Réponses aux commentaires

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Sur le questionnaire du projet RAMAL : un petit debriefing après enquête entre l'équipe de recherche et les personnes participantes

Un peu plus de 4’550 personnes ont pris part à l'enquête. Nous avons, en retour, reçu une trentaine de commentaires et suggestions (un peu moins de 0,7% des participantes et participants). La plupart ont été déposés dans la boîte ad hoc de la Foire aux questions (prévue exprès pour permettre de le faire de façon anonyme), et quelques-uns sous forme de courriels envoyés à l'adresse d'expédition du questionnaire.

Pour garantir la protection des personnes qui se sont exprimées, nous avons synthétisé et condensé les commentaires et suggestions pour y répondre de façon générale.

1. Pourquoi ai-je reçu le questionnaire dans une langue plutôt qu'une autre ?

Toutes les personnes participant à l'enquête ont reçu le questionnaire dans la « langue de contact » préférée figurant dans la base de données de l'Office du personnel (OFPER/EPA). Cela évitait d'allonger le questionnaire en commençant par demander aux participantes et aux participants quelle était leur langue de préférence. Il est possible qu'il y ait, dans certains rares cas, une divergence entre la langue de préférence enregistrée au niveau de l'OFPER et la langue de préférence effective d'une personne à un moment donné. Ce cas est survenu deux fois (0,04% des cas).

2. De nos jours, comment gérer, dans un questionnaire, la question du genre ?

Deux des remarques reçues concernaient l'usage du masculin générique dans la version allemande du questionnaire, et cela renvoie à une question difficile à laquelle il n'existe pas de réponse idéale.

Dans une enquête en plusieurs langues, plusieurs considérations doivent être prises en compte :

  1. une correspondance aussi rigoureuse que possible dans la formulation des différentes versions linguistiques (ici, les versions allemande, française et italienne),
  2. la clarté (un questionnaire doit être aussi lisible que possible),
  3. la concision (un questionnaire ne doit pas être trop long),
  4. en outre, certaines normes sont applicables lorsqu'un texte émane d'une instance officielle, ce qui n'est pas le cas ici, puisque la recherche universitaire, étant indépendante au titre de l'art. 20 de la Constitution fédérale, n'est pas tenue aux règles internes d'une administration, par exemple, même si l'on tend, par principe, à les appliquer.

Or ces recommandations ne sont pas les mêmes pour toutes les langues. Devant tenir compte de trois langues, nous avons choisi un format qui suit les recommandations de la Chancellerie pour deux langues sur trois, à savoir le français et l'italien, qui autorisent le masculin générique. Nous sommes évidemment au courant du fait que cette possibilité ne fait pas partie des recommandations de la Chancellerie dans le cas de l'allemand et qu'il existe, pour l'allemand (comme pour les deux autres langues officielles, du reste), des stratégies alternatives visant à une rédaction dite « épicène ». Cependant, l'usage de telles stratégies aurait compromis la nécessité première qui est celle de la rigoureuse correspondance entre les différentes versions du questionnaire.

Tout ceci renvoie à des débats qui vont bien au-delà de l'enquête RAMAL, notamment les enquêtes psycholinguistiques sur les liens entre le traitement du genre et les représentations. Nous n'entrons pas en matière sur ces sujets, même s'ils font par ailleurs l'objet de travaux en cours actuellement, tout à fait distincts de la présente enquête, y compris au sein de l’équipe de recherche qui réalise le projet RAMAL.

3. Peut-on être « sans opinion » – et cette possibilité ne pourrait-elle pas être proposée pour tous les items ?

Cette question renvoie à un point analytique qui exige quelques mots d'explication.

Dans bien des cas, il est possible de se dire « sans opinion», par exemple en réponse à une question qui renvoie à des faits ou à des prédictions, comme dans les enquêtes où l'on demande « selon vous, les prochaines élections vont-elles être remportées par le parti politique X ou par le parti politique Y ». Par contre, la logique qui s'applique la plupart du temps aux échelles d'attitudes est différente. Et les échelles d'attitude sont centrales dans la présente enquête. En proposant une série d'items portant sur différentes facettes de ces attitudes, l'objectif n'est pas uniquement de mesurer un degré d'accord ou de désaccord sur tel ou tel point ; il s'agit aussi de voir comment ces différentes facettes se composent : l'accord (ou le désaccord) sur ceci est-il fréquemment associé à l'accord (ou au désaccord) sur cela ?

En analysant les réponses sous cet angle, on peut voir apparaître des regroupements de facettes dans les attitudes à l'égard de tel ou tel phénomène. C'est ce qu'on appelle des variables latentes, souvent très fécondes pour étudier une réalité sociale. Pour que celles-ci ressortent, il est fréquent de pousser les participantes et participants à une enquête à se prononcer dans un sens ou dans l'autre pour chaque item, et que, pour cela, on exclue l'option « sans opinion». Certes, cela n'est pas indispensable. Mais si l'on tenait à offrir systématiquement une option « sans opinion», il faudrait, pour que l'enquête permette de faire apparaître ces variables latentes, poser beaucoup plus de questions – or justement, un des impératifs d'un questionnaire, c'est d'éviter de prendre trop de temps aux participantes et participants. Du reste, une (mais une seule !) des remarques reçues suggérait que le questionnaire soit plus court.

