 1870 et 1914. Les missions pédagogiques dans les pays étrangers, plusieurs revues spécialisées et des institutions comme le Musée pédagogique (fondé en 1879) permettent en effet la prise en compte dans les débats réformateurs d'un horizon de références qui transcendent les frontières nationales. La deuxième partie explore la place des réformateurs français au sein du mouvement international de la réforme de l’instruction publique qui se développe dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Les sections scolaires des expositions universelles, les congrès internationaux de l’enseignement et les premiers réseaux internationaux qui se créent au tournant du siècle contribuent considérablement à la circulation des idées pédagogiques, à la propagande des modèles scolaires nationaux ainsi qu’à l’échange intellectuel entre les réformateurs de plusieurs pays. La troisième partie aborde le problème des usages et de l’impact de l’ensemble des connexions internationales mises en place par les réformateurs français et explorées dans les deux premières parties de la thèse. Elle étudie les usages et les différentes formes de « réappropriation » des modèles scolaires étrangers lors des réformes de l’enseignement primaire et secondaire français de la fin du siècle (notamment les lois Ferry et l'introduction de l'enseignement spécial et moderne). Le dernier chapitre interroge enfin les principales métamorphoses du processus d’internationalisation dans l’entre-deux-guerres. Il montre plus précisément comment l’action des réseaux internationaux qui émergent à la fin du XIXe siècle est réadaptée en fonction des nouveaux acteurs que sont les organisations internationales intergouvernementales. En discutant les formes et les logiques du processus d’internationalisation, cette thèse permet finalement d'inscrire l'histoire de l’éducation française, souvent appréhendée d'un point de vue exclusivement national, dans un contexte réformateur plus large et caractérisé par une circulation d’idées pédagogiques et d’idéaux-types scolaires qui traversent les frontières et se modulent selon les traditions politiques et culturelles de chaque pays.


CHRISTIAN Michel 

Novembre 2011, sous la direction de Sandrine Kott (co-tutelle, Paris VIII)
Les partis au pouvoir en RDA et en Tchécoslovaquie: une approche comparée de l'organisation partisane communiste.
En Allemagne comme en République tchèque, les anciens partis communistes au pouvoir (SED, Sozialistische Einheitspartei Deutschlands ou Parti socialiste unifié d’Allemagne, et KSČ, Komunistická strana Československa ou Parti communiste de Tchécoslovaquie) sont des enjeux de mémoires importants. Pourtant, malgré l’ouverture des archives et le développement de l’histoire sociale de la période communiste, ils restent des objets peu étudiés. Ils sont le plus souvent envisagés sous l’angle institutionnel, ce qui a pour effet de réduire leur histoire à la prise du pouvoir et à l’établissement des structures considérées comme figées jusqu’à la fin du régime.
Le premier apport de mon travail est au contraire de réintroduire à la fois du social et de l’historicité dans l’étude de ces partis, c’est-à-dire de les envisager comme des organisations sociales en évolution, en se demandant non seulement comment ils sont arrivés au pouvoir, mais aussi comment ils ont fait pour durer et sur quels processus sociaux cette longévité s’est appuyée : au début de la période, ils sont des vecteurs de transformation sociales, des organisations extérieures à la société qu’ils dominent, avec un recrutement ouvrier majoritaire ; à la fin de cette période, les partis communistes reproduisent et entretiennent au contraire l’ordre social dominant. De partis de la révolution, ils sont devenus des partis de l’establishment.
Le deuxième apport de mon travail est sa dimension comparative. La comparaison entre deux pays du bloc, qui entretiennent en outre de nombreuses relations, permet de mesurer à l’échelle la plus fine le degré d’uniformité entre pays du bloc, la centralité du modèle soviétique et la réalité des réappropriations nationales. En s’appuyant dès 1945 sur la légitimité nationale et sur l’appareil d’Etat existant, le KSČ profite de ressources extérieures au répertoire communiste traditionnel, une ambiguïté qui apparaîtra clairement en 1968 ; au contraire, le SED s’impose dès 1945 comme l’organisation centrale autour de laquelle se réorganise la société d’après-guerre. Il en résulte une société davantage centrée autour du parti et de son appareil en RDA qu’en Tchécoslovaquie. Le rapport à la nation et à l’Etat, très différent en Tchécoslovaquie et en RDA, a donc produit dans la durée des manières de s’identifier et d’agir dans le parti sensiblement différente entre les deux pays.
Je privilégierai le plan chronologique, qui se justifie par sa capacité à rendre compte des différentes évolutions que connaissent ces partis, derrière l’apparence de l’immobilité institutionnelle, en distinguant trois périodes principales :
- 1945-1961 : en 1945-46, KSČ et SED entre sur la scène politique comme partis de masse et comme partis d’Etat; la construction du mur en 1961 et l’adoption d’une nouvelle constitution en Tchécoslovaquie en 1961, coïncident avec une stabilisation des pratiques et un renouvellement générationnel qui transforment profondément le parti
- 1961-1970 : les années 1960 sont des années de stabilisation et de routinisation, mais aussi de changements et de réformes dans et hors du parti, avec des conséquences différentes pour le KSČ et pour le SED ;
- 1970-1989 : 1970 marque la fin de ces réformes, mais correspond aussi à l’arrivée à l’âge adulte de la première génération intégralement socialisée sous le régime socialiste : sous l’apparente immobilité des institutions, de nouvelles générations sont intégrées dans le parti et ce dernier est devenu une instance socialisation.


