Deuxième partie
Le déplacement🔗
Après avoir étudié les relations d’ordre en fonction des opérations de « placement », nous pouvons maintenant entreprendre l’analyse du mouvement lui-même en tant que « dé-placement ». Nous verrons, en effet, combien la notion de chemin parcouru, que l’intuition adulte serait portée à considérer comme primitive, est en réalité dérivée par rapport aux intuitions d’ordre (primat du point d’arrivée des mouvements par rapport à l’intervalle compris entre les points de départ et d’arrivée) et comment sa constitution opératoire ultérieure est elle-même soumise à celle des opérations de placement. Le premier chapitre de cette seconde partie est destiné à démontrer cette filiation et les chapitres IV et V à étudier les déplacements en eux-mêmes.
Rappelons ici ce que nous disions déjà dans l’Avant-propos de cet ouvrage : c’est combien le primat du point d’arrivée des mouvements, par opposition au chemin parcouru lui-même, est lié au finalisme qui pousse l’enfant à considérer tout déplacement comme orienté vers un but 10, c’est-à-dire précisément vers son terme ordonné. C’est pourquoi la hiérarchie des valeurs, qui détermine les centrations successives de l’intuition perceptive et imagée du mouvement, se trouve constamment la suivante : d’abord la considération du point d’arrivée, ensuite celle du point de départ et enfin seulement celle de l’intervalle, situé entre deux, c’est-à-dire du trajet parcouru. De plus, si la chose est déjà nette en ce qui concerne le déplacement comme tel, elle le sera encore davantage dans la comparaison des vitesses, fondée exclusivement, dans les intuitions initiales, sur les actions de devancer et de dépasser, abstraction faite des points de départ, des espaces traversés et des temps employés.