Enseignements de niveau Bachelor, Master ou Doctorat

Documentation internationale sur la prostitution - printemps 2021

Bilan du cours Documentation internationale sur la prostitution - printemps 2021

En septembre 2021, afin de clore un semestre d’enseignement et de programmation denses par d’ultimes recherches et réflexions collectives, nous avons reçu les étudiant.e.x.s du Work.Master de la HEAD pour la dernière fois au Centre Grisélidis Réal. Nous avons été frappées par l’agilité avec laquelle iels se situaient dans les archives, sortant des documents spécifiques pour répondre à leurs questions ou afin d’amener des nouvelles problématiques au groupe, avec une grande appétence et un désir d’exploration collective.

Cette dernière occurrence de notre projet a donné lieu à un événement public qui synthétisait et dévoilait un processus de recherche organique, oral, et militant qui fût le nôtre, en se constituant comme entité collective nouvelle, permise par ce lab.zone et ces rencontres : Plaisirs Minuit.

C'est ainsi qu'à l'occasion du Fesses-tival, hébergé.e.x.s par le centre d'art Forde à l'Usine, et au CGR, nous sommes intervenus à travers la description suivante :

Plaisirs Minuit est une entité à géométrie variable, rassemblant des personnes étudiantes et travailleuses dans l'art – de près ou de loin – qui se sont rencontrées et rassemblées pendant plusieurs mois au Centre de documentation international sur la prostitution Griselidis Real (CGR, dans le cadre du labzone de la HEAD « Ce que nous apprend le travail du sexe... » grâce au soutien du Centre Maurice Chalumeau en Sciences des Sexualités (CMSS) et de la fondation Emilie Gourd.
C'est un groupe qui se demande toujours ce qu'il est, ce qu'il doit faire de son point de vue sur la documentation du Centre Grisélidis Réal sur la prostitution, ce qu'il peut - en tant que personnes ayant différentes activités mais un engagement dans un espace et un temps commun - apporter aux TdS et a d'autres personnes, par ses consultations et ses activités dans ce fonds.
Sa fonction est finalement celle d'un media, un canal de diffusion. Plaisirs Minuit veut valoriser cette mémoire militante d'un point de vue critique, et au présent. Explorer les ressources laissées par la collecte de Griselidis pendant plus de 30 ans - concernant le travail du sexe et les conditions de travail TdS, le féminisme pro-sexe, la lutte anticarcérale et contre la répression, la lutte anti-raciste, les luttes LGBTQI+... - consiste également à se positionner, préciser, ajouter d'autres regards qui sont les nôtres et ceux de collectifs actifs, afin de ne pas conserver en l'état des perspectives politiques parfois universalistes et postcoloniales dont nous sommes les héritier.e.s.
C'est ainsi que Plaisirs Minuit a décidé de ne pas se constituer commissaire d'exposition, encore moins agent de contrôle de passe sanitaire, mais plutôt de sortir des ressources de la documentation qui lui semblent nécessaires et utiles, et les rendre accessibles a celleux qui en ont besoin dans leurs vies, leurs travaux, leurs formes de résistance multiples.

« Les clients de Griselidis repartent souvent du rendez-vous avec... une brassée de brochures!»
Titre d'un article dans le Corriere del Ticino, jeudi 31 décembre 1981, extrait du fonds de documentation du CGR, boite 108


Ce texte formule nos réflexions actuelles découlant de la démarche concrète d’activer un fonds d’archives militantes, telles que : la visibilité, l’actualisation par la mise en lien avec d’autres collectifs, la production de nouveaux objets pour offrir des clefs de lecture.

Comment s’emparer des documents en groupe ? Comment les présenter ?

Huit mois plus tôt, nous avions commencé ce programme avec une douzaine d’étudiante.x.s aux parcours variés, avec des connaissances très diverses des enjeux du travail du sexe. Comme prisme pour aborder ce sujet, le cours a été entièrement construit autour du CGR : comme une collection de documents (regroupant plus de 10'000 pièces concernant le travail du sexe, la prison, la santé, etc.), comme un centre d’archives et une bibliothèque accueillant les travailleur.euse.x.s du sexe, les chercheur.euse.x.s, les journalistes, etc., comme un espace pour les activités de l’association notamment les cours de français, mais aussi comme un lieu historique sur les questions des sexualités.

La matière est abondante et les pistes de recherches nombreuses. Notre programmation visait ainsi à proposer une relecture de l’histoire du Centre et de ses documents, afin d’encourager de nouvelles connaissances et pratiques de l’archive située, ainsi que des représentations du travail du sexe. Elle a été pensée comme un cours, un lab.zone, et un programme public.