BAZIN Jérôme

Novembre 2011, sous la direction de Sandrine Kott
Histoire sociale de la peinture et des arts graphiques en Allemagne de l'Est deuis les années 1950.
La société communiste est-allemande voit se former un champ artistique particulier, marqué par la mise en présence d'acteurs occupant différentes positions sociales: artistes professionnels, artistes amateurs, ouvriers et employés, fonctionnaires de la culture. Il s'agit dans cette recherche de s'intéresser aux interactions, aux tensions sociales et aux hiérarchies entre ces acteurs de 1949 à 1989. Mais il s'agit également d'analyser les œuvres artistiques qui sont nées dans ce contexte, de comprendre la manière dont elles thématisent la question sociale, en reprenant la longue tradition d'art social allemande, mais aussi en apportant des réponses artistiques nouvelles aux évolutions sociales que connaît la RDA. Comment la peinture communiste figure-t-elle les rapports sociaux à une époque où les autorités politiques interdisent la représentation des antagonismes de classes?


STENGER Nicolas

Juin 2010, sous la direction d'Antoine Fleury et Renaud Zuppinger 
Les intellectuels et l'identité européenne en débat. Le parcours et l'oeuvre de Denis de Rougemont.
Fondée sur l’exploitation d’archives inédites, la thèse précise le cheminement intellectuel et militant de l’écrivain Denis de Rougemont après la Seconde Guerre mondiale, sachant que sa vie s’est dès lors confondue avec la cause de l’union européenne. Denis de Rougemont fonda en 1950 à Genève le Centre européen de la culture, où il tenta de mener, en autonomie vis-à-vis des gouvernements et malgré des moyens financiers limités, une action en profondeur de réforme des mentalités, accompagnant mais aussi critiquant l’oeuvre accomplie par les artisans officiels de la construction européenne. La thèse souligne l’évolution et la clarification progressive de son projet, ainsi que le problème de sa réception sur la scène intellectuelle et politique. Outre un essai sur l’Europe et ses problèmes de définition et de finalités, il s’agit d’une mise en perspective historique d’un homme en prise avec son temps, avec d’autres hommes et leurs idées.


