23 janvier 2026 - UNIGE
«Nous voulons donner au numérique un contexte plus dynamique»
L’annonce de la dissolution du Centre universitaire d’informatique (CUI) a suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté universitaire et au-delà. Derrière cette décision institutionnelle, le Rectorat affirme une volonté claire: consolider et développer durablement les formations et les activités numériques en les adaptant aux besoins futurs. Entretien avec Juliane Schröter, vice-rectrice responsable du numérique et de l’intelligence artificielle.

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Le Journal: La dissolution d’un centre cinquantenaire comme le CUI est un geste fort. Pourquoi une telle décision?
Juliane Schröter: Le CUI a joué un rôle pionnier majeur depuis sa création en 1975, en facilitant l’intégration de l’informatique au sein de l’Université. Aujourd’hui, il a pleinement accompli cette mission initiale: le numérique irrigue l’ensemble des facultés et des disciplines. Il est devenu une partie essentielle du travail de chacune et chacun d'entre nous.
Dans ce contexte, une évaluation menée par des expertes et experts indépendants a montré que le soutien que recevait le CUI de ses facultés partenaires n'était plus suffisant. Par conséquent, son maintien sous la forme actuelle n’était plus viable.
La dissolution, qui sera mise en œuvre progressivement au cours de l’année 2026, vise à réintégrer les compétences et les activités dans des cadres institutionnels plus solides et pérennes. La pérennité d’un centre interfacultaire repose sur l’engagement clair et durable des facultés partenaires. À défaut, il devient nécessaire de repenser son organisation.
Une pétition en ligne et des motions déposées au Grand Conseil dénoncent un «désengagement» de l’UNIGE. Comment réagissez-vous?
Il est normal que les changements puissent inquiéter, surtout lorsque tous les détails de l’avenir ne peuvent pas encore être connus. Mais contrairement à ce qui est avancé, aucun poste et aucune expertise ne sont supprimés. Nous opérons un choix stratégique. Il ne s’agit pas d’un désengagement, mais d’une réorganisation volontaire visant à renforcer durablement le numérique au cœur de nos missions d’enseignement et de recherche.
Notre offre dans le domaine du numérique et de l'informatique est si riche que nous avons créé un portail en ligne afin de faciliter l'orientation de la communauté universitaire et du grand public.
Pour ne citer que quelques exemples concrets: nous avons non seulement un Département d’informatique et une division responsable de nos systèmes d’information, la DiSTIC, mais aussi une unité académique active dans le domaine des technologies éducatives, la Tecfa et le Digital Law Center. De son côté, la Faculté des lettres souhaite créer un Département d’humanités numériques. Nous avons aussi une multitude de formations de base et continues dans le domaine du numérique et de l’informatique.
Cependant, d'un point de vue stratégique, il nous manque encore une structure qui nous aide à ancrer l'IA dans différents domaines de recherche, à dynamiser nos recherches dans ce domaine et à leur donner plus de visibilité. C'est pourquoi le rectorat a décidé de créer une plateforme de recherche en intelligence artificielle, conformément au Plan stratégique et à la Stratégie numérique de l’Université. Il ne s’agira pas d’un centre interfacultaire mais d’une structure légère dont la durée sera limitée.
En un mot, l’UNIGE ne réduit pas son ambition numérique: elle la restructure et la renforce pour l’avenir.
Cette décision implique-t-elle la suppression de formations?
Absolument pas. L’Université garantit la continuité des formations, la valorisation des compétences et le maintien de l’ensemble des postes de travail.
Concrètement, les programmes de base – le bachelor en systèmes d’information et sciences des services et le master en systèmes et services numériques – sont maintenus. Afin d’en assurer un développement durable, ils seront désormais portés par la Geneva School of Economics and Management (GSEM). Cet ancrage permettra de stabiliser les ressources d’enseignement, qui devenaient toujours plus fragiles au sein du CUI. Nous n’avons pas non plus prévu de supprimer les formations continues.
Pourquoi avoir suspendu les inscriptions pour la rentrée 2026–2027?
Il s’agit d’une mesure de responsabilité académique et financière. Nous ne souhaitons pas engager de nouvelles étudiantes et de nouveaux étudiants dans un cursus en pleine phase de redéfinition.
Cette suspension temporaire nous permet de concentrer les efforts sur la construction de la future offre de formation, au sein d’un groupe de travail dédié, auquel toutes les parties prenantes seront bien sûr associées. L’objectif est une réouverture des inscriptions pour la rentrée 2027, voire dès 2026 si les travaux avancent rapidement.
Qu’en est-il des autres activités du CUI, comme le FacLab ou le SciCoS?
L’ensemble des actifs du CUI, dont la valeur a été reconnue et soulignée dans le cadre du processus d'évaluation, est maintenu. Le FacLab, le pôle d’innovation numérique dédié à la création et à l’apprentissage collaboratif, tout comme le Scientific Computing Support (SciCoS), qui accompagne les chercheuses et chercheurs, poursuivront leurs activités.
Un groupe de travail spécifique, que je co-pilote avec le vice-recteur Stéphane Berthet, examine leur réaffectation afin de garantir leur continuité, leur visibilité et leur valorisation au sein de l’institution. Là encore, l’ensemble des parties prenantes sera associé à la réflexion.
Quel message souhaitez-vous adresser au personnel et aux étudiantes et étudiants?
Je tiens à les rassurer. L’Université maintient un dialogue ouvert et attentif. Aucun poste de travail n’est supprimé ; le personnel poursuivra ses activités au sein de l’institution, soit en lien avec les actifs transférés, soit au sein d’autres entités.
Les étudiantes et étudiants actuellement inscrits achèveront leur parcours dans des conditions stables et de qualité, jusqu’à l’obtention de leur diplôme. Nous construisons un cadre plus robuste, afin de garantir un avenir cohérent et dynamique au numérique à l’Université de Genève.