• In memoriam

Paolo CERRETELLI

Professeur honoraire
1932 – 2026

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Paolo Cerretelli, physiologiste d'exception, explorateur scientifique et maître de plusieurs générations de chercheuses et chercheurs, s'est éteint le 20 février 2026 après une vie consacrée à l'étude des limites de l'organisme humain en conditions extrêmes. Il était professeur honoraire de la Faculté de médecine depuis sa retraite en 1997.

Formé en Italie, Paolo Cerretelli s'est inscrit très tôt dans la tradition de la physiologie intégrative, alliant rigueur expérimentale et observation de terrain. Son parcours académique débuta à l'Université de Milan avant de le conduire à la Faculté de médecine de l'UNIGE en 1977, où il développa pendant vingt ans un centre de recherche reconnu internationalement dans le domaine de la physiologie de l'exercice et de l'altitude.

Médecin d'expédition dès 1959 dans le Karakoram, puis responsable scientifique de l'expédition italienne sur l'Everest en 1973, il transforma ces aventures humaines en laboratoires à ciel ouvert. Il y étudia la consommation maximale d'oxygène, la régulation ventilatoire, le débit cardiaque et le métabolisme anaérobie en hypoxie chronique au-delà de 5 000 mètres. Ses travaux sur la limitation de la performance en altitude, l'adaptation hématologique et le «paradoxe du lactate» — le fait que les sujets acclimatés à la haute altitude produisent paradoxalement moins de lactate à l'effort maximal, malgré une hypoxie tissulaire croissante — ont profondément marqué la discipline.

À Genève, ses recherches sur l'adaptation morphologique et fonctionnelle du muscle squelettique à l'hypoxie prolongée, menées en collaboration avec des expéditions suisses dans l'Himalaya, ont mis en évidence les altérations mitochondriales et les mécanismes d'adaptation métabolique induits par l'altitude extrême. Il sut ensuite s'ouvrir aux approches moléculaires et protéomiques, reliant ainsi la physiologie intégrative classique aux nouveaux concepts de signalisation hypoxique.

Il étudia aussi des athlètes olympiques, des plongeuses et plongeurs en caisson hyperbare, des astronautes en microgravité et, à Genève, des personnes transplantées cardiaques — autant de terrains qui illustrent son souci constant de faire dialoguer physiologie fondamentale et clinique. Sa curiosité insatiable, son exigence méthodologique et sa fidélité à une vision globale de l'organisme ont profondément marqué celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés. Avec Paolo Cerretelli disparaît l'un des derniers représentants d'une génération de physiologistes pour qui la montagne, le laboratoire et la clinique ne faisaient qu'un.

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