KUDER Martin

Juin 2010, sous la direction de Christoph Conrad et Mauro Cerutti 
Les relations économiques entre la Suisse et l'Italie entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le début des années 1970.
La thèse cherche à mettre en évidence la complexité du cadre d’ensemble des rapports économiques entre l'Italie et la Suisse pendant les "trente glorieuses". Elle s’intéresse aux échanges commerciaux – avec la contrebande vers la Péninsule qui assume une grande importance (entre 8% et 25% des exportations suisses vers l'Italie) –, aux investissements suisses en Italie et aux rapports financiers: dans ce domaine, à côté des crédits helvétiques à la Péninsule et de l'émission d'emprunts obligataires italiens dans la Confédération, il faut signaler en particulier la croissance spectaculaire de la fuite de capitaux italiens en Suisse dans les années 1960. La recherche s’occupe aussi aux voies de communication (transit ferroviaire, construction de nouveaux tunnels routiers, oléoduc Gênes-Collombey), et à l’émigration italienne en Suisse, la Confédération devenant à l’époque la principale destination pour les émigrants italiens, qui constituent de loin la plus importante colonie étrangère sur sol helvétique. Ce n’est qu’en additionnant tous ces divers facteurs, qu’il est possible de saisir l’importance, pour la Suisse comme pour l'Italie, des rapports économiques bilatéraux dans le cadre plus large des relations économiques avec l'étranger des deux pays.La thèse cherche à mettre en évidence la complexité du cadre d’ensemble des rapports économiques entre l'Italie et la Suisse pendant les "trente glorieuses". Elle s’intéresse aux échanges commerciaux – avec la contrebande vers la Péninsule qui assume une grande importance (entre 8% et 25% des exportations suisses vers l'Italie) –, aux investissements suisses en Italie et aux rapports financiers: dans ce domaine, à côté des crédits helvétiques à la Péninsule et de l'émission d'emprunts obligataires italiens dans la Confédération, il faut signaler en particulier la croissance spectaculaire de la fuite de capitaux italiens en Suisse dans les années 1960. La recherche s’occupe aussi aux voies de communication (transit ferroviaire, construction de nouveaux tunnels routiers, oléoduc Gênes-Collombey), et à l’émigration italienne en Suisse, la Confédération devenant à l’époque la principale destination pour les émigrants italiens, qui constituent de loin la plus importante colonie étrangère sur sol helvétique. Ce n’est qu’en additionnant tous ces divers facteurs, qu’il est possible de saisir l’importance, pour la Suisse comme pour l'Italie, des rapports économiques bilatéraux dans le cadre plus large des relations économiques avec l'étranger des deux pays.


DELPHINE DEBONS

Juin 2010, sous la direction de Aline Helg
L'assistance spirituelle aux prisonniers de guerre: un aspect de l'action humanitaire durant la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1948).


