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La BD s'invite en stage

Dès leur 2e année, les étudiant-es en médecine humaine effectuent un premier stage en cabinet médical. Namu Bae, étudiant en médecine a choisi de raconter son expérience en manga. Un choix narratif (d)étonnant, à découvrir dans la Revue médicale suisse.

Numéro 45 - Octobre 2023

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© Namu Bae. Une planche de la BD «Le stage» parue dans la Revue médicale suisse

Pendant 4 demi-journées, les étudiant-es de 2e année ont l’occasion d’expérimenter leur futur métier, et surtout la relation avec les patient-es aux côtés d’un ou d’une médecin généraliste ou pédiatre exerçant dans un cabinet de ville. «Cette immersion en contexte clinique constitue pour beaucoup un moment marquant, même si nous les préparons en amont au travers d’ateliers pratiques, notamment autour du raisonnement clinique qu’ils et elles devront appliquer pour la première fois», souligne Alessandro Diana, co-responsable des stages de 2e année au sein de l’Institut universitaire de famille et de l’enfance (IUMFE) de la Faculté de médecine de l’UNIGE et lui-même pédiatre. «Ils et elles doivent ensuite rendre un rapport de stage dont le format est devenu, depuis deux ans, très libre afin d’éviter le simple compte rendu. Dessin, fiction, tout est possible!»

Une bulle plutôt que mille mots

Passionné de manga depuis des années, Namu Bae a choisi ses crayons à dessin pour raconter son stage auprès d’un pédiatre. «Pourquoi? J’ai voulu saisir cette opportunité pour concilier mon intérêt de la médecine et du dessin. Et aussi parce que cela me permettait d’exprimer mon ressenti beaucoup plus efficacement qu’en passant par l’écrit, qui n’est clairement pas mon mode de communication préféré. Et même si je n’avais auparavant jamais réalisé de vraie BD, j’ai voulu relever le défi et voir si j’en étais capable», raconte-t-il.

Namu Bae se souvient de l’impatience mêlée d’une certaine appréhension qu’il ressentait avant le stage. Prendre pour la première fois la posture professionnelle du futur médecin est en effet une étape importante. «Lors de la première matinée, nous avons vu une dizaine de patient-es, et le pédiatrie que j’accompagnais les connaissait toutes et tous: leur histoire, leurs maladies, leurs parents. Et les raisons qui les amenaient en consultation dépassaient largement le cadre biologique. Il n’y a pas très longtemps, j’aurais pu être à leur place.» Alessandro Diana analyse ce ressenti: «C’est tout l’enjeu de ce premier stage: se glisser réellement dans l’identité du médecin, décrypter les interactions en jeu, faire appel à ses capacités de diagnostic. A un âge si jeune, c’est loin d’être facile.»

Se projeter dans le futur

Namu Bae: «Au final, tant le stage en lui-même que la nécessité de le raconter sous la forme d’une BD m’a beaucoup appris. Je sais maintenant que la médecine en cabinet n’est pas pour moi. Je m’intéresse à la médecine d’urgence, dont le rythme, très soutenu sur le moment mais sans le suivi à long terme des patient-es me correspond mieux. Et le fait de me plonger dans le dessin m’a rappelé le rôle central que celui-ci joue dans ma vie, de même que la nécessité d’équilibrer vie privée et professionnelle pour ne pas se brûler trop rapidement.» D’ailleurs, Namu Bae a remporté le prix du meilleur rapport de stage 2022.

Médecine narrative: la littérature au chevet de la médecine

Les enseignant-es de l’IUMFE s’appuient sur le concept relativement récent de médecine narrative, qui vise à intégrer les outils de la littérature dans la pratique médicale. Il s’agit ainsi de développer chez les médecins en formation une meilleure capacité à se représenter le vécu de l'autre, à s'approprier son récit, son rapport au corps, à la maladie et à sa culture. «Pour y parvenir, nous avons recourt à des ateliers pratiques avec des exercices de lecture et d'écriture. Les rapports de stage de 2e année constituent une première réflexion sur ces thématiques, et une incitation à utiliser le potentiel si riche qu’offre le recours à la fiction», détaille Gaspard Aebischer, qui co-dirige ces stages avec Alessandro Diana. «En sortant d’un modèle de rapport de stage un peu scolaire, on fait appel à d’autres compétences littéraires et même philosophiques qui enrichiront l’indispensable relation humaine entre un médecin et ses patient-es.»

© Namu Bae
Étudiant en 4e année de médecine

Pour aller plus loin

Découvrez la BD en intégralité dans la Revue médicale suisse
Bae, N., Aebischer, G., Diana, A., Meynard, A. (2023), Le stage, Rev Med Suisse, 9, no. 838, 1522–1528. DOI: 10.53738/REVMED.2023.19.838

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