4 juin 2026 - Alexandra Charvet

 

Vie de l'UNIGE

Des étudiant-es redessinent le futur des quartiers genevois

Pendant un semestre, des étudiant-es de la GSEM ont collaboré avec les entreprises, les associations et les autorités politiques de trois quartiers genevois afin d’imaginer des solutions concrètes pour renforcer la cohésion sociale et rendre ces territoires plus agréables à vivre.


 

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Comment la Place des Ormeaux, une place de passage en 2026, est devenue, en 2031, un lieu de rencontre pour le quartier. Image: GREC/UNIGE


Imaginez la rue de Carouge en 2031. Les longs mois de travaux et leurs nuisances ont cédé la place à une artère animée, attractive, portée par une identité forte, des liens solides entre commerçant-es et un véritable élan citoyen. C’est la vision portée par les étudiant-es du cours de master Entrepreneurship Lab, venu-es présenter leurs travaux sous la forme d’une expérience immersive dans le hall d’Uni Mail. Objectif: permettre au public de ressentir ce qui devient possible lorsque l’entrepreneuriat est mis au service d’un quartier et de sa communauté. Deux autres quartiers genevois ont profité du même traitement, celui des Pâquis et celui de la place des Ormeaux à Lancy.

Créer de la valeur civique

Les travaux, conduits sous la houlette du Geneva Responsible Entrepreneurship Center (GREC) de la GSEM, visent à utiliser l’esprit d’entreprise pour contribuer au bien-être local. «Cette conception plus large de l’entrepreneuriat, non pas comme une simple création de marchés, mais comme moteur du développement territorial, est au cœur de notre travail, explique la professeure Christina Hertel, directrice du GREC. Les recherches que nous menons ont pour but d’explorer les conditions et les processus qui peuvent motiver les entreprises locales et les autres acteurs/trices à collaborer afin de dessiner collectivement l’avenir des quartiers de Genève.»

Un commerce ne se limite en effet pas à la vente de produits ou de services, il joue aussi un rôle clé dans l’identité et la vitalité d’un quartier et peut, à travers des efforts collectifs, contribuer à rendre une rue ou une place plus attractive. «L’entrepreneuriat est un puissant levier de transformation des milieux urbains, relève Scott Deely, directeur opérationnel du GREC. Au-delà de l’économie, il repose sur des personnes qui remettent en question l’existant, portent des convictions et proposent des initiatives ancrées dans leur territoire. En s’engageant ainsi, les entrepreneurs/euses créent aussi une forme de valeur civique concrétisée par des lieux de rencontre, des pratiques plus durables ou des dynamiques locales qui renforcent à la fois l’attractivité des commerces et la qualité de vie du quartier.»

Futurs souhaitables

Pour amener les étudiant-es à penser ces transformations sur le long terme, le cours s’appuie sur une approche tournée vers les futurs possibles. La méthodologie utilisée – les techniques de prospective – consiste à se demander quels futurs méritent d’être créés et ce qui doit se passer aujourd’hui pour y parvenir. «L’avenir n’est pas quelque chose que l’on attend, mais quelque chose que l’on construit et que l’on dessine, précise Scott Deely. Cette méthode permet aux étudiant-es de libérer leur imagination et d’identifier des actions concrètes pour les faire advenir. Elle les aide aussi à s’affranchir des contraintes du présent afin de mieux réfléchir au monde de demain.»

Cette réflexion prospective a été appliquée à des situations bien réelles, en collaboration avec des acteurs et actrices de terrain. «Plutôt que d’aborder uniquement des concepts théoriques, nous avons voulu inscrire le travail des étudiant-es dans des espaces concrets, en lien direct avec des problématiques existantes, précise Scott Deely. L’objectif était que les solutions co-construites avec les différentes personnes sollicitées aient une chance d'être implémentées.»

De cette immersion sont nées plusieurs propositions. À la place des Ormeaux, les étudiant-es ont mis en lumière un paradoxe: le lieu est très fréquenté mais peu investi, faute de cohésion. Leur réponse: des apéros de quartier organisés à tour de rôle par les commerçant-es, combinés à un dispositif participatif pour recueillir et transformer les idées des habitant-es en actions concrètes. À la rue de Carouge, marquée par de longs travaux, ils et elles ont imaginé des fêtes de rue régulières et une carte numérique des commerces afin de renforcer l’attractivité de cette artère et en faire une véritable destination. Enfin, aux Pâquis, partant de la richesse et de la diversité qui font, selon leur analyse, le «beau chaos» du quartier, ils et elles ont développé le concept de collaborations inattendues entre commerçant-es en vue de transformer cette diversité en force collective et en identité positive.

Pour présenter leurs travaux, les étudiant-es ont conçu une exposition, avec des installations immersives invitant les visiteurs et visiteuses à se projeter dans chacun de ces quartiers tels qu’ils pourraient être en 2031. «Les recherches en psychologie et en sciences du comportement montrent que les gens sont nettement plus enclins à agir dans le présent lorsqu’ils ont éprouvé des émotions positives à l’égard d’un avenir potentiel et ne l’ont pas simplement imaginé de manière abstraite, explique Christina Hertel. Les expériences vivantes et chargées d’émotion de futurs souhaitables activent les mêmes circuits de motivation que les souvenirs d’événements réels.»

Pour un entrepreneuriat responsable

Pour poursuivre ces travaux, le GREC vise aujourd’hui la création d’un centre dédié à l’entrepreneuriat responsable, baptisé «Kairos». Pensé comme un espace physique, il permettrait de multiplier ce type d’initiatives en valorisant un entrepreneuriat ancré localement, créateur d’emplois et porteur de dynamiques vertueuses pour la ville. «À l’heure où beaucoup de jeunes se sentent démuni-es face à l’avenir et aux transformations en cours, cette approche permet de redevenir acteur/trice de son environnement, explique Scott Deely. C’est tout l’enjeu de Kairos: promouvoir un entrepreneuriat sociétal qui crée de la valeur pour la collectivité et engage les étudiant-es de manière concrète dans la construction de la ville de demain.»

 

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