MAURICE Thierry 

Juin 2010, sous la direction de Christoph Conrad 
La ruse mémorielle: La Transition démocratique espagnole et les passés traumatiques (1976-1982).
Cette thèse se situe au croisement de l’histoire politique et de l’histoire mémorielle - essentiellement centrée sur les représentations et les usages du passé. Le problème qui préside à l’étude est le suivant : comment les Espagnols, par délégation de leurs élites politiques, médiatiques et culturelles, ont-ils composé durant la Transition démocratique avec les aspects les plus sombres et traumatiques de leur proche passé, c’est-à-dire avant tout la Guerre civile et le premier franquisme ?
Il nous a semblé pour ainsi dire impossible de comprendre la Transition sans prendre en compte les ressources légales et institutionnelles de la dictature, les projets de réforme du régime ébauchés par les différentes « familles » du système, de même que l’évolution des rapports de force entre franquisme et oppositions. C’est l’objet de la première partie de la thèse, qui interprète la dictature du général Franco comme un régime qui, tout en procédant à une ouverture économique notable à partir de la fin des années 1950, s’est ingénié pendant près de quarante ans à repousser l’échéance d’une libéralisation politique. Toutefois, après la mort du Caudillo et l’avènement de Juan Carlos à la tête de l’Etat, c’est bien sous la houlette d’un ancien franquiste reconverti à la démocratie, le Premier ministre Adolfo Suárez, que l’opération transitionnelle est menée, dans le cadre juridique légué par la dictature.
Les deuxième et troisième parties de la thèse auscultent la Transition proprement dite (1976-1982), sous l’angle privilégié de ce que nous avons appelé des « moments de mémoire ». Il s’agit d’aborder certains temps forts du processus qui, par un phénomène de résonance historique, de convocation des spectres et des démons du passé, incitent les acteurs et les observateurs à se positionner dans leurs discours à l’égard de ces derniers. Parmi les épisodes sélectionnés, citons en priorité : le débat sur la loi pour la réforme politique, la légalisation du Parti communiste, les Pactes de la Moncloa, la discussion liée à la loi d’amnistie, le débat autour de la Constitution ou encore le coup d’Etat manqué du 23 février 1981. Afin d’analyser ces représentations du passé qui quadrillent l’espace public et définissent un régime mémoriel, nous avons eu recours à des sources de natures variées : presse quotidienne et hebdomadaire ; discours, programmes, conférences et entretiens politiques ; législation fondamentale, débats parlementaires ; Mémoires, témoignages et visions personnelles des protagonistes. L’hypothèse centrale du travail, qui s’est forgée à la lecture de ces événements spécifiques, consiste à dire que, pendant la Transition, les principaux acteurs de la scène publique recourent à une forme de ruse mémorielle dans leur rapport aux passés traumatiques afin de favoriser une stratégie politique adaptée à leur perception du changement. La quatrième et dernière partie de la recherche, plus brève, vient pondérer les développements antérieurs. Elle révèle qu’à côté des nombreux usages publics du passé abondamment illustrés – ce que d’aucuns considèrent comme la construction d’une « fausse identité » - existe également le « poids du passé », dont l’inertie a vocation à résister à la manipulation. Le recours à des sources littéraires, soit deux romans « transitionnels » de l’écrivain catalan Juan Marsé – La muchacha de las bragas de oro (1977) et Un día volveré (1982) – ouvre un débat fécond sur le caractère artificiel de la représentation publique du passé et sur les ressources subversives des mémoires individuelles, à même d’échapper en partie au carcan du « prêt-à-porter » de la rétrospection collective.
Nous considérons que durant la Transition, époque de charnière historique, les enjeux liés à l’appréhension des passés traumatiques sont majeurs : ils investissent largement les discours à prétention politique et posent ainsi un cadre au processus de changement, Cependant, nous soutenons que cette présence s’opère de façon globalement détournée, par l’intermédiaire d’un arsenal de ruses, plus ou moins dominantes, dont l’articulation définit un certain équilibre mémoriel. La notion de ruse mémorielle correspond au caractère d’ambiguïté qu’implique la Transition : il s’agit en effet de passer d’un régime à l’autre à pas feutrés, sans renier le passé sur l’autel de l’avenir. Cela suppose qu’il n’existe à cette époque aucun accord mémoriel explicite entre les acteurs, mais précisément des feintes qui permettent d’évacuer provisoirement un immense contentieux attaché au passé. L’essentiel n’est donc pas de s’entendre sur le sens du proche passé, dont chacun conserve jalousement sa conception, mais de faire comme si ce dernier n’avait plus à créer de motifs de querelles au présent. Cette simulation fonctionne plutôt bien en ce qui concerne la Guerre civile, dont la litanie du « tous coupables » et du « plus jamais ça » permet d’apaiser les rancoeurs et de prévenir les tentations de violence. L’effort est nettement moins aisé à propos de la dictature, qui consacra de fait des abuseurs et des abusés. Mais il est consenti sur la scène publique par les représentants du camp jadis opprimé, dont le souci premier est de s’intégrer et de contribuer ainsi à stabiliser la démocratie naissante. L’une des clefs de la Transition repose donc sur ce regard partiellement biaisé – déterminé par un rapport de forces demeuré à l’avantage des réformistes issus du franquisme – que les Espagnols ont accepté ou se sont employés à poser sur leur proche passé afin de s’en extraire. Il n’est dès lors guère étonnant que les principaux contentieux mémoriels qui secouent aujourd’hui l’Espagne depuis une dizaine d’années se cristallisent autour de ce que la Transition démocratique, puis la démocratie consolidée ont fait avec leurs passés traumatiques.


PERRENOUD Marc 

Novembre 2008, sous la direction de Jean-Claude Favez et Antoine Fleury 
Banquiers et diplomates suisses dans un monde en guerres (1938-1946).
Les relations entre banquiers et diplomates suisses pendant la Seconde Guerre mondiale et au tout début de la guerre froide sont analysées dans cette thèse qui résulte, d'une part, des recherches pour l'édition des documents diplomatiques suisses et d'autre part des travaux de la "Commission Bergier" (dont l'auteur fut le conseiller scientifique de 1997 à 2001). Le développement de la place financière suisse au cours de la première moitié du XXe siècle et son renforcement pendant la Seconde Guerre mondiale constituent des caractéristiques des relations extérieures de la Suisse, ce qui entraîne une évolution des activités diplomatiques. Les prestations financières de la Suisse contribuent à améliorer les relations avec des belligérants, mais elles provoquent aussi des tensions en particulier avec les Alliés de 1943 à 1946. Cette recherche porte le secret bancaire, les échanges financiers avec le marché mondial, la politique de neutralité, les relations avec l'Association suisse des banquiers et d'autres questions qui concernent à la fois les banquiers et les diplomates suisses.Les prestations financières de la Suisse contribuent à améliorer les relations avec des belligérants, mais elles provoquent aussi des tensions en particulier avec les Alliés de 1943 à 1946. Cette recherche porte sur le secret bancaire, les échanges financiers avec le marché mondial, la politique de neutralité, les relations avec l'Association suisse des banquiers et d'autres questions qui concernent à la fois les banquiers et les diplomates suisses.


