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Réformer pour mieux former: l'enseignement médical se réinvente

La Faculté de médecine s'engage dans une réforme ambitieuse de l’enseignement médical. Ce projet d'envergure, baptisé ENSI 23-27, vise à répondre aux besoins actuels tout en intégrant les défis contemporains de l'intelligence artificielle et de l'évolution des pratiques de soins. Né d'un constat partagé tant par les étudiant-es que par les enseignant-es, il s’appuie sur une analyse approfondie du curriculum afin d’améliorer l’alignement entre objectifs, les méthodes pédagogiques et les évaluations. Il s’agira également de renforcer la construction de l’identité professionnelle et la reconnaissance des acteurs et actrices de l’enseignement. D’importantes réflexions sont également engagées sur la 1ère année de médecine et les défis qu’elle pose, à Genève comme ailleurs en Suisse.

Numéro 54 - octobre 2025

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© iStock

Il y a déjà 30 ans, Genève faisait preuve d’un esprit pionnier en réformant profondément sa pédagogie médicale. «Cependant, les signaux reçus des étudiant-es, des enseignant-es comme des personnes en charge de la supervision dans les lieux de stages indiquent la nécessité de faire évoluer nos approches», souligne Mathieu Nendaz, vice-doyen en charge de l’enseignement pré-gradué et de l’identité professionnelle. Parmi les points soulevés: les formats d’apprentissage, la formation à la supervision ou encore le streaming des cours, «qui a cristallisé une certaine tension: certain-es enseignant-es y voyaient un manque de respect lié à l'absence physique, ou une méconnaissance de la logique d’enseignement, tandis que les étudiant-es revendiquaient une approche pragmatique de flexibilité de leur travail et de leur temps d'étude.»

Toutes et tous se sont accordés sur plusieurs constats: un manque de continuité entre bachelor et master, une maîtrise insuffisante de la démarche scientifique, et surtout, une perte de sens ressentie par les étudiant-es, une crise partagée par bon nombre de professionnel-es de santé. «Pour lancer le projet, nous avons convié en juin 2024 toutes les personnes concernées à une journée de réflexion commune afin de dégager des pistes stratégiques», ajoute Mathieu Nendaz. «J’aimerais d’ailleurs souligner l’engagement collaboratif dans cette démarche de co-construction.»  

De nouveaux formats d’apprentissage

L’apprentissage par problèmes (APP) a constitué l’une des pierres angulaires de la formation genevoise. Or, ce format s’essouffle, et évolue dès à présent vers le modèle de «Case-Based Collaborative Learning» (CBCL), développé en partenariat avec l'Université de Harvard. Cette nouvelle approche maintient le principe de l'apprentissage en groupes autour de problématiques cliniques, mais contrairement à l'APP où les étudiant-es découvrent le problème en séance, le CBCL exige une préparation individuelle préalable, puis une discussion en petits groupes qui devrait les rendre capables ensuite de l’expliquer à leurs camarades. «Nous conservons l’aspect collaboratif de l’apprentissage, mais renforçons la préparation en amont, de manière indépendante. Cela signifie que la matière doit avoir été réellement intégrée pour contribuer au travail de groupe, et non simplement survolée à l’aide de résumés ou de l’IA», détaille Mathieu Nendaz. Ce principe est déployé dès la rentrée 2025 après une phase pilote l’année précédente.

L’introduction d’un progress test, qui permettra aux étudiantes et étudiants de s’auto-tester chaque année dès la 3e année d’études à un niveau attendu en fin d’études, vise à les aider à déterminer leur niveau et leurs progrès et à remédier à leurs lacunes.

L’importance de la démarche scientifique

Face aux défis posés par l'intelligence artificielle et l'accès massif à l'information, la Faculté souhaite renforcer l'enseignement de la démarche scientifique de manière plus explicitement longitudinale. L'objectif est de développer l'esprit critique des futur-es médecins pour mieux appréhender les enjeux de vérification et d'évaluation critique des informations, compétences essentielles dans la pratique médicale. Plus largement, l’IA s’est insérée dans tous les aspects de la formation médicale: pour enseigner, pour évaluer, pour apprendre. Il est maintenant indispensable de se saisir du sujet pour mieux encadrer son usage et accompagner la formation.  

Construire l'identité professionnelle dans toutes ses facettes

La réforme accorde une place beaucoup plus centrale à la construction de l'identité professionnelle des futur-es médecins, avec plusieurs projets. Le retour des stages d’aide-soignant-es, d’abord, qui devront être réalisés avant la fin du bachelor, et devraient mieux soutenir le passage vers le master clinique, mais surtout offrir une réflexion plus mûre sur l’orientation professionnelle. Ces stages seront effectifs dès la rentrée actuelle. Des ateliers thématiques permettront d'explorer diverses réalités du métier peu abordés auparavant, comme la gestion de l'erreur médicale, l’accompagnement des malades chroniques, ou encore le découragement professionnel. La mise en place d’un mentorat par les pairs (par et pour les étudiant-es) et un coaching par les enseignant-es tout au long des études complèteront le dispositif. 

Valoriser l'enseignement 

La réforme ne néglige pas les enseignant-es. Un projet spécifique de formation à la supervision en milieu clinique a été lancé dans les différents services hospitaliers accueillant des stagiaires pour pallier une maîtrise parfois insuffisante des contenus du curriculum et des attendus que les stagiaires doivent atteindre. Cette démarche s'accompagne d'une réflexion sur la valorisation de l’enseignement, notamment l'amélioration de la communication sur les critères de promotion académique et la valorisation des activités pédagogiques.

Evaluation et recherche en pédagogie

L’une des forces de la Faculté de médecine réside également dans ses compétences en pédagogie et en recherche associée. La mise en œuvre de ces nouvelles propositions fera l'objet d’études d’impact. «Nous avons élaboré un protocole de recherche général qui complète les approches propres aux différentes parties de la réforme afin de construire un socle de connaissance sur ce que nous mettons en place», ajoute Mathieu Nendaz. En parallèle, un groupe de travail se penche sur la 1ère année en trois volets: les modalités de sélection, le contenu de la première année, et les parcours étudiant-es selon les choix effectués. Les divers scénarios dessinés serviront de base à une réflexion pédagogique et politique. Les préoccupations concernant la 1ère année de médecine sont largement partagées par l’ensemble des universités et EPF suisses. Dans ce contexte, la Faculté de médecine de l’UNIGE se positionne comme force de proposition au niveau fédéral, sur mandat de Swissuniversities, l'organisation faîtière des hautes écoles suisses. 

Ces réformes ne peuvent se réaliser qu’avec l’engagement et la motivation d’un grand nombre de personnes, responsables et enseignant-es, soutien administratif et technique, que Mathieu Nendaz tient à remercier chaleureusement au nom du Décanat.

Pr Mathieu NENDAZ
Vice-doyen en charge de la formation pré-graduée et du développement de l’identité professionnelle

Pour aller plus loin
Tout le projet ENSI 23-27

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