Retours d'expérience

Le programme était initialement prévu pour une année et a été écourté à un semestre en raison de la situation sanitaire. Il était impensable de mener à bien le cours dans la séance dans la matérialité des archives, ni séance physique en groupe pour discuter des questions de sexualités, d’argent, de marginalisation, etc. De janvier à juin 2021, les étudiant.e.x.s, intervenant.e.x.s et touste.x.s les acteur.ice.x.s du projet ont fait part d’une grande adaptabilité face à la mouvance de la situation. Nous souhaitons remercier particulièrement Ferdinando Miranda pour son intérêt, en ayant participé à plusieurs séances de cours, et pour son soutien.

Le lab.zone a été pensé autour de quatre objectifs pédagogiques :

  • développer des méthodologies de recherche originales dans les archives, inspirées des méthodes de collecte communautaires, alliant la production artistique et l’approche esthétique et politique.
  • construire un rapport critique à une histoire militante et une histoire des médias.
  • acquérir des outils historiques et didactiques qui permettent de valoriser les sexualités dans toutes leurs formes, dans leurs liens à l’histoire des luttes communautaires.
  • se confronter à l’expérience du travail collectif.

Pour répondre à ces objectifs, le cours a été divisé en deux temps : une partie de recherche approfondie dans les archives et de discussions dans le lieu, et une partie d’interventions extérieures, explicitées ci-dessus, pour donner des clefs de lectures des documents et réfléchir à leurs échos actuels.

La recherche en archives composait une grande part du programme. Les d’étudiante.x.s étaient invité.e.x.s à considérer la matérialité de ce fonds multi-supports et à parcourir les différentes thématiques pendant plusieurs heures de lectures libres, individuelles et en petits comités, avant la mise en commun des expériences, comme en témoigne la discussion publiée dans Magma le magazine du Work.Master.

Il était central pour nous d’impliquer les d’étudiante.x.s comme acteur.ice.x.s du projet, partir de leurs questionnements, mettre en valeur leurs expertises pour avoir une réflexion concrète sur leur travail également. C'est ainsi que celleux-là n'ont pas été simplement des participant.e.x.s mais aussi des invité.e.x.s du projet. Ainsi, le programme de juin au Spoutnik présentait un film de Lola Hauser en collaboration avec Osmose, au côté du film historique sur la lutte TdS « Live Nude Girls Unite » . Neige Sanchez, photographe, étudiantex également, réalisera finalement la documentation de la performance GAZE.S. Oélia Gouret et Louise Bonpaix, quant à elleux, étudiant.e.x.s du Work.Master, faisaient partie des membres de groupe d'auto-formation invités à participer à la séance du 31 mai. Clarisse Dagod, enfin, se constitue programmatrice en invitant et programmant en toute autonomie la TdS artiste Roméa Diablita lors de l'intervention de Plaisirs Minuit.

Dans le projet initial, nous souhaitions proposer des rencontres entre les habitant.e.x.s des Pâquis, les membres de l’équipe, étudiante.x.s et les TdS qui le désiraient aux archives autour des documents. Il nous semblait crucial de nous ancrer dans ce qui existe déjà, de pouvoir servir les besoins de l’équipe et de partager nos recherches. Avec le Covid et les restrictions de personnes dans les espaces, cette envie n’a pas pu aboutir. Cependant, quelques membres de l’équipe ont pu participer à deux séances de cours et iels sont également venu.e.x.s ainsi que des TdS, au Spoutnik en juin.

En outre, il nous reste dorénavant à traiter le matériel de documentation de l’ensemble du programme afin que les documents produits rejoignent le fonds du CGR.

« Dans aucune bibliothèque, dans aucun centre de documentation officiel, social, féministe, religieux, on ne dispose d'archives sur la Prostitution, sujet maudit, tabou, escamoté, boycotté partout. Pour leurs travaux de recherches, diplômes, licences et autres, ces demoiselles, après s'être vu refuser partout (car les rares organismes qui disposeraient de quelques vagues informations les cachent!), viennent me supplier chez moi, où elles trouvent, alors, absolument TOUT, et gratuit. Est-ce normal, dites-moi, qu'une vieille Pute des Pâquis doive fournir en matériel sociologique les étudiantes de toutes les écoles, instituts et Universités de Suisse romande, matériel qu'elle a payé de son Cul ? Est-ce normal qu'ensuite ces jeunes personnes en retirent des décorations, des prix et des honneurs qui vont les propulser sur des sommets intellectuels et administratifs dits honnêtes ? C'est une pure insulte à la vertu ! »

Grisélidis Réal, La passe imaginaire, 2006 [1992], pp. 197-198

Le bilan très positif de la réception au présent de cette collecte historique permet de percevoir les perspectives à envisager pour la continuité des travaux de recherche à installer au CGR.