kibita nataliya

Septembre 2008, sous la direction de Wladimir Berelowitch, Président Christoph Conrad.
The Sovnarkhoz Reform in Ukraine: Evolution of the Economic Administrative System (1957-1965)


JOYE-CAGNARD Frédéric 

Mai 2007, sous la direction de Antoine Fleury
La construction de la politique de la science en Suisse : Enjeux scientifiques, stratégiques et politiques 1944-1974.
Le but de la thèse de doctorat consiste à comprendre le processsus d'émergence de la politique fédérale de la science en Suisse durant la période allant de 1944 à 1974. Le principal apport du travail réside dans l’explication de la compréhension, par les autorités politiques fédérales, des enjeux scientifiques et de formation supérieure, ainsi que les réponses qui ont été apportées à ces nouveaux défis.
Trois parties conduisent l'analyse : dans un premier temps (« L'Atome, les militaires et les scientifiques »), la recherche détaille le rôle de la politique fédérale atomique et la collaboration informelle entre l'armée suisse et les milieux scientifiques dans les modalités de saisie par l'Etat fédéral de la montée en puissance de l'activité scientifique et technique après 1945. Une attention particulière est portée au rôle de l' "argent atomique" dans la diversification de la recherche durant les années 1945-1962. En effet, parallèlement aux grands programmes de développement de l’énergie nucléaire et de construction d’une bombe atomique suisse, la politique atomique fédérale a soutenu la recherche civile, par exemple en biomédecine, contribuant ainsi à l’émergence de nouvelles disciplines de recherche, comme la biologie moléculaire.
La deuxième partie (« Science et relations internationales ») porte sur les usages faits par la Suisse de la coopération scientifique internationale durant la Guerre froide, et en particulier du rapprochement entre la neutralité scientifique de la communauté internationale et la neutralité politique de la Suisse. Outre la création du premier poste d’attaché scientifique à l’ambassade de Suisse à Washington, il s’agit de montrer comment la Suisse a utilisé le prestige lié à la recherche scientifique pour être représentée au sein des grands organismes de coopération internationale, tout en restant indépendante sur le plan politique, soit en préservant sa position de neutre malgré le durcissement de la Guerre froide.
La troisième partie (« Former, planifier, diriger ») expose les principales étapes institutionnelles et législatives de l'émergence d'une nouvelle prérogative fédérale, soit la politique de la science, et inscrit le processus dans le contexte d'élargissement des tâches de l'Etat-Providence, de reconfiguration de la politique économique nationale, et d'intégration de nouveaux outils de politique fédérale, comme la prospective, le renforcement de la politique conjoncturelle, ou encore la refonte des rapports entre le Conseil fédéral et le Fonds national suisse, notamment par l'introduction de nouvelles formes d'encouragement à la recherche (Programmes nationaux de recherche).


