7 mai 2026 - Anton Vos

 

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Lancement d’un CAS sur le développement de l'enfant

Les troubles du développement sont de plus en plus diagnostiqués chez les enfants. Une formation continue offre aux spécialistes concernés les moyens de les reconnaître et de les prendre en charge.

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Petra Hüppi, professeure au Département de pédiatrie, gynécologie et obstétrique (Faculté de médecine). Image: DR

 

Dès la rentrée prochaine, le Centre pour la formation continue et à distance proposera un nouveau Certificat de formation continue (CAS) centré sur le développement de l’enfant. Il répond à une demande des professionnels et professionnelles de l’éducation et de la santé face à une augmentation des troubles du développement dans la population. L’objectif du cours consiste à renforcer le diagnostic, l’accompagnement et la prise en charge globale des enfants souffrant d’un trouble du développement et de leurs familles. Petra Hüppi, professeure au Département de pédiatrie, gynécologie et obstétrique (Faculté de médecine) et médecin-cheffe du Service de développement et croissance des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), est l’une des trois instigatrices de ce programme, avec Maria Chiara Liverani et Édouard Gentaz, respectivement psychologue et chargée de cours et professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE). Interview.

 

Vous êtes une spécialiste du neurodéveloppement de l’enfant. Qu’englobe ce mot?

Petra Hüppi: Ce terme, qui est dérivé de l’anglais, désigne le développement du cerveau ainsi que celui du comportement et des fonctions qui lui sont liés. Comme tous les autres organes, le système nerveux central se développe au cours du temps, depuis la conception jusqu’à l’âge adulte et même au-delà. En parallèle, l’enfant apprend progressivement à s’asseoir, à marcher, à parler, à s’exprimer, à identifier les émotions, à réguler son comportement, etc. Tous ces apprentissages sont naturels et procèdent d’une étape du développement du cerveau. Durant la grossesse, les premières étapes importantes de ce processus sont encore largement contrôlées par la génétique. Jusqu’à la fin du deuxième trimestre, le cerveau du bébé est encore complètement lisse en surface. Les connexions entre les neurones commencent à s’établir, ce qui contribue au plissement du cortex. On sait maintenant que ces changements-là ne sont plus seulement contrôlés par les gènes mais qu’ils sont également influencés par l’environnement. L’activation de certaines régions du cerveau lui-même, associées au développement de l’enfant, influence ainsi l’ensemble du réseau neuronal qui se met progressivement en place. Ensuite, un fœtus réagit aussi au monde extérieur. Il reconnaît notamment la voix de sa maman. Quant au nouveau-né, il commence à interagir avec les visages autour de lui. Il apprend à lire les émotions, à reconnaître les personnes, etc. Là aussi, ces fonctions activent des régions cérébrales qui influencent en retour la manière dont les réseaux neuronaux se mettent en place. Des expérimentations animales ont montré que si on enlève tout stimulus visuel à certains moments critiques du développement, les réseaux qui contrôlent la vision ne se mettent pas en place correctement.

 

Comment faites-vous pour étudier le cerveau des enfants?

De nombreux progrès dans ce domaine ont été obtenus grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Cette technique, développée à la fin des années 1980, permet d’étudier de manière non invasive et non irradiante l’anatomie du cerveau en développement. On peut par exemple observer les plissements du cortex, visualiser les réseaux neuronaux ou encore mesurer la myélinisation des cellules nerveuses qui se met en place parallèlement à l’activation des réseaux neuronaux. La myéline est une substance très riche en graisse qui entoure et isole les neurones et assure une transmission rapide du signal électrique.

 

Vous placez donc des bébés dans des IRM?

Nous le faisons dans mon groupe depuis 1989 pour étudier le cerveau. C’est sans risque car l’IRM est basée sur les propriétés magnétiques du noyau de certains atomes du corps humain. Elle ne produit aucun rayonnement ionisant, à l’inverse de l’imagerie aux rayons X. L’autre avantage de l’IRM, c’est qu’on ne touche pas le bébé. Il dort durant l’acquisition des images. Le bruit de la machine est certes assez fort, mais il est aussi très régulier et cela ne le dérange pas.

 

Pourquoi avez-vous mis en place ce Certificat de formation continue (CAS) sur le développement de l’enfant?

Notre époque voit une augmentation de la prise de conscience de la part des professionnels et de la société des troubles du développement: trouble du spectre autistique et troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, entre autres. On estime qu’aujourd’hui, entre 15 et 20% des enfants sont concernés. Au Centre du développement de l’enfant des HUG, nous constatons cette évolution car nous travaillons précisément avec ce type de patients. Nous avons donc estimé qu’il était important et urgent de proposer aux professionnels en contact avec ces enfants (enseignants, logopédistes, éducateurs dans les crèches, psychologues, pédiatres, ergothérapeutes, psychomotriciens, etc.) une formation spécifique qui approfondit la compréhension des processus neurocognitifs et psychologiques sous-tendant le développement de l’enfant entre 0 et 12 ans.

 

Vous ne proposez donc pas une approche purement neurobiologique?

Non, bien sûr. Ma contribution concerne l’imagerie et les neurosciences développementales cliniques, tandis que Maria Chiara Liverani et Édouard Gentaz, expert bien connu du développement psychologique de l’enfant en bas âge, approfondiront les aspects du développement psychologique. Ce CAS doit offrir aux participants des moyens de reconnaître et de soutenir un développement normal, d’identifier, d’évaluer et d’accompagner efficacement les enfants présentant des particularités ou des troubles du neurodéveloppement et d’appliquer ces connaissances théoriques dans leur pratique. Nous identifierons en particulier les périodes critiques pour le développement de la motricité, du langage ou encore des émotions, car ce qui se passe durant ces laps de temps peut avoir des conséquences durables, parfois visibles seulement bien plus tard dans la vie. La «fenêtre de plasticité», dans laquelle on peut encore agir car les réseaux neuronaux ne sont pas définitivement établis, se ferme à un certain moment. C’est pourquoi on préconise par exemple de ne pas exposer les bébés aux écrans avant l’âge de 2 ans. C’est durant cette période critique que l’interaction interindividuelle se construit et il est important que ce processus se déroule sans interférence avec les téléphones portables ou autres tablettes.

 

«DÉVELOPPEMENT DE L'ENFANT»

CAS en cinq modules, de septembre 2026 à mai 2027, en présentiel et en français (10 crédits ECTS).

Délais d’inscription: 30 juin 2026 (early bird, 10% de rabais) ou 17 août 2026.
6000 francs pour le programme complet ou 1300 francs par module.

Renseignements: dev-enfant(at)unige.ch 

 

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