Comme en témoignent les étudiant.e.x.s ayant participé à cette recherche, agencer des savoirs situés et des rencontres est le terreau de grandes perspectives à échelle individuelle pour leurs travaux d'artistes, performer.euse.s, auteur.trice.s, mais aussi à échelle collective en tant qu'étudiant.e.x.s dans une institution comme la HEAD, ou dans des collectifs militants dont iels font partie.

Comme Grisélidis le précisait régulièrement : collecter pour elle ne consistait pas seulement à rassembler des savoirs, mais à dévoiler ce que cette collecte renfermait, et à permettre aux personnes concernées d'en profiter. C'est en ce sens que nous avons procédé, et que le résultat de notre projet se déploie : dans la production de contenus et d'images, dans la répartition du budget, et dans la visibilité en dehors du milieu universitaire ou militant seulement.

En résulte des formes spécifiques qui constituent notre bilan : des voix (à travers les discussions, transcriptions, conférences), des publications sous différents formats, des images de représentations positives du TdS, des textes situés.

Puisqu'il s'agit précisément d'éviter l'objectivisation des savoirs en question, le fruit de nos recherches conserve cette forme vivante.

Cette méthodologie expérimentale nous semble pouvoir se prolonger dans différentes temporalités. Nous souhaitons que d'autres personnes s'emparent très librement de la documentation du CGR pour les traiter dans une perspective contemporaine.

Olga Rozenblum et Jehane Zouyene

 

Photographies de l'installation de Plaisirs Minuit sur l'Usine pour le Fesses-tival, septembre 2021, © Eva-Luna Perez Cruz, Aspasie

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Haute école d'art et de design de Genève - HEAD

Organisation: Olga Rozenblum et Jehane Zouyene, en collaboration avec le Centre Grisélidis Réal de documentation internationale sur la prostitution (CGR).

Semestre de printemps 2021 dans le cadre du Master en Arts visuels, Work.Master – Pratiques artistiques contemporaines

Descriptif:

Collecter le sexe, la santé, l’argent, le travail!
Ce que nous apprend le travail du sexe : droits, emploi, représentation, émancipation.

Pendant plus de trente ans de lutte et de mobilisation, Grisélidis Réal, auteure, peintre et prostituée militante collecte des articles de presse, correspondances, comptes rendus de procès, tracts, affiches concernant le travail du sexe, la prison, la santé, etc. Elle les rassemble, les photocopie, les inventorie dans son appartement des Pâquis, et les met à disposition des travailleuse.r.x.s du sexe (TdS) et de toutes les personnes qui le souhaitent pour se former et s'unir face au stigmate de "putain", aux systèmes d'exclusion, à la répression.

Depuis 2019, le Centre Grisélidis Réal de documentation internationale sur la prostitution (CGR) est ouvert au public. Géré par Aspasie, l’association genevoise de soutien et de défense des droits des TdS co-créée par Grisélidis elle-même, il est le résultat de cette expérience de collecte communautaire, féministe, pro-sexe, inédite dans sa constitution et sa portée, et permet de soulever les enjeux économiques, sociaux, politiques du travail du sexe, ainsi que ses liens à la production artistique et aux luttes pour les conditions de travail.

Cette première activation du fonds propose une relecture de l’histoire du Centre et de ses documents, afin d’encourager de nouvelles connaissances et pratiques de l’archive située et de la représentation du travail du sexe. Le projet fait l’objet d’un cours "lab.zone*" dans le cadre du Work.Master de la HEAD, ainsi que d’une série d’interventions ouvertes au public (programme complet à venir).

Le programme pédagogique s’articulera sur 9 séances. Il comportera d'une part des sessions de recherche collective et individuelle dans les archives afin d’offrir la possibilité aux étudiant.e.x.s de s’emparer du matériel pour leurs propres productions et travaux, et proposera d'autre part l'opportunité d'assister et de participer aux rencontres, conférences, performances, projections des personnes et collectifs invités dans le cadre du programme public. 