LATHION Valérie

Novembre 2007, sous la direction de Sandrine Kott
Un Dimanche pour Dieu ou pour l’homme ? Une croisade philanthropique et religieuse pour la défense du dimanche chrétien. Modèles et pratiques a ux XIXe et début du XXe siècles.  
Thèse de doctorat soutenue le 9 novembre 2007 à l’Université de Genève devant un jury composé de Mme Sandrine Kott (directrice de thèse, Genève) et MM. Robert Beck (Tours), Christoph Conrad (président du jury, Genève), Michel Grandjean (Genève, théologie), Laurent Tissot (Neuchâtel) et François Walter (Genève).
Du dimanche traditionnel, jour du Seigneur et jour de fête, au dimanche envahi par les excès de l’industrialisation, du jour du repos et de la famille à une simple composante du week-end consacré aux loisirs, les représentations du dimanche, temps à part de la semaine, se sont égrenées au fil des décennies entre le XIXe et le XXe siècles. La transformation de l’usage du dimanche traditionnel après son envahissement par le travail continu, sept jours sur sept, a été perçue par l’Eglise comme un danger. Cette menace a provoqué la création d’un mouvement associatif en faveur du dimanche qui se donne une double mission, religieuse et humanitaire. Ce mouvement rayonne de Genève où la Société pour la sanctification du dimanche voit le jour en 1861 et la Fédération internationale pour l’observation du dimanche en 1876.
La première partie de notre thèse analyse la situation avant 1861. L’étude de la législation, des pratiques religieuses et des activités dominicales profanes à Genève de la Réforme jusqu’au milieu du XIXe siècle démontre que la sécularisation est en marche déjà durant l’Ancien Régime. Cette partie s’achève par l’étude d’une société religieuse annonçant le mouvement associatif de la seconde moitié du XIXe siècle, la Société pour la sanctification du dimanche dans le canton de Vaud.
La seconde partie est consacrée à l’étude du mouvement associatif dominical, de ses réseaux genevois, suisses et internationaux et de son organisation. Grâce au dépouillement intégral du riche fonds d’archives Alexandre Lombard (conservé à la Bibliothèque de Genève) consacré à ce mouvement associatif et encore jamais consulté, nous démontrons que l’association fondée par le banquier protestant Alexandre Lombard se rattache autant aux réseaux des associations religieuses issues du Réveil qu’aux associations philanthropiques de la Réforme sociale.


VAN DONGEN Luc

Juillet 2006, sous la direction de Mauro Cerutti et Jean-Claude Favez :
Un purgatoire très discret. La transition "helvétique" d'une cohorte d'anciens nazis, fascistes, collaborateurs et autres vaincus de la Libération, 1943-1955 (env.).
La thèse s'intéresse aux Allemands, Italiens et Français compromis avec les régimes nazi-fascistes des années 1930-1940 qui ont choisi de se réfugier en Suisse à la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui se sont intégrés dans l'ordre de l'après-guerre à partir de là. Grâce à de vastes recherches dans de nombreux pays, il a pu être brossé pour la première fois un tableau général d'un phénomène passé sous silence depuis plus d'un demi siècle. Construite autour des trajectoires des individus (entre 400-500 personnes retrouvées), la thèse cherche à définir le type de population concerné, à décortiquer les mécanismes et les dessous qui ont rendu possible la présence en Suisse et enfin à comprendre à quoi a servi l'expérience helvétique au niveau des carrières respectives. Considéré comme un fait social autant que politique, le phénomène est inscrit dans son contexte international et dans son historicité ""Vergangenheitsbewältigung").


FARRÉ Sébastien

Juin 2005, s ous la direction de Mauro Cerutti, Jean-Claude Favez
La Suisse et l’Espagne de Franco. De la guerre civile à la mort du dictateur (1936-1975).
Cette recherche propose une étude de la contribution de la Suisse officielle à l'évolution du régime franquiste de 1936 à 1975. À ce titre, ce travail offre une analyse de la politique étrangère helvétique face à un régime dictatorial. De même, il s’intéresse à comprendre la contribution suisse aux changements économiques, politiques et sociaux en Espagne durant cette période. Il ressort de cette recherche que le Conseil fédéral maintint durant le franquisme des relations solides et amicales avec le gouvernement espagnol. L’une des phases les plus troubles de la politique étrangère suisse à l’égard de l’Espagne est sans aucun doute la guerre civile. Cependant, ce n’est pas avant la fin des années 1960 que cette position est remise en cause. Dans cette perspective, l’anticommunisme, la défense des intérêts économiques helvétiques et l’importance politique et diplomatique de la question espagnole constituent des facteurs essentiels pour comprendre l’attitude de la Suisse officielle face au régime dictatorial espagnol.


BITTENCOURT EZIO

Juillet 2004, sous la direction de Aline Helg et Lombardo
Le processus d'européanisation du Brésil et la culture européenne dans les théâtres du Rio Grande do Sul.


BLAUDENDISTEL RAINER

Octobre 2003, sous la direction de J.-Cl. Favez, Présdient Christoph Conrad
Between bombs and good intentions. The international Committee of the Red-Cross (ICRC) and the Italo-Ethiopian War 1935-1936


FAYET JEAN-FRANçOIS

Novembre 1999, sous la direction de J.-Cl. Favez
Karl Radek (1885-1939). Biographie politique.