4. L'usage des filtres pour passer d'une question à l'autre

Plusieurs personnes nous ont fait remarquer que certaines questions étaient posées alors que, logiquement, elles n'auraient pas dû l'être en raison de réponses précédentes.

Effectivement, il y a là une limite au système de filtres que l'on peut mettre en place avec un logiciel d'enquêtes en ligne (CAWI, pour « computer-assisted web interviewing », en l'occurrence avec LimeSurvey). Dans de nombreux cas, l'adoption d'un filtre ne s'impose pas d'évidence, car l'enchaînement des réponses peut varier considérablement d'une personne à l'autre et il faut alors, en théorie, prévoir tous les enchaînements imaginables. Par conséquent, renoncer, parfois, à mettre un filtre limite le risque de perdre des informations intéressantes.

Ceci vaut aussi pour l'intention de suivre des cours dans sa langue maternelle. Certaines des personnes qui ont pris part à l'enquête se sont étonnées que cette option soit proposée. Cela peut effectivement sembler surprenant mais il arrive, même si ce n'est pas très fréquent, que l'on souhaite, ne serait-ce que dans l'idéal, avoir la possibilité de suivre des cours de rédaction écrite, d'éloquence, etc. dans sa langue maternelle.

La difficulté de prévoir toutes les trajectoires possibles, en termes de biographie linguistique, est un « classique » des enquêtes quantitatives sur les langues. Ainsi, on peut grandir dans un foyer et y parler la langue X tout en étant scolarisé dans la langue Y. Il est vrai que la logique d'un questionnaire en ligne, avec des filtres plus ou moins directifs, ne permet pas toujours de faire justice à la richesse de ces parcours individuels. Cependant, le questionnaire offrait la possibilité d'indiquer plusieurs langues principales, permettant, dans une large mesure, de prendre en compte la situation des personnes ayant des biographies linguistiques plus étoffées.

De même, tout le monde n'a pas forcément été scolarisé en Suisse et a pu développer son « portfolio » de compétences linguistiques hors de Suisse, mais ce point est pris en charge par la question sur les contextes d'apprentissage, qui recouvrent la scolarisation en Suisse et la scolarisation à l'étranger.

Un cas particulier concerne les frontaliers travaillant pour l'administration fédérale. S'agissant d'une situation proportionnellement peu fréquente, elle n'a pas fait l'objet d'items spécifiques dans le questionnaire afin d'économiser de la place ; mais c'est effectivement une thématique qui pourra être approfondie dans des études futures.

5. Le vrai problème n'est-il pas celui des qualifications linguistiques ?

Bien entendu, c'est un problème central, et le questionnaire recueille certaines informations importantes à ce propos. Toutefois, la question centrale du projet RAMAL n'est pas le niveau des compétences des collaborateurs et collaboratrices de l'administration fédérale. La question centrale est celle des attitudes et des représentations, mises en relation avec les motivations. Par ailleurs, la question des qualifications renvoie simultanément à celle des compétences effectives, que, dans l'idéal, il faudrait tester, et du reflet de ces compétences dans des diplômes et certificats. Tester la correspondance entre compétences effectives et diplômes aurait entraîné dans des directions allongeant considérablement le questionnaire.

Une question connexe est celle des langues explicitement prises en compte. On nous a fait remarquer, avec raison, que dans l'éventail de celles-ci, nous proposions le patois franco-provençal mais pas le patois jurassien, qui relève du continuum de « langue d'oïl ». C'est un fait : nous avons condensé la liste de langues explicitement nommées, toujours dans un souci d'allégement du questionnaire, ce qui revient à supposer que le patois jurassien doit être catégorisé sous « autres ». Mais c'est effectivement une faiblesse qui sera corrigée dans des enquêtes futures.

6. Jusqu'où dans le détail faut-il aller dans ce genre d'enquête ?

Comme dans toute enquête, on voudrait, ou on aurait voulu, aller plus loin dans le détail, par exemple à propos d'un point sur lequel plusieurs personnes ont émis des suggestions, à savoir ce que la Confédération pourrait ou devrait faire pour favoriser le plurilinguisme des collaboratrices et collaborateurs ou soutenir un multilinguisme plus répandu dans son fonctionnement quotidien.

Nous sommes particulièrement reconnaissants aux participantes et aux participants pour toutes les suggestions formulées à cet égard. Dans plusieurs cas, elles rejoignent des thématiques que nous avions envisagé de traiter avec un item ou deux, mais auxquels nous avions fini par renoncer pour que le questionnaire ne soit pas trop long. Mais bien entendu, ces points seront abordés, sinon dans le rapport résumé, du moins dans l'ouvrage plus approfondi, mais en libre-accès, qui sera tiré du projet. Cela concerne par exemple les avantages potentiels de la décentralisation géographique de l'administration fédérale, ou les langues choisies pour communiquer par des cheffes ou chefs de service.