Objectifs pédagogiques :

  • développer des méthodologies de recherche originales dans les archives, inspirées des méthodes de collecte communautaires, alliant la production artistique et l’approche esthétique et politique ;
  • construire un rapport critique à une histoire militante et une histoire des médias ;
  • acquérir des outils historiques et didactiques qui permettent de valoriser les sexualités dans toutes leurs formes, dans leurs liens à l'histoire des luttes communautaires ;
  • se confronter à l’expérience du travail collectif.

PROGRAMME COMPLET DES ENSEIGNEMENTS ET DE LA RESTITUTION /PROGRAMME ASSOCIÉ

22 février 2021 – 14h/17h - Introduction – en ligne en live du Centre GR

15 mars 2021 – 14h/16h - Marianne Chargois Art Pute - en ligne transmis en salle de séminaire de la HEAD

Une présentation de l'Art Pute par Marianne Chargois à partir de son histoire, d'images et d'extraits de films fondateurs. L'exemple du SNAP ( Sex workers Narratives Art & Politics ) comme besoin de visibiliser et condenser ces formes de représentations.

17h - en salle de séminaire de la HEAD
Projection de EMPOWER de Marianne Chargois , avec Maïa Izzo-Foulquier; et discussion

19 avril 2021 – 13h / 15h / 17h- Consultations au centre GR en physique : 3 groupes de 3
étudiant.e.x.s. pour 2h par groupe

Une discussion autour des documents du Centre Grisélidis Réal le 19 avril 2021

26 avril - 14h/17h - Atelier - avec Zoé Blanc-Scuderi et Yumie Volupté - en salle de séminaire de la HEAD
Un atelier avec Zoé Blanc-Scuderi et Yumie Volupté autour de leurs pratiques et leurs expertises de sexologue et de travailleuse du sexe.

17 mai 2021 - 14h/15h30 - Intervention du collectif Mémoire des Sexualités Marseille : l’archive communautaire, située - en salle de séminaire de la HEAD

“Nothing about us without us”.
De 1978 à 2015, l’association Mémoires des Sexualités a rassemblé autant qu’elle le pouvait la documentation concernant le mouvement homosexuel (documents militants, journaux et revues, affiches, livres) et les coupures de presse relatant l’évolution du fait homosexuel dans la vie sociale et culturelle nationale et internationale. Sa documentation est aujourd’hui prise en charge, activée, augmentée, par un groupe de personnes queer qui nous parleront de cette expérience et de leurs projets.

15h30 - 19h - Consultations au centre GR en physique : 3 groupe de 3 étudiant.e.x.s. pour 1h30 chacun + préparation restitution


31 mai 2021 - 14h/17h - Atelier d’auto-formation, savoirs autogérés, s’approprier son corps et son économie - en salle de séminaire de la HEAD ou Centre GR

18h : Projection au Spoutnik ou en salle de séminaire de la HEAD
LIVE NUDE GIRLS UNITE de Julia Query et Vicky Furnary et discussion.

Juin 2021 : Restitution - publique

Exposition dans le bâtiment de la HEAD Bd Helvétique et au Centre GR, et édition produite par le groupe d'étudiant.e.s.

Programme associé au Spoutnik selon l'évolution de la situation sanitaire, avec :
− performance de Marianne Chargois
− carte blanche au SNAP
− co-programmation avec l’équipe du Spoutnik

INSCRIPTIONS AU LABZONE AVANT LE 15 FÉVRIER - 9 ETUDIANT.E.X.S.


Notes :

Toutes les sessions de cours et interventions seront documentées.Toutes les interventions seront enregistrées en vidéo et son, et les archives seront intégrées au fonds du Centre GR, et mise à disposition en consultation en accord avec les participant.e.x.s. et étudiant.e.x.s.
L’annonce de chaque séance sera accompagnée d’un document issu du fonds GR, pour diffusion par les partenaires (Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités, HEAD, Fondation Emilie Gourd)

*Une lab.zone est un projet autour d’un thème ou d’un questionnement, un laboratoire à géométrie variable, orienté vers l’expérimentation et mobilisant des énergies collectives. Elle est animée par des artistes ou théoricien-ne-s, enseignant-e-s ou invité-e-s du work.master. Elle peut également être auto-organisée par un groupe d'étudiant.e.s. Sa forme, le temps investi, sa durée et le nombre d’étudiant-e-s impliqué-e-s peuvent varier selon la nature du projet de quelques semaines à plusieurs années. Elle peut donner lieu à des collaborations avec des institutions artistiques ou scientifiques, à des voyages, des productions d'œuvres et d'expositions, mais aussi à des discussions, voire à du silence mis en commun.

 

 

Le Fessestival (16-19.09.21)
Archives Documentation-Kiosk  - Plaisirs Minuit

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