Cycle de conférences publiques

Cycle de conférences publiques 2019-2020

« Digitalisation et « big data » : enjeux pour les sciences sociales ».

La digitalisation des processus facilitée par les nouvelles technologies de communication (plateformes, médias sociaux, téléphonie mobile, ordinateurs-intelligence artificielle) se déploie dans tous les domaines économiques et sociétaux notamment dans les domaines de la protection des individus : dont l’accès aux politiques sociales, à la santé, à la monnaie, l’accompagnement du vieillissement, etc. Elle est au coeur de nombreuses politiques économiques et sociales non seulement dans les pays du Nord mais aussi dans les Suds.

Porteuse de promesses d’émancipation et d’une meilleure inclusion sociale et économique elle pose néanmoins de nombreuses questions aux chercheur-e-s en sciences sociales.

Le cycle de conférence d’IDESO proposera d’en interroger le potentiel et les limites (pour qui, pour quoi) au travers d’approches situées et en privilégiant une analyse qui combine recherche empirique et réflexion théorique, méthodologique ou politique.

Semestre d'automne 2019

Les jeudis à 18h15 en salle 2193 à Uni Mail

  • 31 octobre 2019

Philip Balsiger, professeur et Thomas Jammet, chercheur post-doctoral, Institut de sociologie, Université de Neuchâtel.

Entre dépendance et résistance: les organisations professionnelles de l’hôtellerie face aux plateformes

  • 14 novembre 2019

Gina Potarca, collaboratrice scientifique à l'Institut de démographie et socioéconomie, Université de Genève.

Online Dating is Shifting Educational Inequalities in Relationship and Marriage Formation.

  • 5 décembre 2019

Dariya Ordanovich chercheuse doctorante, projet ITN Marie Curie LONGPOP et Diego Ramiro Fariñas, chercheur, Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique (Madrid, Espagne).

Digital Demography in the Era of Big Data : Ongoing Trends and Illustration.


Toutes les conférences sont ouvertes au public.

La digitalisation des processus facilitée par les nouvelles technologies de communication (plateformes, médias sociaux, téléphonie mobile, ordinateurs-intelligence artificielle) se déploie dans tous les domaines économiques et sociétaux. Au-delà des défis associés à la marchandisation versus la protection des données personnelles, cette évoluer transforme l’accès à la santé, aux politiques sociales, qu’elles soient protectrices ou d’accompagnement, à la monnaie, l’accompagnement du vieillissement, le « contrôle » des migrations, le suivi des individus et des individus et des familles, la prévention des épidémies, parmi d’autres domaines. Les « big data » sont appelées à impacter profondément de nombreuses politiques économiques et sociales non seulement dans les pays du Nord mais aussi dans les Suds.

Seules des réflexions qui soient simultanément ouvertes aux progrès sans renoncer à un esprit critique peuvent contribuer à la tenue des promesses d’émancipation et d’une meilleure inclusion sociale et économique faites par ces technologies. C’est la tâche et la responsabilité des chercheurs en sciences sociales. La production de big data ouvre des possibilités nouvelles pour les chercheurs. Elle pose cependant des défis méthodologiques conséquents (représentativité/biais, accès aux données, etc.). En outre, la digitalisation produit des « traces » qui alimentent des algorithmes utilisés pour hiérarchiser, inclure ou exclure les individus, citoyens et groupes sociaux (Fourcade & Haley). Ces algorithmes, présentés comme impartiaux, sont critiqués pour leur rôle dans la reproduction voire le renforcement des discriminations raciales, ethniques, sociales, de genre (O’Neil), aboutissant in fine à un accroissement des inégalités. Enfin, les informations digitalisées renforcent les possibilités de contrôle des populations à plusieurs niveaux : de la diffusion de normes de comportements via les nudges (incitations) à la surveillance accrue.

La possession des données et leur utilisation à des fins économiques ou politiques a toujours constitué un enjeu central de la gouvernance des citoyens, producteurs, consommateurs, administrés ou bénéficiaires de prestations sociales, mais le potentiel actuel et à venir lié à la digitalisation dépasse toutes les limites passées ; les modèles de sociétés à venir dépendront fortement des régulations de collecte et d’usage qui seront mises en place. Ainsi, en ce qui concerne la monnaie, la digitalisation implique la privatisation de l’instrument monétaire et ouvre la possibilité d’une perte de souveraineté des « états » émetteurs et de ponctions financières massives. Les nouvelles alliances qui émergent entre l’Etat et les entreprises privées (fintech, téléphonie mobile, informatique) et les rapports de pouvoir entre ces différents acteurs constituent dans ce contexte des enjeux majeurs.Mais la digitalisation ouvre aussi de nouvelles possibilités d’intervention pour les Etats au travers de nouvelles politiques basées, par exemple, sur la géolocalisation de victimes de catastrophes climatiques ou encore sur la capacité de tisser un lien direct avec les populations des marges. Elle ouvre donc l’imaginaire des possibles et peut permettre de réduire la vulnérabilité de certains segments de la population (pauvres, personnes âges, santé maternelle, etc.).

Ainsi, loin de se résumer à une simple substitution technologique sous couvert d’efficacité, la digitalisation fondée sur les nouvelles technologies interroge les sciences sociales dans tous les domaines. Le cycle de conférence d’IDESO proposera d’en interroger le potentiel et les limites (pour qui, pour quoi) au travers d’approches situées, en privilégiant des analyses qui combinent recherches empiriques et réflexions théorique, méthodologique ou politique.