En lien avec ce point, on nous a fait remarquer qu'en dépit du degré de détail du questionnaire, il ne saisissait pas suffisamment le vécu linguistique effectif des collaboratrices et collaborateurs. C'est un fait, mais c'est là qu'on retombe sur la question traditionnelle des avantages et inconvénients respectifs des recherches dites « quantitatives » (statistiques), comme RAMAL, et des recherches dites « qualitatives » qui, au lieu de viser un ensemble de personnes pour donner une vue générale de leur situation, partent des expériences individuelles, toujours uniques, pour voir de plus près ce que ces expériences nous disent sur une réalité. Les deux types de recherche ne sont pas réductibles l'une à l'autre et c'est pourquoi, dans la recherche scientifique, on trouve des deux.

Une enquête comme RAMAL vise la vue d'ensemble et la priorité est à la récolte de données dites « RAD » : elles doivent être Représentatives, en termes statistiques ; il en faut Assez ; et elles doivent être suffisamment Détaillées. Cela se prêterait mal au recueil d'informations sur le vécu des personnes, qui requiert un autre type de recherche basé, par exemple, sur des entretiens individuels, des discussions en ``focus group", etc., tous instruments typiques de la recherche dite « qualitative ». Mais avec cette dernière, on ne pourrait pas recueillir et synthétiser quelque 4’500 témoignages individuels.

Ce point explique aussi pourquoi le questionnaire ne comporte pas de questions ouvertes. L'expérience montre qu'il est très difficile d'intégrer des questions réellement ouvertes dans un questionnaire quantitatif, à moins de restreindre considérablement la marge laissée aux personnes participantes pour leurs réponses ; et dès lors, autant faire un questionnaire strictement quantitatif.

Il reste que certains points très intéressants ont été mis en évidence dans les commentaires reçus, comme la question du « différentiel de légitimité » d'une prise de parole, à l'interne, selon la langue utilisée. Manifestement, il y a là un champ d'action pertinent pour l'administration fédérale. Du reste, un ou deux des items du questionnaire y renvoient déjà ; c'est un point que des études antérieures ont signalé et qui aura lieu d'être évoqué dans le rapport de recherche du projet RAMAL. Et bien entendu, cela soulève une série de questions importantes : les membres des différentes communautés linguistiques sont-ils égaux, ou pas vraiment, face aux attentes du système en matière de compétences linguistiques des collaborateurs et collaboratrices ? Dans quelle mesure les exigences linguistiques associées à telle ou telle classe de traitement salarial sont-elles effectivement vérifiées et appliquées ?

Un thème récurrent est l'offre de cours d'allemand et de suisse-allemand pour les collaborateurs et collaboratrices de minorités latines. Cette offre n'est pas nécessairement suffisante. Rappelons que le questionnaire est conçu de manière symétrique entre les trois langues officielles et les communautés qui les parlent ; cela permet de prendre position sur les cours d’allemand, de français et d’italien, et d’estimer si l’offre dans l’une ou l’autre de ces langues n’est pas suffisante. Cependant, nous avons décidé en fin de compte, dans ce questionnaire, de traiter séparément le suisse-allemand, dans la mesure où le suisse-allemand n'est pas considéré comme une langue officielle.

Certaines remarques portaient sur l'efficacité des cours destinés à des personnes disposant déjà de compétences élevées dans la langue cible ou, à l'inverse, à des personnes de niveau débutant. Les opinions à cet égard étant divergentes, l'intérêt de ces remarques tient notamment au fait qu'elles doivent nous obliger, en tant que citoyennes et citoyens, à clarifier un point : attendons-nous de la Confédération, au travers des formations qu'elle propose aux collaboratrices et collaborateurs, qu'elle développe avant tout l'efficacité communicationnelle ? Ou avant tout le sentiment d'appartenance de toutes et tous à une société multilingue ? Ou les deux à la fois ? Ce point sera également discuté dans le rapport de recherche, où il pourra être mis en rapport avec une question qui, considérée comme délicate dans le contexte suisse, est perçue comme banale dans d'autres contextes comme le Canada : l'éventail des compétences linguistiques doit-il être encouragé à l'aide d'incitations salariales ?

Mais d'autres questions resteront à creuser, surtout à la faveur d'enquêtes qualitatives, comme :

  1. l'accessibilité des cours proposés aux collaborateurs et collaboratrices,
  2. l'impact que peut avoir la complémentarité entre les compétences linguistiques « en propre » et celles qui peuvent être partiellement complétées par le recours à l'intelligence artificielle (IA),
  3. la prudence à observer en matière de recours à l'IA, notamment au stade de l'attribution, à l'interne, de tâches qui supposent l'utilisation de plusieurs langues,
  4. la vaste thématique du degré de facilité des personnes face à l'apprentissage,
  5. etc.

Merci encore à toutes et à tous pour votre très précieuse participation !