Notice de l’éditeur
Les Notions de mouvement et de vitesse chez l’enfant (1946), est un ouvrage complémentaire au Développement de la notion de temps chez l’enfant. Piaget y propose des analyses génétiques solidaires entre elles, déployant sa théorie des opérations infralogiques. Si les notions de temps, de mouvement et de vitesse relèvent de structures cognitives spécifiques, et distinctes des opérations logico-mathématiques, elles sont toutefois organisées selon des principes opératoires analogues. Piaget distingue en effet les opérations logico-mathématiques relatives aux classes et aux relations abstraites (pôle sujet), des opérations infralogiques qui concernent l’organisation des relations spatio-temporelles et des transformations du réel (pôle objet). Les deux ouvrages portent sur les notions phares de ces opérations infralogiques, impliquant la coordination de relations continues, irréversibles sur le plan physique — le temps — mais subordonnées à la réversibilité mentale. S’il y a interdépendance des concepts de temps, de mouvement et de vitesse, Les Notions de mouvement et de vitesse se dirige vers la notion d’espace (mouvement, vitesse, distance, déplacements) là où le précédent ouvrage l’amenait en direction du temps, notamment par l’étude du temps psychologique (notions d’âge, durée de l’action, etc.). Adoptant la même logique d’explication constructiviste dans les deux ouvrages, Piaget montre que lors des premiers stades du développement, la compréhension du mouvement repose sur des critères perceptifs et qualitatifs. La vitesse est souvent confondue avec la rapidité apparente, la longueur du trajet ou le résultat final d’un déplacement. La constitution des opérations concrètes infralogiques permet un dépassement de ces limitations. Lorsque l’enfant a construit la réversibilité opératoire, il devient capable de coordonner simultanément plusieurs variables et de concevoir des relations compensatoires ; dès lors, la vitesse est pensée comme une relation entre distance et durée, et non plus comme une qualité. Enfin, les opérations infralogiques du temps et du mouvement sont indissociables et constituent un domaine intermédiaire, justement infralogique, entre l’expérience concrète et la formalisation logico-mathématique. Leur étude révèle que la structuration du réel physique obéit à une logique propre, fondée sur l’action et la coordination des transformations, illustrant ainsi la thèse centrale de la psychologie génétique : les catégories fondamentales de la pensée se construisent progressivement à travers l’activité opératoire du sujet.